
Il ne sait pas ce que c'est, le gaz de schiste. Mieux - ou pire - il n'en a entendu parler que depuis les manifestations d'In Salah et Tamanrasset. Tellement il ne sait pas ce que c'est, tellement il n'en a jamais entendu parler, il arrive souvent qu'il se goure sur le mot. Djamel a besoin d'un gigantesque effort de mémoire et de concentration sur chaque lettre pour parvenir à le prononcer correctement. Le reste du temps, quand il actionne son «mode moindre effort» ou quand il pense avoir définitivement assimilé l'orthographe, il se lâche mais ça donne toujours «gaz de chips» ! C'est que les chips, il connaît très bien et il ne se passe pas un jour sans qu'il n'ait à le prononcer. Comme tous les enfants, les siens en raffolent et Djamel est plutôt gâteau, au grand dam de sa femme qui fulmine souvent en lui rappelant qu'il peut tout de même dire non de temps en temps au lieu de céder à tous leurs caprices. Enfin, les caprices accessibles à ses modestes moyens.Mais en quoi l'exploitation du gaz de schiste peut-elle intéresser un pauvre bougre comme Djamel ' Eh bien, parce qu'il y a de pauvres bougres qui se sentent concernés par tout. Sinon, il n'y aurait peut-être pas de manifestations à Tamanrasset, à In Salah et Ghardaïa, dont les habitants doivent bien avoir des préoccupations plus terre à terre et surtout moins savantes. Djamel a entendu le mot une fois sur une télévision étrangère où il était question des «pour» et des «contre». ça discutait grave et il était impressionné. Il se demandait surtout comment des gens aussi éloignés dans leurs idées et leurs convictions pouvaient avoir autant d'arguments les uns et les autres.Au point qu'il éprouvait tour à tour de la sympathie pour les deux camps, selon l'évolution du débat. Une fois terminée l'émission de télévision, Djamel s'est rappelé que le pays dont il est question n'avait ni gaz ni pétrole. Il trouvait malgré tout bizarre que dans un pays qui importe tous ses hydrocarbures, il y ait quand même des hommes politiques, des associations d'écologistes et même des gens ordinaires qui développent autant? d'énergie à combattre l'exploitation des gaz de schiste qui auraient pu constituer une source de substitution et une économie d'argent dans les caisses de l'Etat. Il était d'autant plus surpris que leurs arguments, y compris les arguments purement économiques, tiennent la route ! Alors quand il a entendu qu'il y avait en Algérie un «mouvement» contre l'exploitation des gaz de schiste, il s'est dit que c'est normal, puisque nous avons déjà du pétrole et du gaz «fossile».Déjà qu'il est question de réduire la production de ces matières qui ne sont pas renouvelables pour ne pas «compromettre l'avenir de nos enfants» et pour passer d'une «économie rentière à une économie productrice de richesses et de services», on ne va tout de même pas se mettre au gaz de schiste qui peut bien attendre des temps plus durs !Il n'a pas mieux compris quand il a écouté les arguments «techniques» des? contre, parce que les pour, on ne les a pas encore entendus. Il s'est encore demandé pourquoi les «pour» se font si discrets avant de se rappeler que le gouvernement est non seulement pour mais il est déjà passé à l'action.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Le Temps d'Algérie
Source : www.letempsdz.com