Tamanrasset - Revue de Presse

Pouvoir d?achat et mécanique des fluides



Si l?inertie en physique est une force, en politique, chez nous, aussi. C?est l?impression qui se dégage au regard de l?évolution de la situation sociale de ces derniers mois. Depuis plusieurs mois, des produits « stratégiques » comme le lait, la farine, la semoule et l?huile après les pénuries ont connu des hausses sensibles de prix au détail. Jusqu?à celui de la baguette de pain pourtant réglementé et que beaucoup de boulangers n?ont pas hésité à l?arrondir de 50 centimes, au grand dam des consommateurs qui se demandent « où est passé l?Etat ». L?inquiétude est nettement perceptible chez les citoyens qui voient leur pouvoir d?achat fondre comme une glace sous un soleil de juillet à Tamanrasset. L?année 2008 débute, d?ailleurs, avec une série de grèves dans l?éducation, la santé, la Fonction publique. Et ce, au moment même où le gouvernement affirme que les statuts de ces différents secteurs sont fin prêts. Les différents syndicats qui ont appelé à la grève n?ont pas manqué de manifester leur désaccord avec la position du gouvernement. Leur scepticisme aussi après les augmentations des salaires et les mesures de soutien de certains produits alimentaires. Mesures qui sont loin de juguler l?inflation constatée sur le marché. Une inflation que le gouvernement attribue, dans une démarche d?impuissance, à des facteurs externes comme le renchérissement de l?euro, les tensions sur les marchés internationaux des produits agricoles, etc. Impuissance encore plus aggravée face à une inflation qui fait boule de neige et qui n?épargne pratiquement aucun produit, un processus généralisé. Une tendance qui ne semble pas conjoncturelle et appelée plutôt à s?inscrire dans la durée. Ce qui aurait pour conséquence de rendre les mesures prises par le gouvernement totalement inefficaces. Celui-ci ne semble pas du tout pour l?instant préoccupé par une approche à plus ou moins long terme, associée à des mesures « d?urgence » qui consistent par exemple à réorienter rapidement nos importations agricoles vers la zone dollar, c?est-à-dire en dehors de l?Union européenne. D?autant que pour l?instant rien n?indique que la situation de l?agriculture européenne est appelée à changer de sitôt. Bien au contraire, la politique suivie par l?UE en la matière laisse présager que les tensions constatées sur les marchés des produits agricoles vont se maintenir. La suppression des subventions aux producteurs ne fera qu?encourager davantage une réorientation de l?agriculture européenne vers les cultures des « biocarburants ». Les pays qui étaient jadis excédentaires se retrouvent aujourd?hui déficitaires, c?est le cas de la France pour ce qui est du lait. L?Allemagne pour sa part a connu une hausse de 20% sur les prix du lait et 50% sur les produits dérivés. Réduction donc de l?offre des pays producteurs d?une part et augmentation de la demande des pays émergents. Cette tendance devrait inciter plutôt les décideurs algériens à adopter une démarche innovante au profit de l?agriculture algérienne en vue de réduire de manière sensible cette dépendance à l?égard de l?étranger. Surtout pour ce qui est du lait dont la facture s?élève à près de 900 millions de dollars. Alors que d?un autre côté, les professionnels nous assurent qu?à peine 10% de la production nationale sont collectés. Il est question d?importer pour faire face à la demande interne croissante plus de 100 000 vaches pour combler le déficit. Or force est de constater que toutes les importations qui ont eu lieu par le passé n?ont pas eu l?effet recherché. Les choix faits à l?époque ne répondaient pas au souci de mettre en place une véritable industrie laitière, à travers la mise en place de grands domaines d?exploitation, environnement adéquat, professionnalisation des producteurs, etc. Pour ce qui est de juguler d?une certaine manière l?effet boule de neige de l?inflation et préserver par-là même le pouvoir d?achat des catégories les plus exposées, un soutien ciblé de celles-ci, à travers un système indemnitaire innovant et stimulant, serait sans doute préférable à un soutien généralisé et inefficace des prix sur les moyen et long termes. Un système indemnitaire qui valoriserait la productivité du travail et permettrait par-là même aux bas salaires et aux revenus fixes (retraités, pensionnés, etc) de faire face à la cherté de la vie. Une marche dans laquelle les couches moyennes trouveraient également leur compte plutôt qu?une « redistribution rentière » symbolisée par un soutien des prix qui a montré ses limites par le passé. L?occasion qui s?offre aux partenaires sociaux de discuter les statuts des différents secteurs est sans doute propice pour envisager la meilleure manière pour préserver le pouvoir des Algériens.
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