Dès l'aube, aux premières lueurs du jour, ou encore à la lumière
annonçant son déclin, se faufilant à la prénombre, ses silhouettes surgissent
de nulle part. Ce sont ces personnes de tout âge, hommes et enfants, la peau
gercée par les morsures du froid des matins glaciaux de l'hiver ou brûlée par
les coups de soleil, imparables, des Hauts Plateaux.
Chaque jour, toujours à l'heure indiquée, ils viennent investir les
lieux, le pas pesant, l'oeil aux aguets dans un silence quasi total, ils
entament leur tâche quotidienne, loin des yeux indiscrets. Ils furètent dans
les décharges publiques ou ce qui semble l'être et raclent les fonds des
poubelles et bacs à ordures déposés devant les maisons et immeubles, en quête
de tout ce qui pourrait être fourgué, toute sorte de matières récupérables :
plastique, verre, bois et autres ustensiles usagés. Et cela se réitère chaque
fois de préférence bien avant le passage des camions à bennes. Ainsi, une
course-poursuite s'engage car de cela dépend leur existence. La «marchandise»
récupérée sera cédée pour le prix d'une bouchée de pain, aussi amer que les
noircissures de leurs visages. Accrochés à leur butin, chacun traina derrière
lui, un ou plusieurs ballots, parfois aussi lourds que leurs frêles corps.
Allez les voir, du côté de l'ex-Oued Zaarour, depuis quelue temps déjà en
zone privilégiée de la braderie et commerces informels. Enfoncés jusqu'aux
chevilles dans une mare d'immondices le dos courbé, occupés qu'ils sont,
entièrement isolés du monde extérieur en fait une situation surréaliste à
couper le souffle, une question de survie, pour beaucoup d'entre eux, quitte à
aller la chercher au fin fond d'un endroit exécrable.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ali Chabana
Source : www.lequotidien-oran.com