
«Cent trente nouveaux cas de sida ont été dépistés cette année à Sidi Bel Abbès, dont une cinquantaine sont décédés», nous rapportait notre correspondante locale dans notre édition d'hier. Autant de malades de sida «publiquement» annoncés dans une seule wilaya, le moins qu'on puisse dire est qu'on en a pas l'habitude, ce qui ne veut pas dire pour autant que ces chiffres sont exhaustifs. Même si ce n'est pas la crédibilité de la source qui est en cause.Les braves animateurs de l'association «Sidaide» qui nous fournissent ces informations font certainement ce qu'ils peuvent avec leurs faibles moyens. Dans un environnement pas très avantageux comme on pourrait le deviner, un tel niveau de transparence relève déjà du courage. En restant déjà dans ces chiffres qui doivent à l'évidence être revus à la hausse, c'est déjà inquiétant, quand on imagine les proportions que ça donne à l'échelle nationale, la wilaya de Sidi Bel Abbès n'étant ni la plus vaste ni la plus peuplée et ne présentant aucune caractéristique qui puisse faire d'elle une région du pays particulièrement exposée à la maladie. Parce que 130 nouveaux Algériens atteints du sida dans une wilaya, dont près de la moitié ont perdu la vie, ce n'est pas souvent que les services sanitaires et leurs démembrements associatifs nous en informent.Dans un pays où on a plutôt l'habitude d'entendre parler de «cas isolés» qui «ont contracté le virus pendant leur séjour à l'étranger», d'autres rares cas qui souvent, sinon systématiquement des «subsahariens» rentrés clandestinement à Tamanrasset», «quelques marginaux, drogués et homosexuels», c'est un miracle qu'il y ait des gens qui parlent du sida? normalement. C'est-à-dire comme une maladie, un vrai problème de santé publique qui plus est, trop périlleux pour être affronté dans l'opacité honteuse. Or, en matière d'information, outil de lutte majeure contre la maladie, on est loin du compte. Dans un pays où le sida est encore une honte au lieu d'être une maladie, où la culpabilisation moralisante et l'incantation religieuse prend le pas sur l'argument scientifique, où le préservatif se vend chez le pharmacien comme se vend la dose chez le dealer, où on recommande encore l'abstinence sexuelle hors mariage comme unique moyen de prévention, où de larges pans de la société sont convaincus que la maladie se transmet par voie orale, où les rares dépistages se font dans l'examen pré-mariage, il est difficile de mener sereinement et avec tous les atouts en main contre le mal du siècle.Dans ces conditions, on comprend pourquoi la maladie est en recul y compris dans les pays les plus vulnérables alors qu'elle est en progression chez nous. Et c'est la même association qui nous le dit. Certainement dans des proportions plus inquiétantes.Slimane LaouariCette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Le Temps d'Algérie
Source : www.letempsdz.com