Une mémoire souillée, un patrimoine détruit
«El ultimo soupiro d’el-Moro», c’est ce que l’on peut lire sur une plaque commémorative écrite en espagnol, et que l’on peut traduire par «Le dernier soupir du Maure». Cette plaque avait été dressée par les souverains de Castille et d’Aragon sur les hauteurs de la ville de Grenade pour marquer sa prise en 1492. Devant cette humiliante défaite, la mère de Abderahmane alors patron de Grenade dira à son fils «pleures comme une femme ce que tu n’a pas pu défendre en homme». Ici à Tiaret, cette phrase peut s’appliquer à ceux qui ont amené la JSMT à la ruine ! L’histoire est un éternel recommencement puisque tous ceux qui se sont récemment succédé à la tête d’Ez-Zerga furent incapables de la défendre en hommes.
Aujourd’hui, il est donc permis à tous d’aller fouiner dans la mémoire collective pour situer les causes ayant conduit à la chute et comprendre au moins comment cette descente aux enfers a été programmée.
Le club «Ezzerga» est ancien, des traces indélébiles sont toujours présentes, continuant à raconter tous les passages de l’homme, beaucoup de jeunes martyrs sont tombés dans les champs de bataille après avoir tronqué leurs maillots pour les couleurs de l’Algérie. Depuis, la JSMT est devenu un patrimoine, une culture, une équipe symbolique pour les enfants de la liberté et le jeu à onze.
Pour connaître ce qui s’est passé réellement dans l’environnement immédiat du club, «La voix de l’Oranie» s’est autorisée à ratisser large dans les parages dans le seul but de lever le voile sur toutes les questions d’actualité.
Le président, Zitouni Abdelkader, cet ancien footballeur, un pur produit du terroir, gestionnaire averti, très pointu sur les affaires, connaissant parfaitement les rouages de l’administration pour avoir été, plusieurs fois, directeur d’entreprise, élu à la majorité par une assemblée acquise, a conduit la JSMT, pour une saison, 2004/2005. Un travail intelligent a été fait au long du périple, le club a retrouvé sa place dans le gotha du football national, bousculant une certaine hiérarchie imposée, dominant les plus nantis, le MCA et l’ASMO en connaissent quelque chose dans ce championnat très musclé.
Cette saison, la JSMT s’était classée en 7ème position mais fut coincée par une réglementation absurde, la bêtise humaine y était présente encore une fois, les complots ourdis ont fait leur apparition, des supporters alimentés par les rumeurs les plus folles pour seulement descendre un président intransigeant, incorruptible qui a bien gardé son trésor, une comptabilité claire, un bilan satisfaisant des dettes réglées, au centime près, et des jeunes, en majorité des purs produits du terroir, Messaoud, Kermouzi, Ogad, Samir, Fateh et les autres ont été tous des pionniers. C’est les deux saisons 2005/2006 et 2006/2007 que l’épisode de l’anarchie et la clochardisation commencèrent à pointer à l’horizon, un chapelet d’entraîneurs, au moins, six se sont succédé à la barre sans jamais tenir le coup, ni Benamar qui a été, il faut le reconnaître, le bâtisseur et l’instructeur aguerri d’un club qui gagne à tous les coups, puis Tahar dont la dimension de personnalité internationale demeure encore intacte. Ces deux grands entraîneurs ont été évincés par Nâak et ses conseillers sans aucun motif valable, laissant libre un champ pourtant miné où des supporters recrutés pour le besoin ont bien travaillé dans les coulisses, à partir des travées et dans les places publiques.
Avec des subventions qui tournaient autour de 2,8 milliards de centimes attribués par les bailleurs de fonds et des sponsors, l’administration du club ne savait plus où donner de la tête, l’argent coulait à flots, donnait le tournis et fait baver les plus attirés par son odeur et sa couleur.
Pas moins de douze joueurs recrutés au mercato n’ont rien prouvé, une perte sèche.
La JSMT a été foudroyée, dernière au classement avec 36 points et autant de buts encaissés, une équipe qui était incapable de tenir tête devant les plus faibles. Kaddaoui, ramené en roue de secours de luxe croyait aux miracles, faisant avec les moyens du bord, n’a pu sauver ce qui devait l’être, éviter la dégringolade.
Tous les supporters et anciens footballeurs que nous avons rencontrés étaient clairs et chacun y va de son commentaire. Suivons-les.
Maïdi Adda, un autre symbole du football et enfant terrible d’«Ezzerga» qui a réussi comme entraîneur, le WAB Tissemsilt ne le contredira point: «Nous sommes un peu responsables de ce qui s’est passé à la JSMT, nous avons cédé et sans coup férir la place aux opportunistes de tout bord, à des incapables et aux mauvais gestionnaires».
Ardjaoui Mourad, le buteur maison de la JSMT, le baroudeur et l’attaquant de charme dont l’ASO Chlef garde encore des souvenirs : «Le président Nâak est venu à la JSMT par des moyens détournés donc son élection est illégale. La JSMT appartient à tous les Tiaretis, elle n’est pas une propriété privée où l’on ne rend plus de comptes. La mauvaise gestion du patrimoine s’est faite à l’abri de toute impunité, une véritable razzia a été engagée, une faillite programmée, à charge aux pouvoirs publics d’enquêter sur les tenants et aboutissants de cette anarchie».
Sâadi Rabah, supporter : «C’est regrettable que la JSMT descende aux enfers, ce club nous est trop familier, il fait partie intégrante de nous-mêmes, qu’il pleuve ou qu’il vente, il nous rassemble dans les travées et nous donne cette envie d’appartenir à une équipe. Il est aberrant de constater impuissants à la mort d’un patrimoine, la disparition d’une identité».
Alors que nous menions notre enquête sportive, des membres de l’assemblée générale nous ont fait part d’une pétition qui circule pour un retrait de confiance au président Nâak et la demande d’une assemblée dans les plus brefs délais, pour débattre de tous les problèmes ayant trait à la gestion de la JSMT.
D’autres, plus directs, nous ont informés que le DJS a tenu une réunion avec les anciens joueurs et membres de l’assemblée. Il aurait été question d’inviter le président et tout son staff pour tirer au clair cette affaire de rétrogradation. Selon nos sources, les pouvoirs publics sont sur le pied de guerre, un audit sur la gestion de la JSMT et l’association des sports équestres «Emir Abdelkader» est sur le point d’être engagé et qui sera à même d’éplucher de gros dossiers jusqu’à lever le voile sur toutes les tares commises à l’endroit des deniers publics. Certains supporters, encore sous le choc, interpellent le wali en personne pour donner un coup comme celui de l’affaire dite «AKCM Tiaret», que la vox populi garde encore en mémoire. Pourquoi pas ?
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com