Tiaret - A la une

L'année du chien



Depuis quelque temps, on assiste à un phénomène étrange au niveau des ports du pays. Des bateaux chargés de dobermans accostent quotidiennement, à tel point que les services d'hygiène animale et la douane ont réservé un espace spécial aux opérations d'importation de ces chiens de race. Des sociétés, nouvellement créées, ont fait de cette activité leur principale source de revenue, très lucrative selon les dernières statistiques. Dans tous les journaux, on peut lire des placards publicitaires du genre : «Avant la tenue de votre prochain congrès, utilisez nos dobermans pour gagner la bataille» ou «Des éléments vous empêchent de mener vos affaires tranquillement au niveau de votre association : prenez nos dobermans pour les éliminer tranquillement. Résultat garanti.»Mais la plus belle publicité est celle qui revient ces derniers jours à la télévision. Elle montre deux hommes parlant de leurs belles-mères. Le premier, tenant un poison à la main, dit au second : «La voilà, la solution !» Puis, on voit un gros doberman surgir du fond de l'écran, au moment où monte une musique militaire couplée avec une douce et suave voix féminine qui dit «avec nos dobermans, vos belles-mères deviennent soumises comme des toutous». Le deuxième homme rit aux éclats et on comprend que c'est lui qui utilise le doberman pour amadouer sa belle-maman. Dans la dernière image, on le voit sortir de l'écran, traînant une longue laisse au bout de laquelle est accrochée une vieille femme souriante et docile.
Les sociologues, les philosophes, les psychiatres et même un taleb du côté de Aïn Oussera se sont intéressés au phénomène. Pourquoi cette fièvre «dobermanesque» au moment où le pays a d'autres chiens? pardon chats à fouetter ' En fait, les plus informés parmi les journalistes de la 4e chaîne de télévision installée au somment de la tour Aïssa Mon Bar Nasse de Oued Ouchayah font remonter l'affaire au début juin 2003 lorsqu'un futé notable de la région de Tiaret ne trouva mieux que de transformer le célèbre centre équestre de la région en centre de regroupement des dobermans à caractère politique. Cette dernière spécification, très difficile à obtenir en raison des contrôles rigoureux de la douane, était la plus recherchée par les acheteurs. Parce que, entre nous, les histoires de belles-mamans à amadouer, ce n'est pas leur tasse de thé aux négociants en dobermans. Ce qu'ils recherchent surtout, c'est d'obtenir ces fameux chiens politisés qu'ils arrivent à placer facilement, et au prix fort, chez les partis, les associations, les sociétés mixtes et non mixtes et même dans deux ou trois salons de coiffure pour dames où se posait avec acuité le problème de leadership ! Ces dobermans ont la particularité de flairer l'orientation politique et idéologique des humains. Ils ne font pas de différence entre un Noir et un Blanc, entre un musulman et un chrétien, entre un carnivore et un végétarien ; mais ils savent reconnaître le partisan qui ne roule pas pour le grand boss et là, bonjour les dégâts !
Récemment H? la Gaffe, ancien chef de file des adeptes d'une langue unique et uniquement unique, reconverti depuis dans la musique perse, s'est distingué en montant une opération commando qui restera dans les annales du royaume comme la plus rocambolesque et qui eut l'effet foudroyant de faire monter la cote de la «Doberman inc» en bourse. Il dirigea, avec d'autres génies, une contre-offensive au niveau de son parti pour détrôner le nouveau chef. La chose pouvait paraître normale dans la tradition des «enlève-toi de là que je m'y mette !», jeu favori des gens du sérail qui se remplacent les uns les autres tous les deux ou trois ans pour nous donner l'impression qu'ils ne sont jamais les mêmes ! Mais heureusement que nous gardons leurs photos au fond de nos tiroirs pour les reconnaître, malgré leurs nouveaux masques ! Revenons à nos moutons... (pardon, nos chiens !) pour vous raconter l'histoire de ce coup de force qui défraya la chronique début juin 2003 : donc le sieur H? la gaffe et d'autres gaffeurs du même acabit, persuadés que ce coup était le bon, s'en allèrent acheter quelques dobermans pour les mener devant les portes des «mouhafadas»,(*) mot barbare qui désigne des usines jadis chargées de transformer les hommes en parfaits militants mais dont les chaînes de montage sautèrent brusquement en 1988 pour s'entremêler et produire des mutants qui ont la forme humaine mais qui sont très différents de nous ! Les dobermans politisés ont failli déchirer les entrailles des militants loyaux qui ont dû se barricader dans les bureaux pour éviter le pire?
Ainsi débuta la fièvre des dobermans. Désormais, tous les partis ont leurs quotas de dobermans et on parle d'arrivages récents au siège du Rassemblement des indépendants gauchers, à la permanence du Front des anciens élèves du professeur Samut, au secrétariat national du Parti des adeptes du couscous au mérou, au siège central du Parti des anciens buveurs de BR et même chez le Front de sauvegarde des peaux de mouton.
Mais, selon les dernières prévisions des spécialistes, l'ère florissante des chiens politisés pourrait brutalement s'arrêter, remettant en cause toute une politique économique et détruisant un système prospère qui profite à plusieurs secteurs d'activité. En effet, depuis l'échec de l'opération «doberman» menée par H'la gaffe et ses joyeux copains, des cercles proches de cette tendance cogitent une nouvelle approche du problème. Certaines indiscrétions font état d'une stratégie originale qui reposerait sur l'utilisation massive des peaux de bananes, appelée dans le rapport secret n°14 : «de l'utilisation des enveloppes de fruits exotiques dans les débats philosophiques». Cette nouvelle politique pourrait avoir débuté selon un caméraman de la chaîne «info à la carte» installée dans un camp de sinistrés de Zemmouri et qui parle de la disparition soudaine des peaux de bananes dans les décharges publiques, à tel point que cette précieuse enveloppe vaut aujourd'hui le double du prix du fruit lui-même ! Tout cela nous réserve un été plus chaud que d'habitude. Mais, malgré les 40 degrés à l'ombre, la misère, le chômage, les moustiques et le manque d'eau, nous rigolons quand même ! Cependant, en sortant de chez vous le matin, faites gaffe et ne soyez pas rassurés par l'absence de doberman. Regardez bien où vous mettez les pieds : une petite peau de banane peut vous coûter cher !
M. F.
(*) Chronique parue le 19 juin 2003.
1 : Ce texte a été publié à l'occasion du scandale des dobermans qui avait secoué la vie du FLN et de la politique d'une manière générale au début de l'année 2003. Les enfants des concepteurs de ces méthodes révolutionnaires de dégommage par la force sont plus intelligents que leurs papas. Ils n'utilisent plus les dobermans mais les cadenas, selon la technique éprouvée du «si tu restes dehors, c'est que tu n'es pas dedans !», connue aussi sous le nom de «qui ne part pas à la chasse, perd sa place !».
P. S. : il y a trois semaines, nous nous inquiétions des proportions alarmantes prises par le non-professionnalisme et la manipulation de certaines chaînes TV privées (Les Choses de la vie : Un danger pour la sécurité nationale). L'arrestation filmée de citoyens présumés innocents et le passage en boucle de ces images dégradantes et inacceptables nous interpellent, comme elles interpellent la conscience de tout Algérien digne. Ces chaînes de droit étranger dont on ignore les sources de financement et qui déversent sur l'Algérie des programmes de bas niveau et potentiellement dangereux pour la sécurité nationale doivent être recadrées immédiatement par l'autorité publique. L'urgence d'une remise sur rails de l'ARAV s'impose aujourd'hui plus que jamais. Un pays où les lois ne sont plus appliquées et où l'arbitraire s'installe progressivement est un pays qui court vers le fascisme !
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