Tout récemment, le ministre de la Santé de la Population et de la Réforme hospitalière, en tournée dans le Sud, annonçait l'envoi d'un vol charter de médecins spécialistes à Illizi.
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Le paradoxe veut que les parturientes de ce chef- lieu de wilaya soient transférées sur 400 km vers Djanet plus au sud, en cas de difficultés. La carte sanitaire longtemps galvaudée semble, en toute évidence, battre de l'aile. S'il y a certes volonté de bien faire, il n'en demeure pas moins que la démarche pèche encore par son exotisme. L'obligation du service civil, ressuscitée depuis 1998, ne réglera que partiellement la problématique. Encore moins la rétention des nouveaux diplômés. La nouvelle mesure, si elle est réellement mise en pratique, ne fera que donner du grain à moudre aux opposants qui considèrent, encore, l'obligation du service civil comme inique. Ne dit-on pas, et à juste titre, que pierre qui roule n'amasse pas mousse ' En dépit des avantages pécuniaires à hauteur de 80% octroyés aux corps enseignant et médical, le coût de la vie et de la billetterie du transporteur national aérien ont vite fait de phagocyter cette bonification salariale. Un autre avantage et non des moindres est octroyé à ces catégories professionnelles : la gratuité du logement équipé. Cette mesure incitative n'a, malheureusement, pas répondu aux attentes. Tout le monde sait que le dévoiement a toujours fait que la satisfaction de ce besoin demeure exceptionnelle. Des dizaines, voire des centaines de logements ont été attribués par l'autorité en charge de ce volet, sans que le déficit ne soit définitiment épongé. Allez poser la question à un ancien infirmier ou un vieux cadre de l'administration hospitalière sur le nombre de spécialistes qui ont transité par la structure. Il se rappellera du spécialiste tchèque, égyptien et même bengali, des dizaines de jeunes Algériens qui sont passés, un jour par ici. Il n'aura jamais existé un service médical dans le strict sens du mot. Il se rappellera des embellies comme des années de vaches maigres.
Les équipements médico-techniques acquis souvent au détriment, parfois, du nécessaire, gisent souvent dans le silence oppressant des blocs techniques. Certains n'ont même pas été amortis par une utilisation optimale. Leur acquisition a été souvent le «caprice» d'un jeune praticien fraîchement émoulu. Et il est fort à parier qu'il n'a jamais utilisé cet outil sophistiqué lors de sa propre formation. Le mode d'affectation des praticiens spécialistes usité jusqu'ici n'est certainement pas fait pour répondre à des profils épidémiologiques dûment objectivés par une expertise nationale. On se fie volontiers au flair, à l'habitude ou à l'image d'Epinal que l'on a d'une région. On présume que le grand Sud est le fief du trachome et des maladies à territorialité saharienne. Ce qui n'est pas d'ailleurs à dénier, mais on élude souvent le caractère topographique montagneux des massifs de l'Ahhagar et du Tassili, où les sommets sont les plus culminants du pays. Tazrout, commune et daïra à 150 kilomètres à l'est de Tamanrasset, se trouve à près de 2000 mètres d'altitude. Les routes de montagnes, très fréquentées d'ailleurs, le plus souvent cahoteuses, génèrent de dramatiques accidents de parcours et dont la prise en charge est alourdie par cette même topographie rocailleuse. L'évacuation sanitaire héliportée que d'aucuns considèrent comme une utopie qui fait malheureusement sourire, ne peut àªtre qu'opportune compte tenu du coût humain de cette tragédie saharienne. Ce particularisme appelle une stratégie d'approche sanitaire qui ne peut se passer de la chirurgie traumatologique, encore moins de la réanimation. Il s'est trouvé par le passé des situations à la limite de l'ubuesque, où l'on affectait candidement un médecin rééducateur en l'absence pesante d'orthopédiste ou un parasitologue à la place d'un bactériologiste. Et même si toutes les spécialités existaient, elles n'arrêteraient pas de recourir aux éprouvants transferts de patients. L'immaturité dans le geste médical restera palpable pendant les toutes premières années d'exercice. El Hadj Bia, ancien chirurgien militaire, à la retraite, consent toujours à àªtre sollicité par ses confrères novices. Il ne perçoit pour cela aucune contre-partie, sauf peut-être la satisfaction morale du devoir accompli. Il en est, aussi, de même pour le Dr O. Latrèche, anesthésiste-réanimateur, praticien de ville, tout comme les Drs Ounini, interniste et Madani, gynéco-obstétricienne, derniers arrivés. Tamanrasset est encore chanceuse d'abriter encore ces compétences qui ont fait le choix délibéré de s'y fixer. Il est vrai aussi que l'administration sanitaire n'a fait montre d'aucune frilosité vis-à-vis de ces praticiens. On peut dans ce cas, et sans tenir compte des régimes d'exercice des uns et des autres, construire une entité médicale pérenne. Malheureusement, les tenants d'une réglementation aux antipodes des réalités des profondeurs en feront, sans coup férir, des gorges chaudes. Il faut avoir vécu les épisodes morbides des victimes pour en mesurer toute la détresse.
Une hirondelle n'a jamais fait de printemps ! N'est-ce pas là un adage à méditer dans le contexte ' Affecter un spécialiste en dehors d'une équipe multidisciplinaire homogène participe beaucoup plus du saupoudrage que d'une démarche cohérente et intégrée. Le corps médical, unanime, vous dira qu'aucune spécialité de base ne peut se passer de l'avis d'une autre discipline médicale. On entend par disciplines de base : la gynécologie-obstétrique, la pédiatrie, la médecine interne et la chirurgie viscérale, etc. Assurer ce package de soins, c'est s'assurer «la paix pour dix ans».
Les assises nationales de la santé(*), initiées à l'orée des années quatre- vingt-dix (90) et qui ont couronné une année de regroupements et de workshops, comme on se plaît à les désigner présentement, autour des Plans locaux d'action sanitaire (Plas) ont, dans une recommandation, entrevu la possibilité de couvrir tout le territoire national par les centres hospitalo-universitaires en matière d'accompagnement spécialisé. Chacun des treize centres existants pourrait prendre une à deux de la vingtaine de wilayas dites médicalement déshéritées. Les hôpitaux régionaux, qui n'existent plus réglementairement, et qu'il faut reconduire, joueraient le rôle de plaques tournantes d'une médecine spécialisée sédentaire ou épisodique par l'envoi d'équipes médicales pour lesquelles les patients sont préalablement «préparés». De timides expériences ont été tentées à Ghardaïa, Ouargla et Tamanrasset. Elles furent malheureusement sans suite ou irrégulières. La seule qui semble avoir réussi est sans conteste celle de l'équipe du Pr Bouzid à Ouled Djellal. Elle demeure néanmoins du seul fait de son promoteur. Ces relais régionaux peuvent àªtre d'avantageux terrains de stage pour les résidents seniors en fin de cycle. Les multiples dividendes seraient de plusieurs ordres : sanitaires et socio-culturels ; le futur praticien imprégné des difficultés locales de mobilité ne s'évertuera plus à orienter ses patients vers des structures où la prestation serait identiquement  la même. La mise dans le bain contextuelle peut inspirer la volonté d'y àªtre affecté à la fin des études. La seule évocation de Messaâd ou de Bogtob renvoient nos jeunes médecins spécialistes à la caravane chamelière. Que dire alors de Timimoun ou Adrar ' Il faut, cependant, leur reconnaître cette appréhension légitime, où placés dans des conditions particulières d'exercice, ils seront coupés de leurs référents académiques qu'ils auront jusqu'ici côtoyés ; leurs gestes techniques se faisaient toujours sous le label de leur chef de service. Les spécificités de ces zones éloignées avaient presque trouvé l'ébauche de solution par le regroupement en 1995 en organisation régionale,
dénommée Conseil régional de santé, avec son pendant, l'Observatoire régional de santé. Sans substrat réglementaire et budgétaire, ces deux nouvelles structures qui colorèrent momentanément le morne espace sanitaire, malgré les espoirs nourris, firent long feu. Le centralisme, même s'il n'est pas idéologique, ne concédant aucune parcelle décisionnelle, a, malheureusement, la peau dure.
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(*) Le ministre chargé du secteur à l'époque, répondant à la question suivante : «Pour quelle raison, M. le ministre, n'avez-vous visité qu'une seule et unique wilaya '» Il disait implacablement : «Pour le moment, je n'ai rien à offrir aux autres... faisons d'abord le point...»
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Farouk Zahi
Source : www.elwatan.com