Tiaret - A la une

Tiaret: Entre envolée des prix et monotonie



Vendredi 21 avril, il est midi passée. Par une journée froide et pluvieuse, nous avons parcouru toute la partie centrale de la ville de Tiaret, l'odeur du ramadhan n'existe nulle part. Plus rien n'est comme avant.A part une foule bigarrée, des femmes et des enfants essentiellement, agglutinés aux abords des commerces, comme à la cité de la «Gare», «Sonatiba» ou encore «Volani», la ville égrène une journée comme toutes les autres. Pour beaucoup de Tiarétiens, les plus âgés comme les plus jeunes, le Ramadhan n'a plus aucun goût. Cette année toutes les familles, y compris les plus aisées, passent un mois de carême difficile, l'incroyable envolée des prix des produits alimentaires de base a mis beaucoup de chefs de famille à genoux. Dans les chaumières de la ville, la saisie, la veille, de plus de mille bouteilles d'huile de table cachées dans un entrepôt, continuait de vouer l'engeance des spéculateurs de tout acabit aux gémonies. «Cette année, les gens n'ont plus le sou, la vie devient si difficile », se désole Ali, négociant le prix d'une paire de savates pour son enfant avec un marchand ambulant installé près des arcades de la place du 17 octobre 1961. Même si les jeûneurs se réjouissent du temps clément, ils se plaignent surtout du feu qui s'est emparé des étals.
Pratiquement aucun produit n'échappe à la hausse vertigineuse des prix. La pomme de terre, qui a flirté avec les 170 DA, a perdu des «galons» ces derniers jours pour descendre à 100 DA le kilogramme.
La tomate à 160, la laitue à 100, les haricots verts à 400 DA, que dire alors des viandes, le poulet narguant le chaland du haut de ses 410 DA le kilogramme. Au point que l'ambiance des nuits ramadhanesques est des plus insipides. Comme un goût amer dans la bouche.
Depuis plusieurs années déjà, à Tiaret, les ramadhans se suivent et se ressemblent au point où le mois de tous les soucis sombre dans une affligeante monotonie. Même les visages des gens sont fermés et le regard vide. Croiser une personne arborant un beau sourire relève presque du miracle. Dans le centre-ville, il n'y a pas grand monde : ce n'est que vers midi passée que les premières silhouettes avachies font leur apparition dans la ville pour vaquer aux besoins de la « meïda du f'tour ».
Dans les différents quartiers et principales artères de la ville, le calme règne jusqu'aux premières heures de l'après-midi. Bon point : la sécurité règne sur tous les quartiers de la ville de Tiaret. La sûreté de wilaya a mis le paquet cette année pour offrir une ambiance calme et sereine aux Tiarétiens, surtout pour les sorties nocturnes. Les éléments de la sûreté nationale, certains en tenue civile, veillent au grain. « Depuis trois ou quatre années, il est vrai que l'on se sent plus en sécurité pendant le mois de Ramadhan, même les agressions et autres vols à la tire ont nettement diminué », commente Hamid, flânant le long de la rue de la Victoire. Mais le lot des nostalgiques grandit chaque année. Pour ne nombreux Tiarétiens, «l'bareh kheir me l'youm» : "plus rien n'est comme avant, même les senteurs suaves et la ferveur si caractéristiques du mois de piété ne sont plus ce qu'elles étaient », s'accordent à commenter, dépités, de nombreux jeûneurs que nous avons rencontrés lors d'une tournée dans la ville de Tiaret». A part « l'actualité » quotidienne faite de longues journées en « mode veille » et de ripailles le soir venu, rien ne distingue ce mois du reste du calendrier annuel.
Désert culturel
Pratiquement plus personne n'entend parler de «culture» dans la capitale de Ali Maâchi. La chose culturelle n'a plus droit au chapitre. La sécheresse culturelle qui sévit dans la capitale des Hauts-Plateaux de l'Ouest oblige le jeune surtout à se contenter d'activités ou de hobbies occasionnels pour tromper l'ennui. Cette année, les veillées sont vides et insipides. A part cette belle initiative de l'association culturelle « Rostomia » de musique chaâbie de concert avec le groupe « Musicana », un groupuscule d'artistes locaux a décidé de donner un peu de « couleurs » aux longues soirées ramadhanesques. Ainsi, le public des mélomanes est convié le soir à des veillées musicales au niveau du conservatoire musical de Tiaret, pour savourer des voix aussi belles que celle de Fayçal Boukhetache, Adda Guerouani, le maestro Larbi Asli ou encore Yahia Med Redha. A part ça, rien de spécial. Même les longues soirées ramadhanesques autour d'une table de belote, de rami ou de dominos semblent comme passées de mode. L'entrée « par effraction » de l'Internet et des smartphones dans la vie des jeunes algériens a changé leur mode de vie, les poussant à s'isoler du reste de la société en restant enfermé dans leur bulle du monde virtuel. Peut-être parce que le monde, le vrai, ne leur ressemble pas beaucoup.
Faisant contre mauvaise fortune bon et gros c?ur, les autres gens se terrent chez eux dès 23 heures au plus tard pour se « shooter » à volonté d'images venues d'ailleurs et rebelote le lendemain dans un mois où les gens s'empiffrent de tout sauf de la nourriture de l'esprit qui ne semble plus intéresser personne...
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