Si l'argent du pétrole a changé la face de l'Algérie, il n'a, par contre, pas révolutionné son économieIl était dit que la mission du successeur d'Ahmed Ouyahia ne serait pas une partie de plaisir vu la situation particulière dont il a héritée.
53% des citoyens feraient confiance à leur Premier ministre, indiquait au mois de mars, un compte-rendu du Pnud. Abdelmalek Sellal est-il toujours en état de grâce' Une préoccupation sans doute secondaire pour un homme qui a eu à gérer pas moins de cinq départements ministériels et non des moindres (ressources en eau, transports, travaux publics, intérieur, jeunesse et sports).
Un atout majeur pour celui qui a la réputation de se dépenser sans compter pour être à l'écoute des préoccupations des Algériens: c'est le credo de Abdelmalek Sellal. Depuis sa désignation à la tête du gouvernement, il sillonne de long en large le territoire national, tantôt pour éteindre des foyers de tensions dus essentiellement à des conditions sociales qui ont mis certaines populations, à l'instar de celles du Sud, dans la précarité, tantôt pour prendre le pouls de cette Algérie profonde: celle qui jusqu'à aujourd'hui n'est pas encore entrée totalement dans la modernité. Celle qui est encore privée des commodités les plus élémentaires: eau potable, gaz, électricité, transport, infrastructures routières...
Une mission loin de s'annoncer comme une partie de plaisir malgré une manne financière de près de 200 milliards de dollars engrangée grâce essentiellement aux exportations d'hydrocarbures et à des prix du pétrole qui avaient atteint des niveaux élevés. Elle n'a pourtant été d'aucun secours pour sortir les Algériens d'un quotidien morose rythmé par une flambée des prix des produits de consommation de base, des fruits et légumes des viandes et du poisson avec de surcroît une crise du logement et du chômage chronique.
Toute cette conjoncture est couronnée par un environnement et une qualité de la vie des plus exécrables. (Des tonnes d'ordures ménagères jonchent les trottoirs, absence de lieux de loisirs, d'espaces verts, secteur de la santé en désuétude...). Un grain de sable et non des moindres est venu davantage compliquer une belle «mécanique» qui s'est paradoxalement enrayée.
Pour la première fois de l'histoire de l'Algérie indépendante, de hauts responsables admettent publiquement que les gisements d'hydrocarbures sont sur le déclin. «Nous sommes dans le même niveau de production que celui réalisé l'année dernière, mais avec une petite diminution de la production de nos partenaires en association qui est justifiée par certains gisements qui sont en déclin», avait déclaré, le 23 décembre 2012, le P-DG de Sonatrach, Abdelhamid Zerguine, lors d'un point de presse en marge de sa visite d'inspection du site de la future raffinerie de Tiaret. Plus qu'une mauvaise nouvelle, elle aura mis en état d'alerte le pays.
Les sources de devises se tarissent. L'économie nationale repose en effet essentiellement sur ses exportations d'hydrocarbures qui lui assurent 97% de ses recettes en dollars. Les chiffres confirmeront ce constat devenu plus corsé avec des cours du prix du baril qui joueront au yoyo avant de plonger sous la barre des 90 dollars à la mi-avril 2013.
Les conséquences ne tarderont pas à se manifester. Les exportations ont baissé de plus de 8% durant les cinq premiers mois de 2013 par rapport à la même période en 2012, alors que la facture des importations a grimpé de 17%. La suite confirmera que cette menace, désormais permanente, pèse sur les équilibres financiers du pays.
«Désormais, l'équilibre budgétaire requiert des niveaux de prix des hydrocarbures supérieurs à 112 dollars le baril pendant que les recettes budgétaires totales restent fortement dépendantes de celles, très volatiles, des hydrocarbures», avait prévenu Djamel Benbelkacem, directeur conseiller de cette institution, dans un compte rendu sur l'évolution économique et monétaire en Algérie, présenté le 1er juillet 2012.
La ligne jaune a été franchie. Sortir de l'addiction aux hydrocarbures et maintenir une paix sociale minée par une flambée des prix sans précédent qui a mis à mal le porte-monnaie des Algériens est désormais une des priorités de l'Algérie.
Si l'argent du pétrole a changé la face de l'Algérie, il n'a, par contre, pas révolutionné son économie. C'est en somme la tendance que s'efforcera d'inverser Abdelmalek Sellal.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mohamed TOUATI
Source : www.lexpressiondz.com