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Maliens L'exode vers Tamanrasset Actualité : les autres articles



Maliens L'exode vers Tamanrasset Actualité : les autres articles
Depuis le début de la crise malienne, les réfugiés, pour la plupart des Touareg, prennent la route de Tamanrasset. Ils font le trajet en famille, avec des moyens de transport collectif. Aujourd'hui, accueillis par des parents, ils craignent que la guerre n'aggrave leur situation.
Fuir Kidal pour Ménaka. Puis fuir à nouveau vers Tamanrasset. C'est le trajet d'El Khader et d'Ahmed Alamine, deux Maliens réfugiés en Algérie. El Khader était militaire. Il a été blessé lors d'un combat avec le MNLA. «J'ai encore des balles dans le corps», affirme-t-il. Mais «mal pris en charge», il quitte l'armée. A Kidal, la vie devient difficile, les pénuries s'accentuent. Et surtout, El Khader constate que la justice n'existe plus. «Les islamistes disaient aux bandits et aux voleurs : si tu viens dans notre groupe, on te protègera. Il y avait des marées de criminels qui se baladent en toute impunité.»
Au mois d'août, il décide de se déplacer à Talataite, près de Ménaka, mais les problèmes sont les mêmes. El Khader est recherché, il craint pour sa vie, alors il part précipitamment avec sa fille de 4 ans. C'était il y a 4 semaines. Derrière lui, il laisse sa femme et son fils de 2 ans. El Khader baisse la tête. «Je n'avais pas le choix si je voulais survivre.» L'homme de 46 ans prend la route avec 5 personnes. Le trajet en voiture durera 4 jours et lui coûtera 11 000 DA. Aujourd'hui, à Tamanrasset, il est accueilli chez des «parents». Il n'a des nouvelles de sa femme que très rarement. «Bien évidemment, je voudrais qu'elle me rejoigne. Mais elle n'a pas d'argent. De toute façon, la frontière est fermée.»
Justice
La fermeture de la frontière préoccupe aussi Ahmed Alamine. Cet ancien géologue voudrait quitter l'Algérie. «Pour que mes enfants puissent aller à l'école.» Il est arrivé à Tamanrasset à la fin du mois de novembre accompagné de 3 de ses 6 enfants et de sa femme. «J'ai gardé les plus jeunes avec moi. Les plus grands sont allés au Niger, parce que le système scolaire est plus proche du système malien et ils vont bientôt entrer à l'université», explique-t-il. Ahmed Alamine a fui un matin, après avoir passé la nuit à discuter avec des islamistes armés. «Nous avons parlé de 21h à 9h du matin. Mais ils ont des discours avec lesquels je ne peux pas m'entendre. Sur la religion, je ne peux pas leur répondre. Sur certains principes comme la démocratie ou la laïcité, ils ont des idées très arrêtées.
Et si vous n'êtes pas d'accord avec eux, ils vous considèrent comme un mécréant, qui mérite la justice. A la fin de notre discussion, ils ont compris que je ne changerai pas d'avis. Ils m'ont menacé. J'ai pris ma famille et je suis parti», raconte-t-il. Il monte dans un bus en direction du nord du Mali. Le voyage dure 5 jours, avec de grandes frayeurs. «Nous sommes tombés en panne dans le désert. A un moment, j'ai eu peur pour mes enfants. Je me suis dit que j'étais fou d'avoir risqué la vie de ma famille.» Le voyage lui coûte 6200 DA par membre. A Tamanrasset, lui aussi est accueilli par des parents. Ahmed Alamine sent bien qu'«il est une charge», mais pour rien au monde il ne voudrait aller dans les camps de réfugiés situés à la frontière avec le Mali. «Les provisions alimentaires manquent, il y a des problèmes sanitaires, et puis les camps n'étaient pas sur notre route», explique-t-il. Même état d'esprit chez El Khader.
Privations
«J'ai vu plus de 20 000 personnes dans les camps algériens. Ils débordent. Les gens sont même installés dehors. Il n'y a même pas d'eau. Il n'y a rien à faire. Les gens s'imaginent que ce sont des grands camps, comme ceux du Burkina ou du Niger, mais c'est très différent.» Abdallah, 34 ans, est le dernier arrivé. Ce jeune commerçant faisait la liaison entre Tinzaouatine, à la frontière algérienne, et Talataite, près de Ménaka. C'est l'installation des islamistes dans le nord du pays qui l'a poussé à fuir vers Tamanrasset. Abdallah a vu des jeunes hommes recrutés de force dans les rangs islamistes. «Ceux qui refusaient étaient jugés comme kafer. Je connais un jeune qui a disparu après son jugement. On dit qu'il a été exécuté», souffle-t-il. Pour renforcer les rangs, les islamistes n'hésitaient pas à payer les jeunes, à les harceler ou les menacer. Des comportements insupportables pour lui. «Ils nous rackettaient sous prétexte de la zakat.
Si tu as un bon véhicule, ils le réquisitionnent. Ils peuvent prendre un quart de tes biens, et ça plusieurs jours d'affilée, sans raison», fulmine Abdallah. «Tous ces djihadistes sont des étrangers. J'ai vu des Egyptiens, des Syriens, des Tunisiens et même des Européens.» Au-delà des injustices, les privations de libertés sont difficiles à accepter. «Il n'y a plus de distraction. On ne peut même plus chanter. Ils veulent contrôler la jeunesse.» Ici, à Tamanrasset, Abdallah a de la famille. «C'est un bon choix, je pourrais continuer mon commerce ici.» Pour les trois hommes, Tamanrasset est la bonne solution. «En tant que Maliens, nous sommes très bien accueillis. Et les Algériens d'ici sont des Touareg, comme nous», affirment-ils. Les trois hommes plaisantent autour d'un thé mais lorsque Euronews diffuse un reportage sur un jeune Malien mutilé par les islamistes, la colère et la tristesse reprennent le dessus. «Ce qui est le pire dans cette guerre, dit Ahmed Alamine, c'est que les islamistes sont parvenus à nous diviser. Nous allons nous retrouver Touareg contre Touareg. Et là, ça va se compliquer.»
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