Tiaret - Revue de Presse

Hommage au professeur Caron Germé



L’éminent éducateur de Tiaret est mort Tiaret vient de perdre un de ses plus illustres professeurs en la personne de M. Caron Germé qui a prodigué le savoir à deux générations. Né le 11 avril 1933 à Rahouia, fils de modeste salarié, il n’avait ni terres ni propriétés immobilières pour poursuivre aisément ses études. C’est dire le sacrifice fait par sa famille de prolétaires pour le faire admettre au grand lycée de Mascara.  Ce lycée dont il aimait tant souligner la rigueur des étu-des et de la discipline était surnommé par les internes «la citadelle». Il avait comme camarades de classe, les futurs ministres Ahmed Medeghri et Dahou Ould Kablia qui faisaient partie des rares musulmans à atteindre, à cette époque, ce stade des études. La rigueur qui était de mise dans ce lycée, le disparu l’a appliquée à la lettre pour son propre compte en tant qu’enseignant. Toujours à l’heure, jamais absent en toutes circonstances, ses élèves et son directeur d’établissement scolaire témoignent qu’il n’a jamais fait ses cours autrement qu’en position debout. Son suivi des élèves était exemplaire. Il n’hésitait pas à aller au devant des parents lorsque leurs enfants avaient le moindre relâchement. Il ne pouvait supporter l’échec si bien que bon nombre des élèves qui ont assimilé ses leçons modèles de mathématiques, ont atteint le niveau d’études supérieures et font partie aujourd’hui des cadres de la Nation. Parallèlement à cette rigueur, il faisait preuve d’une grande affabilité conjuguée à sa généreuse humilité envers ses élèves et leurs parents. Aux élèves en retard de niveau, il dispensait des cours particuliers gratuits en dehors des heures de classe. Les plus démunis, il les stimulait vers le progrès en leur offrant, sur ses propres deniers, les livres qui manquaient à leur scolarité. Faut-il ajouter dans un autre domaine sa conduite pleine d’humanité durant les mois de ramadan. Il s’interdisait de faire préparer chez lui le repas de midi pour ne pas indisposer ses voisins par les effluves de la cuisine d’autant plus que son épouse faisait carême par solidarité avec ses collègues affirmant que le jeûne avait des bienfaits diététiques pour sa santé. Les qualités pédagogiques de M. Caron étaient de notoriété publique. Il complétait souvent ses cours en inculquant à ses élèves l’amour du travail manuel en se basant encore une fois sur la propre expérience de son adolescence. Ainsi, pendant les vacances scolaires, alors que ses camarades, fils de colons ou de négociants s’adonnaient aux plaisirs de la mer ou se faisaient payer des séjours en France, son père l’avait placé chez un menuisier en lui indiquant que dans la vie d’un homme une tête pleine de savoir avait besoin obligatoirement de mains adroites. Devenu adulte, cet apprentissage lui avait servi souvent à fabriquer pour sa maison bon nombre de petits meubles. Il lui arrivait même de réparer le mobilier de sa classe comme un simple factotum. A chaque début d’année scolaire, le directeur des études se trouvait confronté à une dure bataille car tous les parents souhaitaient mettre leurs enfants dans le cours qui lui est dévolu (il y avait 02 à 03 professeurs par matière). Les années 90 ont été cependant très douloureuses pour lui. Ne pouvant plus enseigner le français, sa matière de prédilection, il a refusé de se faire muter en France. Recruté par la mission culturelle, il était tout heureux de poursuivre son parcours en Algérie. L’expérience n’a malheureusement duré que peu de temps en raison de la fermeture de cette mission pour nombre restreint d’élèves et coupes drastiques au budget qui lui était alloué. Qu’à cela ne tienne: il est resté vaille que vaille à Tiaret sans poste pédagogique mais entouré du respect de tous. N’ayant pas encore atteint l’âge de la retraite, il a passé plus d’une année sans aucun salaire se contentant de partager la maigre pension de son épouse. Quel retournement de situation pour lui qui fut si généreux, l’administration ayant été de tous temps et en tous pays une grande ingrate. Quand enfin il a bénéficié de cette retraite, la dégradation de la situation sécuritaire l’a contraint à se replier provisoirement, croyait-il, en France en occupant un simple studio cédé par son fils. Il a souhaité de toutes ses forces revenir rapidement et a vécu dans la nostalgie du pays qui l’a vu naître. C’est sur ces entrefaites qu’il a commencé à ressentir dans son corps la rançon de son activité antérieure débordante consacrée pendant 40 ans à son méfier qu’il honorait avec tant d’amour. Atteint de diverses maladies, il était continuellement suivi par des médecins et laboratoires. C’est ce qui l’a empêché de retourner à temps à Tiaret où il avait souhaité finir ses jours. Le destin, hélas, a décidé autrement et il a été ravi aux siens, à ses élèves et à ses nombreux amis, le 27 août 2007. A présent, son épouse, en hommage à sa mémoire, souhaite à son tour retourner à la maison où elle avait partagé avec lui tant de souvenirs de vie commune. B. Abdeslam
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