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Tam ne cède pas à la peur Traversée par l'onde de choc sahélienne



Tam ne cède pas à la peur Traversée par l'onde de choc sahélienne
En dépit des violences au Mali, de la prise d'otages d'In Amenas et de l'angoisse amplifiée par les médias, la ville de Tamanrasset ne cède rien de sa légendaire «zen attitude». Economiquement, la guerre chez nos voisins du sud a eu son effet, mais le sentiment d'insécurité a manifestement du mal à contaminer les esprits.
Des déflagrations de pétards déchirent le silence des nuits de Tamanrasset. Le Mawlid Ennabaoui est fêté dans la liesse par les enfants qui occupent ostensiblement les rues, même si les vendeurs de pétards et autres produits pyrotechniques se sont fait rares cette année. En dépit des violences au Mali, la prise d'otages d'In Amenas et de l'angoisse amplifiée par les médias, la ville de Tamanrasset ne cède rien de sa légendaire «zen-attitude».
Economiquement, la guerre chez nos voisins du Sud a eu son effet, mais le sentiment d'insécurité a manifestement du mal à contaminer les esprits ici. L'animation nocturne caractérise les artères de la ville et les familles, même des femmes seules, se pavanent librement et occupent massivement les terrasses des cafés et autres pizzerias, profitant des températures douces de ce mois de janvier.
Smaïl, propriétaire associé d'un restaurant près de la mairie et originaire de Mila, s'étonne de la question et affirme que son commerce ne pâtit point des événements qu'il voit à la télé. «Ici, nous vivons en paix. Nous sommes loin des problèmes du Nord et en tout cas nous n'avons rien remarqué de particulier depuis qu'on parle de cette guerre au Mali.»
Même son de cloche chez Mehdi et Abdelbaki, deux jeunes coiffeurs originaires de Médéa que nous avons rencontrés dans une pizzeria de la rue Sersouf, quelques minutes avant le coup d'envoi du match Algérie-Togo. «Le seul sujet de discussion des gens est le business. Nous n'avons peur de rien ici.La sécurité est parfaite et les habitants de Tamanrasset sont paisibles. Tout le reste n'est qu'affabulation des médias», nous dit Abdelbaki.
Mehdi nous invite à observer l'ambiance qui règne dans les lieux, où de nombreux jeunes issus de plusieurs régions du pays sont venus encourager «les Verts» ensemble et profiter de l'écran géant accroché au fond de la salle.
Au sein de la population locale, les souvenirs de l'attentat commis le 3 mars 2012 contre le groupement de la gendarmerie ayant fait 23 blessés dont 15 gendarmes, semblent loin. L'acte revendiqué par le Mouvement pour l'unité et le djihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) était le premier et le dernier attentat à l'explosif qu'ait connu Tamanrasset et même si les dispositifs de sécurisation des casernes ont été renforcés, la population semble s'être adaptée et ne remarque presque plus rien.
Pas question de baisser la garde !
Il faut dire que même les familles du nord du Mali fuyant la violence des groupes islamistes et installées à Tam se font discrètes, étant elles-mêmes d'origine touaregue, se fondant facilement dans la population locale. Ceci n'empêche pas les autorités locales, politiques et militaires de parer à toute éventualité et maintenir les services en état d'alerte. D'ailleurs, depuis quelques mois déjà, le conseil de sécurité de la wilaya se réunit de manière plus fréquente et a décidé de prendre des mesures de renforcement de la sécurité, notamment au niveau des installations stratégiques, en particulier le système d'approvisionnement en eau potable de la ville de Tamanrasset depuis In Salah. Selon Saïd Meziane, wali de Tamanrasset, il a été demandé aussi aux sociétés qui emploient des étrangers de renforcer leur sécurité interne, sachant que la sécurisation externe des sites est assurée par les corps de sécurité de l'armée nationale et de la gendarmerie. Pas question donc de baisser la garde. D'ailleurs, M. Meziane refuse de divulguer toute la stratégie adoptée dans ce sens, de peur, dit-il, de provoquer le relâchement de la vigilance.
Les techniciens chinois exerçant pour le compte d'une société chargée de la sécurisation des réseaux téléphoniques de l'armée travaillent sous escorte certes, mais contrairement aux expatriés, employés sur le site de Hassi Mimoun qui ont préféré partir cette semaine, les Chinois profitent du climat de sécurité garanti à Tamanrasset et déambulent de manière décontractée dans les rues. Les autorités locales ne cessent d'émettre des signaux rassurants quant à la maîtrise de la situation.
C'était d'ailleurs l'objet d'une conférence de presse donnée dimanche à l'unité républicaine de la police du Sud, dans la wilaya de Tamanrasset par l'inspecteur régional de la police du Sud (IRPS), Zaghez Sami. «La situation sécuritaire à nos frontières est totalement maîtrisée, particulièrement avec les nouvelles dispositions prises par la Direction générale de la Sûreté nationale», a affirmé le responsable, ajoutant que d'importants moyens sont déployés afin de renforcer la sécurité aussi bien au niveau des postes frontières qu'au long de la bande frontalière.
Atténuer l'effet passoire
Compte tenu du flux grandissant enregistré depuis le début de la guerre au Sahel, l'Etat a vite fait d'installer de nouvelles structures de contrôle et de sécurisation des frontières pour resserrer les mailles et atténuer l'effet passoire qui caractérise cet horizon désertique infini. Un travail de sensibilisation a été mené en direction des nomades algériens vivant le long de la bande frontalière afin d'en faire des balises d'alerte en cas de mouvement agressif, nous explique encore le wali.
Ces nomades, à l'instar des Touareg sédentaires installés à Tam, demeurent cependant catégoriques devant le soupçon d'une quelconque sympathie indépendantiste avec les Touareg de l'Azawad. «Nous avons naturellement beaucoup de solidarité avec nos frères du Mali de par nos liens du sang, mais ce sentiment s'arrête au niveau social.
Politiquement, c'est chacun pour soi», martèle Hadj Boudjemâa Benhabireche, notable touareg et ancien membre de l'APW. «Nos aïeuls avaient refusé la proposition du général de Gaulle pour la partition du Sahara, et rien n'a changé depuis. Nous restons algériens et nous n'avons même pas à le redire», répond Houari, propriétaire d'une agence de voyages locale, vexé un peu par la question.
Pour le député FLN, Mahmoud Gmama, «il n'y a aucune crainte pour l'unité nationale. Les Touareg ont pris part à la Révolution et ont lutté contre le terrorisme aux côtés de leurs frères du Nord, et aujourd'hui encore ils sont plus que jamais attachés à leur pays.»
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