Après un exil forcé de plusieurs années, loin de leur pays et de leurs proches, des personnalités historiques ayant dirigé la Révolution de novembre 1954 avaient pu finalement rentrer au bercail à la faveur de la décision de Chadli Bendjedid de tourner définitivement la page des injustices commises par ses prédécesseurs.Tous les cadres de la Révolution étaient ainsi libres de revenir chez eux, lavés de toutes les condamnations et les accusations dont ils ont fait l'objet à un moment ou un autre.
Un processus de réhabilitation était alors engagé par l'Etat algérien en faveur de ces bannis de Boumediène et de Ben Bella qui goûta lui aussi aux douleurs de l'enfermement.
Et quoi de mieux qu'un congrès extraordinaire pour la réconciliation des moudjahidine pour marquer le début d'une nouvelle ère pour l'Algérie. Il a eu lieu en octobre 1990 à la coupole du 5-Juillet.
Un événement historique où l'émotion des retrouvailles a profondément marqué le déroulement du congrès. Le président Chadli a eu droit, pour l'occasion, à un accueil particulièrement chaleureux de la part des congressistes et surtout de ceux qui ont vécu, des années durant, à l'étranger mais également en Algérie, la marginalisation et le mépris.
Le Soir d'Algérie, qui était encore à ses premiers balbutiements, a naturellement tenu à couvrir cet événement exceptionnel et a surtout donné la parole à ces héros pour leurs toutes premières déclarations dans un journal algérien, de surcroît indépendant.
B. B.
Ahmed Ben Bella
«Je ne retourne pas pour régler des comptes»
À bord du navire le Hoggar, qui le ramenait depuis Barcelone à Alger à la fin du mois de septembre 1990, le premier président de l'Algérie indépendante avait exprimé «sa joie de retourner libre au pays après 15 ans d'emprisonnement» et qu'il ne revenait pas pour «régler des comptes et si comptes il y a, ce sera avec les ennemis de l'Algérie».
Sur sa demande d'aide faite aux Cubains lors de l'agression marocaine contre l'Algérie en 1963, Ben Bella apportera les précisions historiques suivantes : «Je n'ai pas demandé l'aide aux Cubains, mais on a été mis devant le fait accompli, en voyant débarquer 600 hommes d'un navire devant contenir du sucre. Mais j'ai demandé à Nasser de nous assurer la couverture aérienne. 24 heures après, 30 avions atterrirent à Biskra. Aujourd'hui, je me sens fier de l'avoir fait. Et je dois préciser que si on l'a fait, c'est parce que l'agression du Maroc était traîtreusement préméditée. Affaibli par la guerre de libération, on n'avait pas un seul char...»
Hocine Aït-Ahmed
«Nous voulons consolider le processus démocratique»
Un mois seulement après sa première parution, Le Soir d'Algérie a eu le privilège d'avoir l'exclusivité de la première interview du responsable historique de la Révolution, Hocine Aït-Ahmed, à un organe algérien post-ouverture. Il nous déclarait notamment : «Nous voulons consolider le processus démocratique et faire échec à tous les extrémismes dans notre pays.»
Concernant la vie politique de l'époque et la relation du FFS avec certains partis, Aït-Ahmed précisait : «Je crois que le multipartisme n'est pas entré dans la tête de tout le monde. Nos mentalités ne sont pas encore tout à fait sorties de l'univers totalitaire. Dès l'instant où un parti se crée, ses responsables doivent assumer ses succès et ses échecs. Et non pas chercher la responsabilité de ce dernier dans le parti voisin.» Il ajoutera : «Tous les partis ont vocation nationale et je souhaite que le débat politique entre les partis soit empreint de convivialité et de courtoisie.»
Colonel Tahar Zbiri
«Boumediène était pour un pouvoir personnel»
C'est également la première sortie médiatique du colonel Tahar Zbiri, ancien responsable de la wilaya historique des Aurès et premier chef d'état-major de l'ANP après l'indépendance, accordée au Soir et dans laquelle il est revenu longuement sur les principaux événements ayant précédé la prise de pouvoir de Ben Bella et de Boumediène et les rapports très tendus avec ce dernier. Il nous dira surtout concernant ce dernier : «Boumediène n'a jamais voulu de congrès du FLN, il a repris la pratique du pouvoir personnel et plus encore que Ben Bella.»
Pour lui, «un congrès du FLN constituait la seule voie au retour de la légalité dans le pays. Un délai raisonnable de préparation de ce congrès était prévu (1 à 2 ans). Deux années et demie après, Boumediène ne voulait toujours pas de congrès. Il reprit la pratique du personnel plus que Ben Bella. Il ne travaillait qu'avec trois personnes, Ahmed Medeghri, ministre de l'Intérieur, Abdelaziz Bouteflika, ministre des Affaires étrangères et Belaïd Abdesselem pour l'économie. Sur le plan militaire, il collaborait uniquement avec les ex-officiers de l'armée française, à leur tête Chabou.»
Cherif Belkacem
«Le FLN est en train d'être sacrifié»
L'ancien «super-ministre » et ancien coordinateur du fameux «groupe d'Oudja» ayant disparu des radars depuis 1974 était agréablement surpris, en ce mois d'octobre 1990, d'être sollicité par un journal algérien et de surcroît indépendant.
Les multiples rencontres avec cette véritable boîte noire du régime de Boumediène se sont révélées d'une grande richesse. Il avait surtout affirmé : «Je n'ai jamais cru en la thèse du suicide de Medeghri.»
Sur le rôle et l'importance du parti FLN dans la gestion du pays, Chérif Belkacem nous déclarait : «Chez nous, en Algérie, l'importance du parti venait loin derrière l'armée, les services de sécurité et l'administration... La réalité du pouvoir ne recoupe pas le parti unique au pouvoir mais une forme de pouvoir personnel. On ne peut pas, par exemple, dissocier la période 62-65 de Ben Bella, 65-78 de Boumediène, et celle que nous vivons encore de Chadli. On ne peut pas parler de trois FLN identiques.»
Des unes et des évènements : Année 2008
Les touristes indésirables au Hoggar
Pour des raisons d'ordre sécuritaire, la Direction du tourisme de la wilaya de Tamanrasset a décidé d'interdire l'organisation de circuits entre le Hoggar et le Tassili des Ajjers. L'interdiction est dénoncée par les responsables d'agences de voyages et risque d'avoir des répercussions négatives sur le secteur touristique de ces deux régions. La décision prise, hier (10 février 2008), par la Direction du tourisme de la wilaya de Tamanrasset est sur le point de compromettre la saison dans les régions du Hoggar et du Tassili des Ajjers, considérées comme les principaux pôles touristiques en Algérie. Cette administration s'est contentée de quelques mots pour annoncer cette interdiction : «Vu les informations sécuritaires qui nous ont été transmises et qui confirment l'absence de sécurité entre les circuits touristiques reliant les villes de Tamanrasset et Djanet, nous vous demandons de ne pas emprunter ces parcours afin de garantir la sécurité des touristes et des ressortissants étrangers.»
L'Algérie pressée de rouvrir ses frontières avec la Maroc
Bruxelles certifie que les semaines et mois à venir verront une énorme pression s'exercer sur l'Algérie pour qu'elle rouvre ses frontières terrestres avec le Maroc.
Le piège est tendu.
Pour la simple et unique raison que plusieurs pays européens, en tête desquels, bien évidemment, la France, instruits de la situation catastrophique dans laquelle vit l'est du Maroc, du fait de la fermeture en 1994 de la vache à lait Algérie et incapables eux-mêmes d'apporter une aide conséquente à Rabat pour éviter l'explosion, l'Union européenne choisit donc Alger pour parer au plus urgent. Cette curieuse générosité européenne ? Bruxelles veut, en effet, apporter de l'aide au Maroc mais avec le potentiel Algérie ? est à analyser avec sérieux. Ici, quelques repères. En vendant le produit Maroc, après la mort de Hassan II, comme étant démocratique, sur la voie des réformes, le bon élève de la bonne gouvernance, l'Union européenne s'est prise à son propre piège. Les désarrois économiques du bon élève, le peu d'engouement populaire pour les processus électoraux organisés au pays de Mohammed VI, et la fulgurante montée de l'islamisme, assis, au Maroc, sur des bases solides, durables.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Belkacem Bellil
Source : www.lesoirdalgerie.com