Tamanrasset - A la une

Réserve, réserves



Réserve, réserves
«Il faut toujours se réserver le droit de rire le lendemain de ses idées de la veille.» Napoléon BonaparteJe ne sais pas pourquoi certains hauts fonctionnaires qui ont des idées arrêtées sur certains problèmes d'une certaine acuité, se retiennent et ne s'expriment qu'en aparté à leurs proches. Ce n'est qu'une fois la liberté retrouvée, à la faveur d'une retraite méritée ou d'un limogeage humiliant, qu'ils retrouvent la parole ou la plume et se mettent à camper des personnages d'irréductibles opposants et se mettent à régler des comptes. Ils ne savent pas qu'ils ont perdu leur crédibilité quels que soient leurs états de service ou leurs talents car le peuple sait bien qu'on ne parle pas la bouche pleine. On me parle souvent de cet ancien cadre de la Chaîne II, qui, dès sa prise de fonction, s'est dépêché de réunir les animateurs et les producteurs de cette chaîne, et leur intima l'ordre de ne plus employer le berbère «académique». Il encouragea ceux qui sournoisement introduisaient des vocables d'origine arabe au détriment de ceux du berbère. On raconte qu'il a changé de langage depuis qu'il a pris une confortable retraite.Un ancien voisin et camarade de lycée, avait brutalement arrêté ses études en 1959 pour rejoindre le maquis, dans la Wilaya III Zone 3. Après l'indépendance, il reprit courageusement ses études et devint après de brillantes études un cadre supérieur au service de la République. Honnête commis de l'Etat, il franchit lentement les divers échelons avant de prendre une retraire méritée. Au lendemain de sa sortie des fonctions officielles, il rédigea dans un quotidien national une lettre éloquente au chef de l'Etat sur la situation en Kabylie.Il n'y manqua pas de rappeler que, malgré l'énorme travail de propagande des services français, malgré les intenses opérations des militaires et les manoeuvres sournoises des services spéciaux de l'armée coloniale ou de leurs supplétifs contre la Wilaya III et les populations civiles, cette région ne s'est jamais dissociée du combat libérateur mené par tous les patriotes, de Dunkerque à Tamanrasset. Il a aussi rappelé en passant les causes du Printemps berbère. C'est aujourd'hui une occasion de rendre hommage à ceux qui n'ont pas renié leurs origines et à ceux qui sont fiers d'être nés quelque part, quand ce quelque part leur inspire tous les nobles idéaux de l'humanité et qu'ils pratiquent un parler non importé qui constitue une richesse supplémentaire à ce pays.Il est bon de rappeler que les divers ethnologues, anthropologues ont défini l'originalité de cette région comme ayant toujours été le refuge des hommes épris de liberté et que par conséquent, les populations qui y ont vécu chichement se sont toujours dressées contre des pouvoirs centraux le plus souvent corrompus, passagers et d'origine étrangère. Cet isolement a accentué son originalité, une originalité d'ailleurs accentuée par un mode de gestion où la djemaâ est séparée de la mosquée. L'histoire du Mouvement national nous renseigne sur la myopie des responsables politiques qui ont tous eu les yeux tournés vers l'Orient, même quand leurs intérêts étaient en Occident. Ils ont sciemment refusé d'envisager les problèmes posés par la revendication identitaire qui s'affirme chaque jour un peu plus, à l'heure où la mondialisation brise les nations et ravive les particularismes locaux. La satisfaction de ces revendications ne risque pas de porter un coup à la cohésion nationale. C'est plutôt l'incohérente gestion économique qui risque de porter atteinte à l'édifice fragile patiemment construit par des hommes animés d'un patriotisme aux larges horizons. Une politique d'investissements productifs dans cette région lésée par les héritiers de Boumediene et meurtrie par un terrorisme qui dure ramènera un peu de paix dans les coeurs. Chaque fois que cette région fêtera le premier de tous les printemps, tout le monde pensera aux militants disparus pour cette cause, de Benaï-Ouali à Matoub Lounès, tous ceux qui sont tombés sous les balles des tontons macoutes, qu'ils soient en uniforme vert ou en tenue afghane.


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