
Asphyxiés par la fermeture des frontières entre l'Algérie et ses pays voisins, le Niger et le Mali, qui pratiquent le troc, en appellent aux plus hautes autorités du pays pour annuler cette décision, qui a eu l'effet d'un coup de tonnerre sur l'Ahaggar, particulièrement sur ceux qui n'ont jamais exercé d'autre métier de leur vie.Inquiets, ils voient leur avenir avec beaucoup d'appréhension, ils ne savent plus où se donner de la tête. «Comment pourra-t-on vivre désormais ' Et comment régler nos échanges restés en suspens avec les commerçants des pays voisins ' Comment payer nos dettes envers les fournisseurs locaux 'Toutes ces questions et bien d'autres encore nous tourmentent l'esprit», se lamente un commerçant, qui relate d'une voix empreinte d'amertume : «Nous étions nombreux à exercer ce commerce que nous nous transmettions de père en fils depuis nos aïeux. Nous n'en avons d'ailleurs jamais connu d'autre avant que nous ne soyons plus que quelques uns à le pratiquer. Nous ne sommes aujourd'hui que 28 troqueurs.»Un milliardLa facture des exportations dans le cadre du troc se chiffrait à plus d'un milliard de dinars, selon le bilan dressé par la Douane avant la soudaine fermeture des frontières que l'Etat avait décrété, notons-le, pour des raisons sécuritaires. Pourtant, «nous apportions une contribution importante à l'économie nationale et nous étions des citoyens actifs dans la société. Nous exportions les dattes de gamme moyenne, celles de qualité supérieure étant interdites de troc.Nous exportions également les couvertures, les produits de l'artisanat local, le bois, le cuir traité, le plastique, la ferraille, les matériaux de construction, les gâteaux, le prêt-à-porter en tous genres et beaucoup d'autres choses. Nous importions aussi le bétail vivant, le thé vert, les épices», souligne un autre commerçant du troc, non sans faire part de leur souffrance exacerbée par le fait que «les autorités de tutelle et la Douane ont interdit l'exportation de certains produits comme le sel industriel, les gâteaux ou encore les boissons gazeuses fabriquées localement, bien que l'Algérie en dispose en quantités suffisantes».AsphyxieAujourd'hui, regrette la même source, les vendeurs de dattes n'ont pas trouvé de marché pour écouler leur production qui, étant de qualité moyenne, ne se vend pas localement. De même, les prix du bétail ont augmenté sensiblement, tout comme ceux des épices, des cacahuètes et plusieurs autres produits. Il est à signaler que, pour la troisième année consécutive, la wilaya de Tamanrasset se voit privée de l'une de ses manifestations commerciales les plus importantes : le marché de l'Assihar.Evénement économique et culturel important, c'était une foire où se réunissaient les opérateurs économiques algériens et ceux venant des pays d'Afrique subsaharienne. C'était également un espace où se vendaient des marchandises et des produits en même temps que se mélangeaient des coutumes et des traditions qui tissaient des liens économiques, sociaux et culturels entre les peuples des régions participantes. Cette manifestation économique internationale se produisait une fois par an durant 21 jours.On y exposait des produits spéciaux, tels que les ananas ou les noix de coco, des tissus, de la vaisselle, des articles de l'artisanat africain et plusieurs autres produits. «Les autorités nous ont laissé entrevoir une lueur d'espoir en nous autorisant à exercer notre commerce de façon restreinte, puisqu'elles nous ont accordé une journée, le quinzième jour de chaque mois, à l'exportation et une autre, le trentième, à l'importation.Toutefois, si jamais nous retardions notre sortie ou notre entrée, ne serait-ce que d'un seul jour, cela implique automatiquement un retard d'un mois entier. Or, je ne sais pas si les autorités l'ont oublié ou si elles font semblant de l'avoir oublié, la distance qui sépare le chef-lieu de la wilaya des frontières est de 400 km !Et avec les camions et leur chargement, comment une seule journée peut-elle nous suffire '!», s'interroge-t-on. Et d'enchaîner : «Cela nous a épuisés et a beaucoup affecté notre commerce. Néanmoins, nous avons continué à revendiquer la prolongation de la période autorisée en n'obtenant, pour toute réponse, que des promesses jamais tenues jusque-là. Au lieu de revendiquer l'ouverture des frontières afin que notre métier ne soit pas voué à l'extinction, nous voilà en train de quémander quelques jours de plus pour l'importation et pour l'exportation, afin d'échapper au chômage et à la faillite.»Les commerçants n'ont pas manqué d'exprimer leur mécontentement et l'étonnement que suscitent chez eux «les mesures prises par les autorités envers la pratique du troc et leur acharnement à l'étouffer, notamment avec la restriction de la liste des marchandises exportables, sachant que la production de ces produits est locale et qu'elle peut rapporter de grosses sommes d'argent à l'Etat et aider les troqueurs à étendre leur activité et à moderniser leurs échanges économiques» Du côté de l'administration, c'est le black-out total, comme pour nous signifier que les décisions prises par nos gouvernants sont «irrévocables et indiscutables».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ravah Ighil
Source : www.elwatan.com