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Quand un festival se saborde Organisation, encadrement et gestion de la manifestation sont remis en question



Quand un festival se saborde                                    Organisation, encadrement et gestion de la manifestation sont remis en question
De notre envoyé spécial à Tamanrasset
Hassan Gherab

La fatigue résorbée, l'ambiance de fête retombée, on peut dès lors prendre le recul nécessaire pour faire froidement le bilan de la 3e édition du Festival international Abalessa-Tin Hinan (Fiataa) qui s'est tenue du 14 au 19 février à Tamanrasset, Abalessa et In Salah.
La première aberration est le nom même du festival qui se donne une dimension internationale, mais est circonscrit aux arts de l'Ahaggar, un espace délimité géographiquement. De par sa dénomination, le Fiataa ne peut être international, mais tout juste local. Cependant, de par sa programmation (des groupes de Ouargla, du Mali, du Congo, de Guinée, de Mauritanie), le festival a, effectivement, pris une dimension, si ce n'est continentale, pour le moins régionale. Aussi, serait-il plus opportun et logique de revoir la dénomination du festival pour l'adapter à ses objectifs et à son espace d'intervention. Qu'il soit un festival local des arts de l'Ahaggar ou un festival international des arts du Sahel, voire d'Afrique.La critique ne se limite, hélas, pas à l'appellation qui, somme toute, n'est que
de pure forme. Le plus discutable est dans l'organisation même et la gestion du festival. De nombreux habitants de Tamanrasset,
dont des responsables, nous ont, en effet, clairement signifiés leur désapprobation de voir le festival pris en charge, organisé
et encadré par Alger. «Les gens d'ici sont exclus. Il n'est pas normal que le commissariat du festival soit à Alger, que tout se décide là-bas et que nous n'ayons pas notre mot à dire sur un festival qui se tient dans notre ville. Nous, nous ne sommes bons qu'à animer la scène et accueillir les invités du festival», dira, à juste titre, un membre d'une association locale. Des citoyens assistant à la discussion opineront du chef en signe d'assentiment.La remarque de ce citoyen est on ne plus justifiée et elle est partagée par tous les
habitants que nous avons interrogé. Il est vrai qu'on ne peut que comprendre l'amertume et la déception des universitaires et animateurs d'association de l'Ahaggar qui voient d'un mauvais 'il leur exclusion d'un festival se tenant à Tamanrasset et concernant les arts de l'Ahaggar. Mais pourquoi n'ont-ils donc pas pris les devants et l'initiative de faire au lieu d'attendre que ça vienne d'Alger et de
critiquer par la suite 'Toutefois, cela ne justifie pas pour autant la domiciliation du commissariat à Alger. Surtout quand la gestion du festival laisse à désirer, ce qui a été le cas pour la couverture médiatique, du moins en ce qui concerne la 3e édition du Fiataa. Exclusion, favoritisme et ségrégation ont caractérisée l'organisation de la couverture médiatique. Les journalistes invités à couvrir cette édition ont été marginalisés. Logés en chambres doubles dans un hôtel, le Bournane, à l'autre extrémité de la ville, ils ont été tenus à l'écart des artistes qui, eux, étaient à l'hôtel Tahat, où seuls quatre journalistes triés sur le volet par les organisateurs avaient leurs singles et pouvaient rencontrer les artistes et faire tout les entretiens et portraits qu'ils voulaient. De plus, contrairement au Bournane où la connexion wifi était d'une faiblesse désespérante, ce qui obligeait les journalistes à courir les cybercafés avec l'espoir de trouver une place libre, les journalistes du Tahat avait tout loisir d'envoyer leurs papiers et leurs sonores quand et d'où bon leur semblera, car l'hôtel disposait d'une bonne connexion Internet. En fait, la chargée de la presse était aux petits soins avec les envoyés spéciaux logés au Tahat, au point de mobiliser un bus pour permettre à l'un d'eux de rencontrer la seule artiste hébergée au Bournane, rencontre à laquelle n'ont pas été conviés les journalistes résidant à l'hôtel. Le plus révoltant était de voir des personnes qui n'avaient rien à voire avec le festival si ce n'est qu'ils étaient de la famille d'un membre de l'équipe d'organisation, et des techniciens qui n'avaient aucunement besoin de rencontrer les artistes, occuper des chambres au Tahat alors que les représentants de médias étaient à l'autre bout de la ville. Cette situation fera dire à un collègue que les journalistes du Bournane sont «en marge du festival». Quant au travail sur le terrain, les organisateurs n'ont rien fait pour faciliter le travail. Les badges «Presse» n'avaient aucune utilité dans la fosse au bas de la scène submergée par le public, sans qu'aucun responsable ne réagisse.Par leur organisation, les responsables du festival sont tout simplement en train de saborder l'événement qu'on leur a confié. Au lieu de le bonifier et de le faire grandir, ils le laissent aller droit dans le mur. Le plus dramatique était d'entendre un membre du commissariat dire que ce sont des personnes de l'organisation qui tirent vers le bas le festival, lequel, faut-il le souligner, se tient sous le patronage de la ministre de la Culture. A ce titre, elle se doit de réagir pour mettre bon ordre dans l'organisation du festival dont les retombées, qu'elles soient positives ou négatives, lui seront endossées. Car, Tamanrasset n'a vraiment pas besoin de ça ni la culture.
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