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« La crise est multidimensionnelle »



« La crise est multidimensionnelle »
Les Mozabites estiment que la crise à Ghardaïa est multidimensionnelle. Elle est le résultat de plusieurs problèmes qui touchent la région depuis longtemps. La crise du logement, l'habitat précaire et le manque de foncier sont, selon Bahmed Hadjadj, membre de l'APW, des facteurs qui ont amplifié le malaise. « Il n'y a pas eu de distribution de logements et de lots de terrain depuis plusieurs années. Cette situation a concouru à la propagation des constructions illicites dans la ville, causant la défiguration de la Vallée du M'zab. Les assiettes destinées à la réalisation des équipements publics ont été détournées de leur vocation. Il n'y a jamais eu de démolition de l'illicite. Tout cela a engendré un business informel très florissant du foncier », explique-t-il. Actuellement, la densité de la population est de 380 habitants au km2. « C'est trop. Il y a une crise de surpeuplement en plus du fait que la wilaya ne dispose pas d'équipements suffisants pour répondre aux besoins de sa population. Les jeunes vivent mal cette situation », précise-t-il. Ce problème a pris une telle ampleur que « les autorités locales n'ont pas trouvé de terrains pour abriter les postes de transformateurs électriques ». Les lenteurs constatées dans la distribution du foncier pour l'investissement industriel sont également évoquées. Notre interlocuteur affirme que la crise de Ghardaïa est ancienne et très connue de tous, mais elle n'a jamais atteint ce seuil de haine. « Il n'y a jamais eu des appels au meurtre, comme c'est le cas cette fois-ci », regrette-t-il. Abdelwahab Bekeli, ancien ministre, estime que cette crise est « le résultat d'un affrontement entre l'extrémisme amazigh et l'extrémisme salafiste ». « Le salafisme est en train de s'étendre en Algérie. Il a trouvé un terrain favorable vu la faiblesse du niveau religieux et culturel des Algériens. Les gens assimilent les Mozabites aux Khawaridj tolérant ainsi l'atteinte à leur sang, leur argent et leur honneur. C'est une vieille vision et interprétation salafiste qui se propage », affirme-t-il. Cet « islamisme mal compris » et cette « croyance » ont été utilisés pour attiser le feu. « Une incompréhension qui crée une véritable catastrophe avec des incendies de biens, de cultures, de magasins et autres », note-t-il. Face à cette situation, les Mozabites ont trouvé refuge dans leur amazighité. « Un refuge à travers lequel ils veulent protéger leurs us et coutumes. Ils essayent de se démarquer », relève l'ancien ministre. Pour lui, le fait de brandir un drapeau amazigh par un Mozabite est « un acte personnel et non pas communautaire », donc « on ne peut pas mettre tout le monde dans le même sac ». Soulignant que les ibadites d'Algérie sont des sunnites et sont les moins virulents adeptes de ce courant, M. Bekeli signale que la différence entre les malékites et les ibadites en Algérie réside dans « quelques détails dans la manière de faire la prière ». Il déplore l'absence d'une « orientation correcte et solide des affaires religieuses pour mettre les gens sur les rails ». « Il faut êtrecatégorique dans le domaine de la religion », enchaîne-t-il. L'intervention des barons de la drogue est l'autre facteur évoqué par notre interlocuteur. « Le clivage entre les deux communautés a pour origine des intérêts », remarque-t-il. Le fait de resserrer l'étau sur le transit de drogues et de la contrebande a mis à mal les intérêts des grands barons de drogue. « Ces derniers ont actionné les gens qu'ils utilisaient auparavant dans la contrebande. Ils usent du slogan du « mouvement des gens du Sud ». C'est une diversion car les habitants du Sud sont des Algériens et sont respectueux des lois ». Pour lui, ce sont eux qui tirent profit de cette situation. Le facteur « terrorisme » est également inclus dans cette man?uvre. « Belmokhtar est un enfant d'une famille de cette région. Il analyse les coups retentissants dans lesquels il a été impliqué à Tamanrasset, Tiguentourine et maintenant à Ghardaïa », avertit-il. Evoquant les méthodes et les moyens utilisés par les jeunes cagoulés, qui ont fait des ravages dans la région depuis six mois, M. Bekeli relève « l'existence d'une filière bien structurée qui organise tout ce mouvement ». Cette crise nécessite « des solutions radicales » passant par « un face-à-face et un dialogue franc entre les deux communautés ». Il détecte aussi dans cette crise une attaque « contre les symboles des Mozabites » en visant « les tombes, le centre de la restauration de la vallée et l'institut Ammi Saïd ». Dénonçant les tentatives de « déstructuration de l'organisation sociale des Mozabites à travers la création de notables parallèles », M. Bekeli estime que la réussite de l'initiative du Premier ministre visant la création d'un comité de sages est tributaire « du choix des représentants et de l'appui nécessaire pour faire respecter leur autorité morale ». Il déplore l'attitude des gens de culte qui n'ont rien fait pour arrêter le massacre. « Les imams n'ont pas donné d'avis sur la question. Ce n'est qu'après le pourrissement de la situation qu'ils se sont prononcés contre les meurtres et les attaques ». Il a également fustigé les notables « incapables d'arrêter la violence des jeunes ».


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