
Assurer la sécurité et le fonctionnement en permanence des 600 kilomètres de canalisations n'est pas chose aisée quand on est en plein désert. Et pourtant, des jeunes s'échinent jour et nuit à le faire dans des conditions très difficiles et en l'absence de tout contact avec le monde extérieur. Ils racontent leur quotidien fait de joie et de calvaire. « On se rappellera toute notre vie de ce jeune recruté à In Salah. Il est arrivé le matin à 9 heures sur les lieux de son travail. A 19 heures, il a arrêté un bus pour rentrer chez lui. On n'a plus jamais entendu parler de lui ». Cette histoire résume, parfaitement, la situation « insupportable » du travail dans certains endroits du sud du pays notamment pour les jeunes du nord. Des histoires de ce genre accompagnent l'épopée du transfert de l'eau d'In Salah à Tamanrasset, où des jeunes cadres algériens, présents dans la phase de sa réalisation, veillent aujourd'hui à le faire fonctionner. Un effectif variant entre 35 et 45 personnes est employé dans chaque station de pompage. Mais beaucoup reste à dire sur les conditions de vie de ces jeunes cadres, envoyés dans le sud, pour assurer la gestion de ce projet. Si les bases de vie de ce projet sont modernes et bien équipées, il reste qu'elles ne sont pas dotées de moyens de loisirs ou de communication permettant à ces jeunes, dont la moyenne d'âge est de 25 ans, de mener une vie plus ou moins ordinaire. Durant six semaines, ces employés se contentent de travailler et de dormir. Pas moyen ni de sortir ni de communiquer avec le monde extérieur.Un régime de travail contraignantLa première revendication du personnel a trait au régime de travail appliqué dans ce projet jugé « contraignant ». « Nous travaillons six semaines avec une demi-journée de repos le vendredi et nous avons deux semaines de récupération. Beaucoup d'entre nous ont laissé des enfants et des femmes dans le nord du pays. Il y a aussi ce rythme contraignant de travail qui ne motive pas trop les gens à rester ici », affirment les jeunes cadres. Ce mécontentement a culminé avec l'organisation en mai 2015 d'une journée de protestation. Les travailleurs ont réclamé le changement de ce rythme de travail à 4/4, comme cela est appliqué dans les entreprises installées dans le sud. La revendication est en étude au niveau de la tutelle. Les travailleurs attendent avec impatience le changement. Pendant les quatre années précédentes, ces bases de vie n'étaient pas dotées de réseau téléphonique ni d'internet.Le personnel était, ainsi, complètement isolé du monde extérieur. Même le travail s'effectuait de manière presque miraculeuse en l'absence de contact entre les différents services. L'installation de lignes téléphoniques permettant la connexion entre les stations ne s'est faite que récemment et après protestation des travailleurs qui ont dénoncé leurs conditions de travail déplorables. La ligne internet mise en place est inexploitable en raison du faible débit. Pourtant l'installation d'une ligne de fibre optique a été annoncée en grand pompe pour faire fonctionner ce projet de transfert.Absence de loisirs, d'infirmerie et cas de dépressionQuatre ans après, aucune infrastructure de loisir sn'a été réalisée dans ces bases de vie. Les terrains de sport et les espaces verts sont inexistants, et ce, en dépit des orientations du gouvernement concernant la mise en place de toutes les conditions nécessaires pour encourager les jeunes diplômés à travailler dans le sud du pays. Les quelques aménagements apportés pour créer des espaces de loisirs sont des initiatives des travailleurs. « On fait des efforts pour mettre en place les équipements de loisirs. En attendant la réalisation des terrains et salles de sport, de piscines, nous allons mettre en place des jeux de babyfoot, de dominos et autres jeux de société pour rendre l'endroit plus agréable et permettre aux jeunes de passer du bon temps », souligne le chef @du département exploitation et maintenance, Abdelhamid Necibi.« Pour l'internet, il était prévu un câble de 2 mégabits pour tout le projet. Cela s'est avéré très lent. Mais là nous sommes en négociation avec Algérie Télécom pour augmenter le débit de l'internet », indique-t-il. A cela s'ajoute la restauration à l'intérieur de ces stations qui n'est pas du goût des travailleurs. « Nous sommes à des centaines de kilomètres du centre ville et il est impossible pour nous de sortir ou d'aller manger ailleurs. Quand la restauration est de mauvaise qualité, nous préférons ne pas manger », se plaignent-ils. « Personne n'est satisfait de la qualité des repas servis. Le contrat du prestataire arrive à terme. Nous sommes en train de préparer un autre avis d'appel d'offres pour prendre un autre. Pour assurer une bonne qualité des repas, nous avons même procédé à la modification des cahiers des charges de manière à mettre des conditions plus sévères », indique le responsable, signalant que les véhicules ont été acquis récemment dans ces bases de vie qui ne disposent ni d'infirmerie ni d'ambulance. « Avant l'arrivée des véhicules, nous faisions appel aux éléments de l'Armée pour prendre en charge les cas d'urgence ou pour l'évacuation des malades vers les structures sanitaires », affirment les travailleurs. « Nous avons acquis une ambulance. Le projet d'infirmerie est indispensable. Il est en cours de concrétisation avec la direction de la santé », affirme Necibi.Conséquences fâcheusesLes conséquences de l'absence de bonnes conditions de vie dans ces zones sont fâcheuses. Les nouvelles recrues fuient ce travail car elles ont du mal à s'adapter. Beaucoup d'entre eux abandonnent avant même leur titularisation. Ceux qui travaillent près d'In Salah se font recruter par les entreprises étrangères où les conditions de vie sont meilleures. Les travailleurs qui y restent supportent très mal la situation.Ce sont les assurances verbales des responsables locaux et leur traitement humain qui ont retenu ceux qui sont encore là. « La décision, prise récemment, de titulariser le personnel qui travaille sur ce projet a beaucoup aidé à la stabilité de la situation. Il reste maintenant à répondre à la revendication du changement de régime de travail », estime Necibi. Malgré toutes ces difficultés, ces jeunes cadres algériens restent attachés à leur travail. Ils créent eux-mêmes une ambiance de vie même en l'absence de moyens. « On se réconforte entre nous. On a appris à mieux nous connaître. Ça nous a beaucoup servi », soulignent des travailleurs. « Quand on s'ennuie, on sort dehors et on salue les véhicules qui passent. Le fait de voir des gens et des véhicules après plusieurs jours de travail et de routine nous fait du bien. On paraît comme des fous mais c'est ça notre vie », racontent d'autres. Le désert c'est aussi le monde de découverte et des beaux paysages qu'on n'a pas toujours l'occasion de voir. « Je suis là depuis quatre ans, je n'ai jamais pensé emprunter une piste. D'abord, faute de temps. Puis, il faut un guide et ce n'est pas donné ». « C'est un projet intéressant. Mais il faut le faire aboutir à son objectif final qui est le développement du grand sud. Ce projet nous a permis d'acquérir une bonne expérience et de nous forger même si c'est dans la peur et le désespoir. Nous demandons à rester mais il faudrait améliorer nos conditions », affirment-ils.SP 3 : un cas à partSi les cinq stations de pompage sont situées sur la RN-1, le cas de la sation de pompage 3 (SP 3) reste le plus édifiant et le plus problématique. Distante de 15 km de la RN-1, cette station est située dans un endroit reculé et dangereux qu'on appelle « Djbel El Wahch ». Cette piste est souvent empruntée par les contrebandiers. Même avec l'entrée en fonction d'un système de communication entre les stations, cette station est restée isolée en raison de son éloignement. « L'antenne-relais qui leur permet d'avoir la téléphonie mobile a été installée il y a tout juste un mois. Il a fallu l'intervention du ministre des Ressources en eau et de l'environnement et de la ministre de la Poste et des TIC pour que les services concernés mettent en place cette antenne. D'ailleurs, c'est l'ADE qui assure la gardiennage de cette installation », affirme Necibi.Le personnel de cette station a de ces histoires dramatiques à raconter. « Pour reprendre le travail, notre personnel a souffert le martyre. Il doit impérativement arriver durant la journée car si la nuit tombe, il y a un risque certain à emprunter 15 km à pied. Un de nos collègues a failli être tué par des loups. Il a été sauvé de justesse par notre véhicule qui était de passage »n racontent-ils. Deux cas de jeunes dépressifs ont été enregistrés dans cette station dont un est décédé. La beauté de ce site, de ces paysages et de ses nombreuses sources n'est , malheureusement, pas apprécié par ces jeunes, faute de temps mais surtout de peur qu'ils se fassent agressés. Ici, il faut avoir une foi inébranlable pour résister.Comme solution provisoire, la direction du projet a décidé d'une mesure de mobilité de son personnel. Ainsi, chaque travailleur va faire le tour de tous les équipements et pourra ainsi travailler dans toutes les conditions. « Ça permet à tout le monde de vivre, périodiquement, dans des conditions extrêmes et dans ds conditions de confort. Cela va réduire la pression sur ceux qui ont subi toutes ces difficultés durant quatre ans. Cette option leur permet aussi d'acquérir un savoir-faire », précise Necibi.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : N B
Source : www.horizons-dz.com