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"C'est la politique du chiffre qui prime dans l'habitat"ABDELHAMID BOUDAOUD, ARCHITECTE-EXPERT



Le constat est partagé par tout le monde. L'Algérie, malgré tous les moyens dont elle dispose et tout l'argent injecté dans le secteur de l'habitat, ne dispose pas d'une seule ville respectable. Aucun cachet architectural. Celles qui existent sont un amas d'immeubles anarchiques qui ressemblent beaucoup plus à des bidonvilles modernes où manque la majorité des équipements.Pourquoi donc l'Algérie construit des cités-dortoirs, sans charme, ni couleur, ni saveur' Pourquoi tant d'argent gâché pour un résultat si maigre' Pourquoi les responsables de ces «catastrophes» ne sont pas sanctionnés' Qui sont d'abord ces responsables'
Abdelhamid Boudaoud, président du Collège national des experts architectes, dresse un constat alarmant de la situation du secteur de l'habitat et de l'urbanisme en Algérie qui dispose de 529 villes.
Côté juridique, notre interlocuteur, joint au téléphone, explique que nous avons les meilleurs textes au monde. Mais il déplore qu'on n'ait pas «les meilleurs hommes pour les appliquer».
«On est arrivé à avoir 1,2 million de bâtisses inachevées», a-t-il soutenu. Selon lui, «toutes les constructions publiques réalisées de 1962 à 2010 n'ont pas de permis de construire, ni d'actes, ni de certificat de conformité».
La situation est induite aussi, selon lui, par le manque de suivi et de contrôle des projets. A tel point que le Premier ministre a demandé l'arrêt de plusieurs projets dans ses tournées dans différentes wilayas.
Abdelmalek Sellal a exprimé presque dans chaque wilaya, son «ras-le-bol» de voir dans quelle anarchie sont construites les nouvelles villes et cités. A Batna, à Ghardaïa, à Tiaret, à Naâma, etc. Il a dû demander tout simplement d'arrêter les travaux des villes en chantier en vue de revoir le plan et de sauver ce qui pouvait l'être. A Tébessa, il a lâché cette phrase combien symptomatique du mal qui ronge la ville algérienne: «J'en ai marre, là où je vais c'est la même chose!».
Pourquoi cela est-il rendu possible' «Personne ne fait son travail», tranche Abdelhamid Boudaoud.
Pour ce dernier, la responsabilité de cette situation incombe au ministère de l'Habitat, aux collectivités locales et à la police de l'urbanisme. Selon lui, tous les ministres de l'Habitat qui se sont succédé depuis les années 1970 n'ont aucune stratégie dans le domaine de la ville. «C'est la politique du chiffre qui prime et ils ne s'intéressent pas au cachet architectural», a-t-il résumé.
Il estime que les architectes ne portent aucune responsabilité dans cette anarchie qui règne dans nos villes.
M. Boudaoud trouve d'ailleurs anormal qu'en 50 ans d'indépendance, l'Algérie n'a pas d'architectes connus et reconnus, accusant l'administration de ne pas vouloir que le pays dispose d'une élite dans le domaine. «Tout le monde est architecte sauf l'architecte qui n'est pas architecte. Pourtant il est le pilote de tous les segments», regrette-t-il.
Il déplore aussi que les entreprises qui activent dans le secteur manquent d'expérience et ne veulent pas se moderniser.
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