Tamanrasset - A la une

Le 6e continent de l'immigration clandestine



Une petite virée dans la ville de Tamanrasset, située à 2 000 km de la capitale, Alger, suffira pour se rendre compte de l'ampleur prise par le phénomène de l'immigration clandestine. Des quartiers entiers sont occupés par des Subsahariens qui arrivent étrangement à faire leur loi et à imposer un mode de vie qui renvoie l'image des centres de réfugiés qui échappent au contrôle des autorités compétentes. À Guettaâ El-Oued ou encore à El-Djazira, pour ne citer que ces deux quartiers, les migrants en situation régulière ou irrégulière sont de plus en plus nombreux.Leur présence dans la ville, devenue de fait une Little Africa, est très remarquable, à tel point que l'on s'interroge sur l'utilité des mesures prises à nos frontières qui ressemblent plutôt à des passoires, eu égard à l'affluence migratoire enregistrée à Tamanrasset depuis décembre 2014, date du début des opérations de rapatriement engagées par l'Algérie et le Niger.
Un paradoxe incompréhensible. Ce qui n'est pas sans préoccuper la population locale et les autorités qui sont contraintes de faire face à des peuplades de différentes nationalités.
L'exemple vient du service des urgences de l'établissement hospitalier Mesbah-Baghdadi qui reçoit plus de 50% de malades étrangers. Les professionnels de ce secteur invitent les tenants du pouvoir à revoir leurs calculs, car les dépenses engagées pour prendre en charge la population locale ne suffisent plus si on y ajoute les migrants clandestins qui vivent à Tamanrasset et qui bénéficient de leur droit aux soins sans discrimination aucune.
Il est utile de rappeler que les migrants, bien qu'en situation irrégulière, exercent tous les métiers dans divers secteurs. Les Souadine, qualificatif donné aux Noirs d'Afrique subsaharienne, travaillent dans le commerce informel, possèdent des magasins dans les marchés, ouvrent des restaurants, sont man?uvres sur les chantiers, travaillent dans les champs agricoles et occupent tous les lieux qui leur permettent d'avoir un revenu. Leur situation administrative et les conditions dans lesquelles ils vivent les obligent à saisir toutes les occasions d'embauche qui leur sont offertes. Ils acceptent les offres d'emploi que même les chômeurs tamanrassetis refusent. Selon une étude réalisée par l'Association nationale pour la promotion de la santé et les aides humanitaires "Green Tea" sur l'immigration clandestine des milliers de migrants de 16 nationalités différentes ont choisi le chemin de l'exode vers cette wilaya-continent pour diverses raisons. L'étude, qui a ciblé un échantillon de 3 722 migrants, montre que 67% d'entre eux ont été motivés par les opportunités d'emploi offertes localement, 7% ont fui l'insécurité prévalant dans leur pays et 9% ont été chassés par l'indigence et la pauvreté extrêmes. La stabilité sécuritaire, l'accès facile au marché du travail et la gratuité des soins ont ainsi persuadé 37% des migrants de s'installer illégalement à Tamanrasset, alors que 63% envisagent de rallier l'Europe. Les statistiques obtenues montrent aussi que 56% des migrants rencontrés ont un niveau d'études secondaires, 26% ont abandonné au cycle primaire et 10% n'ont pu achever leur cursus universitaire. La plupart sont des jeunes âgés de moins de 30 ans (80%) et de moins de 20 ans (16%). La répartition par statut familial fait ressortir 61% de célibataires et 39% de mariés. Cette étude de situation indique également que 68% des migrants séjournent clandestinement chez leurs amis et 22% dans leur famille. En tout, 15 dialectes africains sont parlés par cette population migrante concentrée, précise-t-on, à 29% dans la cité Tahaggart, 21% à Bab Ezzouar, 17% à Guetaâ El-Oued et 22% à la cité Matnatalat, communément appelée Sersouf Ferraille.
Cependant, leur implication dans des affaires criminelles risque de compromettre les traditions de bon voisinage, à l'exemple de ce qui s'est produit, tout récemment, au lieudit Guettaâ El-Oued "Tâcheron", où l'on a pu éviter le pire après un affrontement opposant des migrants clandestins aux citoyens de ce quartier réputé pour être un gîte de Subsahariens.

RABAH KARECHE
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