L'ancien président de l'association des concessionnaires automobiles d'Algérie (AC2A) revient, dans cet entretien, sur le marché national de l'automobile, sur les normes d'homologation des voitures qui sont loin de répondre aux exigences de sécurité, mais également sur les conditions pour une relance de l'industrie automobile en Algérie.
-Vous êtes le P-DG du groupe Ival. Pouvez- vous nous donner un aperçu sur la situation de vos entreprises Iveco et Mazda sur le marché local actuellement '
Cette année est notre 14e avec Ival dans le segment du véhicule utilitaire et industriel. Nous nous déployons et nous concentrons toute notre énergie sur notre métier de base. Après la cession de la marque, je peux vous dire que le groupe Ival et la marque italienne de poids lourds Iveco se portent à merveille en ce moment. Nous avons un carnet de commandes assez important sur le fourgon Daily qui reste connu en Algérie par son niveau de charge, sa qualité et sa robustesse. Nous avons des véhicules industriels robustes comme les tracteurs routiers et les mixtes pour les chantiers et les routes. Nous comptons pour septembre prochain lancer le nouveau camion Iveco de moyen tonnage, qui sera fabriqué en Chine. Iveco a racheté deux usines et nous allons introduire un modèle où nous ne sommes pas présents en ce moment. Je tiens à préciser que ce camion sera identique à ceux fabriqués en Italie ou en Espagne en termes de qualité et de fiabilité.
-Qu'en est-il de la marque japonise Mazda aujourd'hui '
Pour le moment, nous nous concentrons sur la gamme utilitaire et le pick-up. Nous devions lancer de nouveaux modèles de véhicules pour particuliers comme la 2, 5 et Mazda, mais le constructeur nous a annoncé que de nouveaux produits restylés seront lancés. Nous avons préféré patienter afin d'introduire ces nouveautés et non pas les anciens modèles. Nous allons profiter de cette situation afin de nous restructurer, d'ouvrir de nouveaux showroom et de les adapter aux normes internationales du constructeur. Nous ne voulons pas replonger dans les erreurs du passé. Sur le produit Mazda, il y aura beaucoup de surprises
-Quelle est la situation, selon vous du marché des véhicules poids lourds en Algérie '
Ce marché est scindé en deux gammes. La gamme de camions qui proviennent d'Europe et ceux qui sont importés d'Asie, principalement de Chine. Nous nous retrouvons, de ce fait, avec deux chiffres différents, deux statistiques. Nous avons du mal à évaluer le marché chinois, alors que la clientèle est constituée des entrepreneurs privés. Pour les produits européens, nous les retrouvons essentiellement chez les multinationales, les grandes entreprises privées et étatiques. Dans ce segment-là, la marque Iveco a une importante part de marché.
-Vous avez été pendant six ans président de l'association des concessionnaires automobile d'Algérie (AC2A). Quelle évaluation faites vous du marché national de l'automobile actuellement '
Nous avons clôturé l'année 2011 avec plus de 400 000 véhicules importés. C'est un chiffre immense. Nous sommes le second marché après l'Afrique du Sud. Ce que nous sommes en train de constater depuis 2006, est que certains modèles importés sont loin de répondre aux normes de sécurité, alors que le chiffre de décès par accident ne fait qu'augmenter d'année en année.Les véhicules importés sont conformes aux normes algériennes. Cela ne veut pas dire qu'ils sont conformes aux normes des autres pays, principalement les pays européens . Ce n'est pas la faute de l'importateur, encore moins celle du constructeur, qui répond aux lois et exigences du pays. Nous ne possédons pas un cahier des charges clair qui définit les règles d'homologation des véhicules. Le Maroc, pour ne citer que ce pays voisin, est passé de l'Euro 2 à l'Euro 4 en changeant carrément la réglementation
-Qu'est-ce qui nous empêche de faire de même '
C'est cette question qui demeure posée et à laquelle ceux qui sont en charge de ce secteur doivent répondre. Pourquoi s'entête-t-on à s'abstenir à promulguer des textes de loi, des règlements qui préservent les vies humaines et qui définissent les véritables critères d'homologation des voitures. A t-on frappé à la bonne porte ' Avons-nous associé les vrais professionnels dans ce domaine ' Avons-nous copié ce qui se fait de mieux dans d'autres pays en Europe ou à travers le monde développés ' La réponse est non. Nous devons importer des véhicules fiables, qui répondent aux normes de sécurité et de fiabilité
-Un marché de plus de 400 000 véhicules qui ne possède pas sa propre industrie automobile. N'y a t-il pas là une tache noire '
Tôt ou tard, il faudra se lancer dans l'industrie automobile. Cela fait plus de 30 ans que nous parlons du véhicule made in Algérie, mais rien n'a été fait. Nous avons toujours appelé au débat, au dialogue, à la concertation avec les professionnels du secteur, mais rien n'a été fait. Pourtant, cela ne coûte rien d'associer les professionnels, de leur demander leurs avis. Malheureusement, Nous n'avons jamais été associés à ce débat. Nous n'arrivons pas à comprendre cette attitude de la part des autorités.
-Pensez-vous qu'il y a un avenir pour l'industrie automobile en Algérie '
Oui, j'en suis confiant, j'en suis même certain. Sauf que nous ne savons pas ce qui se passe actuellement. Nous entendons parler par le biais de la presse. Une fois à Bellara, une autre à Rouiba puis à Tiaret. C'est le flou total. L'Algérien souhaite avoir le minimum d'informations. Nous ne cherchons pas à avoir l'information stratégique qui touche l'intérêt du pays, mais le juste minimum. Or même ce juste minimum n'existe pas actuellement
-Certains constructeurs posent le problème de l'inexistence d'un tissu de sous-traitants dans ce domaine-là. Est-ce le cas, selon vous, et peut-il constituer un frein pour le développement de cette industrie '
La sous-traitance dans l'industrie automobile est un faut débat. Nous avons organisé des journées d'étude et discuté avec de potentiels investisseurs, qui sont prêts à se lancer dans le domaine de la sous-traitance. Quant vous proposez un marché de 200 000 unités par an d'une pièce ou d'un accessoire quelconque à un investisseur, Soyez sûr qu'il va répondre favorablement. Nous avons des investisseurs qui peuvent vous fabriquer une pièce aux normes internationales du constructeur. Le problème se pose ailleurs. Il est lié aux difficultés administratives qu'il faut lever, au choix de l'assiette du terrain et aux autres avantages fiscaux que le constructeur exige pour se lancer dans cette entreprise. En plus, le constructeur peut drainer avec lui les équipementiers là où il s'installe. Il suffit de bien négocier avec lui et de lui accorder certains avantages. Sinon, il ne viendra pas.
-La déréglementation douanière dénoncée par certains concessionnaires n'est-elle pas un frein pour une industrie automobile locale '
C'est un véritable frein, mais le problème crucial, c'est l'absence de communication et de concertation entre l'Etat et les représentants des concessionnaires automobiles en Algérie. Nous voulons que les autorités nous écoutent comme un nationaliste qui souhaite tout le bien à son pays, mais également en tant qu'intermédiaire entre le constructeur et l'Etat. C'est de mon devoir d'aider mon pays et nous voulons qu'un vrai débat s'instaure dans ce domaine-là.
C'est à l'Etat d'être un régulateur du marché. Il faut déterminer des taux pour chaque pièce, chaque élément, là où il est destiné. C'est une question de concertation et de communication entre l'ensemble des acteurs. L'Algérien a le droit de savoir où va cette industrie automobile, si elle est rentable ou pas. Nous avons un grand marché, nous sommes aux portes de l'Afrique et à une heure de vol de l'Europe. C'est une zone très lucrative et nous avons une main-d''uvre très attractive en terme s de salaire. Pour l'algérien, il suffit de le former, il est capable de relever n'importe quel défit.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nadir Kerri
Source : www.elwatan.com