Marhva Yesswane Monsieur le Président. Pourquoi, Monsieur le Président, est-ce que je vous parle littérature, vous qui êtes venu dans notre pays pour parler politique, argent et autres choses ' Peut-être parce que la poésie, forte dans et par sa fragilité, est le seul chemin qui cimente le rêve à la réalité.
Après cinquante ans de malentendu politique et économique, à mon sens, seuls les belles lettres et les nobles arts sont capables de jeter un pont solide entre nos deux peuples. Marhva Yesswane Monsieur le Président François Hollande, je vous parle de Jules Roy, de Jean El-Mouhoub Amrouche et d'autres ' Romancier, poète et pilote (en fait tous les poètes sont des pilotes !), Jules Roy est né en 1907 à Bougara, wilaya de Tiaret. Cette terre fertile a enfanté aussi Bakr Ibn Hammad, le penseur Jacques Berque et a donné à l'humanité la Moqaddima d'Ibn Khaldoun. Jules Roy est décédé en 2000. Il est resté jusqu'à la fin de sa vie extrêmement attaché à l'Algérie. Toute sa littérature romanesque ou poétique est marquée par l'Algérie. Une terre, tantôt de plaisir tantôt d'amertume. En insoumis, jugeant que l'armée française se discrédite en menant une sale guerre en Indochine, il quitte en 1953 les forces de l'armée de l'air. 'Quand j'ai vu comment on massacrait les Vietnamiens qui luttaient pour leur indépendance, qu'on rasait tout... ça a été au-dessus de mes possibilités. J'ai quitté l'armée." En écrivain poète éclaireur de la conscience humaine, à sa manière, Jules Roy a dénoncé les atrocités et les barbaries commises par l'armée coloniale pendant la guerre d'Algérie. L'image du Jules Roy soldat pilote, dans l'imaginaire universitaire et littéraire algérien, a pris le dessus de celle d'un écrivain rebelle, insoumis.
Il est lauréat du prix Renaudot, en 1940. Son livre, La Guerre d'Algérie, Julliard 1960, est un éclairage sur une partie de l'histoire contemporaine de nos deux pays. Il n'a jamais caché son affliction et sa douleur provoquées par cette guerre injuste. Toutes les guerres sont injustes. Il écrit : 'J'ai honte d'être français. Je ne veux plus être solidaire de la connerie de mes compatriotes." Ce livre simple a été lu et reçu à Paris, l'année de sa sortie, comme une bombe politique et intellectuelle. Ainsi Jules Roy, comme beaucoup d'intellectuels français, a pris le camp de l'indépendance de l'Algérie. Aujourd'hui, en relisant Les chevaux du soleil, la saga d'Algérie 1830-1962, en six tomes de Jules Roy, je pense à Jean El-Mouhoub Amrouche, maître de Jules Roy, omis, lui aussi, par les siens. Marhva Yesswane Monsieur le Président, sur cette terre qui a donné vie à Apulée, Jules Roy, Kateb Yacine, Jacques Berque, Moufdi Zakariya, Jacques Derrida, Anna Gréki, Jean El-Mouhoub Amrouche, Bachir Ibrahimi... Seules les prophéties des belles lettres et des nobles arts, après cinquante ans de malentendu politique, détiennent la force capable de nous rapprocher politiquement et économiquement, mais juste et vrai.
A. Z.
aminzaoui@yahoo.fr
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Amine ZAOUI
Source : www.liberte-algerie.com