Tamanrasset - A la une

Pénurie



«Les esprits sont, en général, moins affamés que les estomacs, et ils supportent beaucoup plus gaillardement la pénurie.» André Frossard
Ce matin, le temps est lourd. Une chaleur implacable s'est abattue sur l'immonde cité où se sont donnés rendez-vous tous les maux sociaux: de France, de Navarre et de Peshawar. Cependant, ce n'est nullement le climat qui fait fulminer Aâmmi El-Hocine et lui ôte l'indélébile sourire qui rend son visage antipathique: «Comme disait mon ami Lounès, il y a de quoi se taper le fondement par terre!». Et quand il prononce le mot «fondement», il met respectueusement la main devant la bouche en ajoutant un «Hachakoum» auquel ses auditeurs, rivés à ses lèvres, répondent par un respectueux «A'izzek Ellah!». Il faut beaucoup de choses pour choquer mon vieil ami qui, en quatre-vingts ans d'une vie menée entre Dunkerque et Tamanrasset, a de quoi remplir plusieurs biographies riches en évènements de toutes sortes. Plus rien ne l'étonne d'ailleurs. Cependant, il y a des choses qui ne cessent de heurter sa conscience forgée par des années vécues auprès des gens qui ont donné au mot citoyen tout son sens. Et ce matin, l'ancien vieil émigré qui a passé trois années pleines en prison en France pour collecte de fonds pour le compte du FLN (le vrai!), fulmine car il n'a pas trouvé son sachet de lait subventionné chez le revendeur. Et comme il n'est pas du genre à s'abaisser pour supplier ou crier misère pour apitoyer le revendeur qui est toujours dressé sur ses ergots et affiche une superbe mine non coutumière depuis que la pénurie de lait subventionné s'est abattue sur le quartier, il a acheté deux sachets de lait de vache à 100 dinars! Il faut dire qu'il a les moyens de sa politique puisqu'il jouit de deux confortables retraites (l'une en devises et l'autre en dinars dévalués) et que sa retraite en dinars est chaque année réévaluée en fonction du Snmg, luxe que ne peuvent se permettre ceux à qui une attestation communale fait défaut. «Chaque semaine, chaque mois, chaque année, ils'' trouvent toujours un truc pour em...'' le pauvre malheureux qui trime toute l'année. Il manque toujours quelque chose et ce sont toujours les produits de première nécessité qui font défaut! Ceux qui sont indispensables aux petites bourses. Ce pays ne devrait plus s'appeler Algérie, mais Pénurie! Nous sommes des Pénuriens et ceux qui gèrent l'économie, ce sont des Pénuristes! On a connu et supporté les pénuries au temps de Boumediene car on se disait que le pays s'industrialisait! Mais maintenant' Un jour c'est le lait, un autre jour c'est l'oignon, la patate! Tous les jours ce sont certains médicaments! L'année dernière c'était l'ail qui atteignait des sommets, aujourd'hui ce sont les pois-chiches qui se vendent à 300 DA le kilo! Le pois-chiche! Comme son nom l'indique, c'est le parent pauvre de la cuisine. C'est le légume qui fournit le plus fort rendement au mètre carré! 00 dinars! Qu'est-ce que ce sera pendant le mois de Ramadhan! Je me demande si ce n'est pas le fait du hasard et que toutes ces petites mesquineries n'ont pas été fabriquées pour occuper l'esprit du pauvre citoyen! Et chez toutes ces télévisions dites algériennes qui pullulent maintenant dans le ciel, aucun journaliste éclairé n'a posé la question qu'il faut aux ministres concernés par ces pénuries récurrentes: le Commerce et l'Agriculture ont d'autres chats à fouetter que de s'occuper de la table du pauvre malheureux! De toutes les façons, ils auront toujours des arguments pour se défendre: des chiffres pêchés dans des statistiques qu'ils concoctent eux-mêmes. Et quand ils seront à bout d'arguments, je pense qu'ils déploreront le réchauffement climatique qui a fait des ravages sur les bords du Nil où fleurissent la fève et le pois-chiche à moins qu'ils n'évoquent un obscur complot ourdi par les sombres forces de l'impérialisme qui en veut à mort, à notre pays qui, pourtant, exporte toutes ses plus -values vers les vertes rives de l'espace Schengen!»


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