La Journée mondiale de lutte contre le sida, célébrée le premier jour du
mois de décembre de chaque année, est là pour rappeler à l'humanité que ce
spectre viral se fait de plus en plus menaçant pour une bonne partie de
celle-ci.
Celle qui souffre déjà de la faim, des maladies infectieuses,
tuberculose, paludisme notamment, et de conflits armés. L'hémisphère sud de la
planète subit les contrecoups d'une globalisation économique qui ne fait aucune
place aux démunis et d'une déglobalisation de la détresse humaine, que les pays
riches ne lui partagent pas. Carla Bruni Sarkozi, première dame de France et
ambassadrice du Fonds mondial de lutte contre le Sida, la tuberculose et le
paludisme (GFATM), interrogée sur son implication dans cette lutte, par
l'animateur de l'émission « L'invité » de TV5 Monde, avoue qu'elle y est venue
grâce aux pertes en vies humaines dans le monde de la mode quand elle exerçait
le métier de mannequin. Tout à son honneur cet éveil de conscience mais qui
aurait pu être tardif, si sa richissime corporation n'avait pas été touchée.
Même la perte de son propre frère par cette maladie qui, dit-elle, a bénéficié
des meilleurs soins de l'époque, n'a pas constitué le principal motif de son
engagement philanthropique. Michel Kazatchine, Directeur du Fonds mondial,
présent sur le plateau, appelle au financement des programmes destinés aux pays
à faibles ou à revenus moyens.
Ces fonds d'aide ont participé à
permettre à ces pays d'élever des barrières préventives, non pas pour juguler
la pandémie, mais d'endiguer ses effets majeurs dont la grande mortalité en
zones africaines subsahariennes, en Amérique latine et en Asie du Sud-Est.
L'offre de soins par les antiretroviraux a donné un coup d'arrêt significatif à
la maladie et à sa transmission de la mère à l'enfant. Notre pays, qui a
bénéficié d'un financement équivalent à 9.000.000 de dollars US sur trois ans,
n'a pu obtenir que 7.000.000 USD de déboursement étalé sur quatre ans.
Les multiples atermoiements
d'organismes tutélaires internationaux basés dans des pays « frères », encore
eux, ont tout fait pour que notre pays ne soit pas éligible à un financement
quinquennal qui pouvait courir à partir de janvier 2009. On nous rappelait
poliment que d'autres pays, non producteurs d'hydrocarbures, sont plus que nous
dans le besoin. Par contre, ces mêmes pays tirent de substantiels dividendes du
tourisme et autres produits culturels.
Si la mortalité en Europe a été
drastiquement réduite par le développement technologique en matière de
trithérapie et quadrithérapie, l'incidence épidémiologique ne semble pas
évoluer dans le sens décroissant, notamment dans la population homosexuelle
pour laquelle les moyens éprouvés de prévention sont depuis longtemps mis à
disposition. Le latex (préservatif) est selon les propos du directeur du Fonds
mondial : « le vaccin » à 100 % efficace dans la lutte contre le Sida » ;
ajoutant que son institution a aidé à l'acquisition de plus d'un milliard et
demi d'unités de préservatifs par les pays concernés par le programme.
Qu'en est-il dans notre pays ?
S'il fallait étalonner l'épidémie nationale et au vu de la situation
épidémiologique de la wilaya de Tamanrasset, l'observateur non averti dirait
que le tableau est sombre au regard du bond évolutif des cas enregistrés entre
2002 (12) et 2009 (250). Cette évolution est sans nul doute due à
l'intensification du dépistage par la création de centres de dépistages
volontaires et, par conséquent, de la retombée des effets de l'opprobre
stigmatisante de l'entourage et la mise en service de centres de références
pour le traitement palliatif par la trithérapie dont celui de Tamanrasset,
wilaya soumise aux flux de mobilité migratoire.
Kamel Sanhadji a évoqué, lors de
la journée d'études organisée par l'université de Tébessa, les chances de
survie qui ont été portées à vingt ans par la multithérapie. En ce qui concerne
la sensibilisation, les tabous sont depuis longtemps tombés. L'action
multisectorielle qui a soutenu le Plan Stratégique National a été porteuse et
prometteuse ; c'est ainsi que le ministère des Affaires religieuses et du Wakf
est probablement le pionnier en matière de lutte contre le Sida dans le monde
islamique.
Il est devenu une référence pour
les organisations sanitaires et humanitaires onusiennes. Les ministères de
l'Enseignement supérieur et de l'Education Nationale ont porté le combat dans
les campus et les unités de dépistage et de suivi. Les ministères de la
Justice, de la Jeunesse et des Sports et la Direction générale de la Sûreté
nationale ne sont pas en reste ; chacune de ces institutions a effectué un
travail méritoire dans le domaine préventif, dans le cadre des missions
dévolues ou dans celui de la population concernée.
Le mouvement associatif,
thématique ou généraliste, a abattu un travail qui est devenu le modèle à
suivre pour beaucoup de pays du croissant moyen-oriental. A ce titre, il y a
lieu d'évoquer l'Association « El-Hayat » des personnes vivants avec le V.I.H
et dont il faut saluer le courage de l'une de ses premières fondatrices et
présidente qui a, à visage découvert, fait connaître le monde précédemment
nimbé des séropositifs et des malades. Cette ONG a permis à beaucoup de malades
de vivre normalement, en assumant leur maladie par l'intégration
socio-professionnelle et l'activité associative.
Les associations thématiques AIDS
Algérie et Solidarité AIDS d'Alger ont depuis longtemps investi le terrain et
oeuvrent pour fédérer d'autres bonnes volontés.
La Fondation pour la promotion de
la recherche médicale (Forem) déjà sur plusieurs fronts, notamment la
protection de l'enfance, a développé un programme qui couvre plusieurs wilayas.
Il serait injuste de ne pas citer les associations « Aniss » de Annaba qui a
choisi Lotfi Double canon comme cheval de bataille pour « infiltrer » le monde
juvénile ou les associations culturelles de « Sidi Houari » d'Oran ou «
L'étoile » d'Akbou. Ce réseau, qui a eu le mérite de s'implanter durablement,
doit être relayé par d'autres organismes caritatifs dans le même registre. Les
Scouts musulmans, le Croissant-Rouge et l'Association nationale
d'alphabétisation « IQRAA », mieux implantés territorialement, peuvent
constituer la locomotive de cet immense train de l'entraide solidaire. Il
suffit que l'objectif commun soit bien cerné et les moyens financiers et
techniques bien distribués. A la veille du retour des Hadji, porteurs
potentiels probables du virus H1N1 de la grippe porcine, toutes ces
potentialités humaines devraient être mises en branle, si ce n'est déjà fait.
Le savoir-faire acquis par l'expérience acquise dans le domaine de la
sensibilisation et dans la prise en charge psychologique peut être le grand réservoir
dans lequel les pouvoirs publics peuvent puiser des énergies insoupçonnées. Il
suffira juste de les solliciter, la récente campagne soudanaise est là, pour
nous le rappeler si besoin était.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Farouk Zahi
Source : www.lequotidien-oran.com