C'est à bord de sa camionnette que Almokhtar, ancien instituteur, sillonne les villages les plus reculés autour de Tamanrasset pour' enseigner le tamasheq.
La langue des Touareg est une des rares langues africaines qui possède son propre alphabet, composé de tifinagh (prononcer tifinar). « Cette écriture que l'on trouve gravée sur les rochers est en danger, remarque Almokhtar. J'aimerais sensibiliser plus d'enseignants touareg à la nécessité d'apprendre aux enfants l'importance de notre langue et prévenir la disparition de ce qui fait aussi notre peuple. » Trois fois par semaine, Almokhtar installe donc un campement à côté de l'ancienne école de Tioualaoualène, au nord de la commune d'Abalessa. Les élèves y viennent, après les cours à l'école primaire, apprendre de façon aussi ludique que possible, notamment à travers les contes, la langue de leurs ancêtres, l'histoire de la région et des héros, pourtant algériens, qui ne sont pas cités dans les manuels scolaires.« Quand j'ouvre le livre d'histoire de mes neveux et que je vois comment est décrite Tin Hinan, ça me donne froid ans le dos », souligne-t-il. Almokhtar a toujours refusé de se plier au système éducatif algérien, il a toujours fait plus que les autres : « Dans mon village, j'étais scolarisé à l'école, mais les anciens tenaient à ce que tous les enfants puissent avoir accès aux connaissances de notre culture. » Il poursuit : « L'arabe est une langue qui a servi à regrouper un peuple dans la résistance contre un colonisateur. Ceci dit, l'arabisation a failli dans sa mission d'unité nationale. On ne peut unir un peuple sous le même étendard que si l'on accepte la différence des uns et des autres. Mais avec l'arabisation, nous n'avions pas d'autre choix que de laisser de côté notre langue maternelle, le tamasheq, afin de pratiquer l'arabe et espérer trouver un travail. »L'initiative d'Almokhtar a encouragé d'autres enseignants qui insèrent des heures de tamasheq dans le programme délivré par le ministère de l'Education algérien. « Les instituteurs que je connais donnent aussi des cours à des étrangers, je les encourage avec les moyens dont je dispose pour en faire profiter leurs élèves. »
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Faten Hayed
Source : www.elwatan.com