Tiaret - A la une

Distinction



«Comme de la patrie, je ne mérite guère J'ai pas la croix d'honneur J'ai pas la croix de guerre J'ai ma rosette à moi: c'est un accroche-coeur.» Brassens
C'est toujours avec un sentiment de fierté qui gonfle les poitrines oppressées par des décennies de déconvenues que les Algériens apprennent qu'un des leurs va recevoir une distinction qui le fera émerger du reste du troupeau de gnous interdits de transhumance. Alors, quand c'est une femme, une digne représentante du veau sexe qui la reçoit, les poitrines laissent s'échapper un aaah! d'admiration surtout que ladite distinction n'émane pas de n'importe qui mais de la très digne, très gracieuse Majesté qu'est la Reine Elizabeth, souveraine qui règne mais qui ne gouverne pas depuis six décennies au moins. Mais il y aura toujours des esprits chagrins pour se poser des questions incongrues et malignes pour dénigrer cette cérémonie: d'aucuns s'interrogent déjà sur la tenue qu'endossera celle qui portera haut les couleurs d'un pays qui mène la vie dure à la plus belle moitié de sa population. N'en faisons pas cas! Toutefois, cette distinction est d'autant plus valorisante qu'elle vient de cette reine qui, elle-même, vient de recevoir à l'occasion de son jubilé, un très démocratique et solennel hommage d'une nation admirative. Les potentats du tiers-monde ne peuvent même pas rêver d'une pareille séquence dans leur triste vie. Il est toujours valorisant pour un citoyen méprisé dans son propre pays d'apprendre par la déesse aux cents bouches que des Algériens sont reconnus dans des pays étrangers pour leur talent, leur travail, leur mérite, vertus qui n'ont pas cours au pays du dinar non convertible. Evidemment, la presse, toujours avec un peu de chauvinisme, ne parle que des Algériens qui ont réussi: ceux qui croupissent dans des geôles infâmes à des milliers de kilomètres de la mère patrie, sont vite oubliés: on ne saura même pas si les ambassades s'intéressent toujours à eux. C'est naturel que les journaux ne parlent que de bien et ne donnent que des bonnes nouvelles aux citoyens les plus heureux du monde, je veux parler des Algériens qui sont quotidiennement écrasés par l'abondance des bienfaits que Dame Nature a déversés sur eux, bienfaits de toutes sortes, puisqu'ils sont les plus beaux, les plus grands, les plus forts, les plus riches et qu'ils sont servis par un régime et des institutions que le monde entier nous jalouse... Il faut éviter les sujets qui fâchent et qui rappellent qu'après un demi-siècle d'indépendance, notre pays est toujours mal classé dans tous les secteurs d'activité: ce qui pousse beaucoup de ses enfants à aller se distinguer ailleurs, sous des cieux plus cléments. Qu'est-ce qui a poussé cette honorable jeune femme qui porte un nom bien de chez nous à aller exercer ses talents d'édile sur les bords de la Tamise, si ce n'est le climat inhospitalier des rives du Hamiz ou d'El Harrach (Encore que ce dernier, selon les rumeurs colportées toujours par une presse toujours avide des projets pharaoniques, va subir bientôt une métamorphose encore plus merveilleuse que celle du conte de fées où la grenouille fut transformée en princesse... enfin, qui vivront verront!). En attendant, consolons-nous en pensant à l'émotion qui va étreindre tant de poitrines quand le prince Charles épinglera sur la jeune poitrine cet insigne qui lui reconnaîtra tous les services que la récipiendaire a rendus à ses concitoyens d'adoption et rêvons qu'un jour, peut-être, d'autre édiles, au sein de notre polygone étoilé recevront des distinctions qui ne reconnaissent pas comme critères que la courbure de l'échine. Quand Mouna Hamitouche arborera son ruban ou sa médaille, ce seront toutes les femmes algériennes opprimées par leur statut ou leurs idées qui relèveront la tête. Et en ce moment particulier, je pense à toutes les femmes dont les droits sont foulés et particulièrement à cette jeune Pakistanaise mutilée et à cette jeune chrétienne de Tiaret...


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