
L’azalaï, ou azalaïe (azalay en tamasheq), désigne les grandes caravanes de dromadaires qui, pendant des siècles, ont sillonné le Sahara pour assurer le transport du sel, des denrées et des marchandises entre le cœur du désert et les régions sahéliennes. Si les mines de Taoudeni (nord du Mali) et les salines de Bilma et Fachi (Niger) sont souvent citées comme points emblématiques, le territoire algérien a joué un rôle central et structurant dans ces réseaux caravaniers transsahariens.
Le Sahara algérien constitue l’un des plus vastes espaces traversés par les caravanes. Des régions comme le Tassili n’Ajjer, le Hoggar (Ahaggar), le Tidikelt, le Touat et le Gourara formaient un maillage de pistes reliant le Sahel à la Méditerranée. Ces routes permettaient non seulement l’acheminement du sel gemme, mais aussi celui de l’or, des dattes, des tissus, des épices, des peaux, et plus tard d’autres produits manufacturés.
Les grandes oasis algériennes – Tamanrasset, In Salah, In Guezzam, Adrar, Timimoun, Reggane, Ouargla, Ghadamès (en lien avec le sud algérien) – étaient des étapes vitales. Elles offraient de l’eau, du fourrage, des marchés et des lieux de négociation. Sans ces haltes, aucune caravane de longue distance n’aurait pu survivre.
Les Touaregs du Hoggar, notamment les Kel Ahaggar, jouaient un rôle essentiel dans l’organisation et la sécurisation des caravanes. Ils connaissaient parfaitement les pistes, les points d’eau, les saisons favorables et les dangers du désert. La conduite d’une azalaï nécessitait une logistique précise : répartition des charges, choix des dromadaires, gestion du rythme de marche et protection contre les pillages.
En territoire algérien, l’azalaï n’était pas seulement une activité économique ; elle structurait la société. Les alliances tribales, les hiérarchies sociales et les accords de protection étaient souvent liés à ces caravanes. Le contrôle des routes et des oasis donnait pouvoir et prestige.
Comme ailleurs dans le Sahara, l’azalaï fut aussi liée à des pratiques aujourd’hui condamnées, notamment la traite orientale. Des captifs étaient transportés vers le nord en même temps que le sel et d’autres marchandises. Cette réalité historique a également concerné le Sahara algérien, qui faisait partie intégrante de ces réseaux transsahariens. Toutefois, l’azalaï ne se résume pas à cet aspect : elle fut avant tout un système complexe d’échanges économiques, culturels et humains entre l’Afrique subsaharienne et le Maghreb.
Avec la colonisation, l’ouverture de routes modernes et l’arrivée des transports motorisés, les grandes caravanes ont progressivement disparu du Sahara algérien au cours du XXᵉ siècle. Néanmoins, leur héritage reste visible :
dans la trame des anciennes pistes, encore suivies par endroits,
dans la mémoire orale touarègue,
dans l’organisation historique des oasis et des ksour,
et dans le rôle culturel du dromadaire, symbole de mobilité et de résilience.
Aujourd’hui, en Algérie, l’azalaï appartient au patrimoine immatériel du Sahara. Elle rappelle que le désert n’était pas un espace vide, mais un territoire intensément parcouru, organisé et connecté, où l’Algérie occupait une position clé entre le Sahel et la Méditerranée.
Posté par : patrimoinealgerie
Ecrit par : Rédaction