Juillet 2005, de violentes émeutes sociales éclatent à Tamanrasset.
Des édifices publics, dont des locaux commerciaux de l'OPGI - attribués à des «nordistes» - ont été incendiés. La marche pacifique initiée au départ par de jeunes Touareg et ayant entraîné dans son sillage les autres communautés dérape. Le chômage endémique, le mal-vivre, les discriminations etc., la liste des maux dont souffrent les jeunes de Tamanrasset est longue. Tahggart choumara - le petit Hoggar des chômeurs - comme on le surnomme ici avec ironie, Sarsouf-ferraille, Inkouf, Assorro, autant de quartiers populeux, difficiles, qui témoignent du sordide ambiant.
«Si vous qui êtes au Nord, n'entendez jamais parler d'immolation par le feu à Tamanrasset, ce n'est pas parce que nos jeunes sont heureux, mais c'est parce qu'ils sont déjà morts», fait observer cyniquement un fonctionnaire. Officiellement, ils sont 15 000 demandeurs d'emploi recensés à Tamanrasset. Le taux de chômage, gardé comme un secret d'Etat, serait de 13%, soit trois points de plus que la moyenne nationale.
11 avril. Devant le siège délabré de l'Agence nationale de l'emploi (ANEM), la seule pour toute la wilaya, une file de chômeurs poireaute à l'heure du zénith, suit l'ombre fuyante. Certains viennent pour se faire délivrer une carte de demandeur d'emploi, d'autres pour la renouveler. L'Anem reçoit jusqu'à 250 demandeurs d'emploi par jour, délivre (ou renouvelle) une centaine de cartes quotidiennement. L'éparpillement des sept communes de la wilaya - la plus proche est à 80 km - dissuade les jeunes des zones enclavées à se rendre à l'Anem pour se faire porter sur le fichier des chômeurs. Dans les statistiques officielles, ceux-ci n'apparaissent jamais. Lors de sa dernière visite à Tamanrasset, le président Bouteflika a promis un millier d'emploi.
Son Premier ministre en a promis 2000, et c'est autant de pression et d'ennui sur les épaules frêles du jeune directeur par intérim de l'Anem, M. Mouloudi, qui doit, à chaque fois, persuader les demandeurs d'emploi de la non-disponibilité dans l'«immédiat» des postes en question. «Nous faisons vraiment dans la gestion de crise», dit-il. Tous, selon lui, veullent travailler à l'ADE, l'Algérienne des eaux, employeur en puissance - après l'EPM Construction, GTP et l'Enor qui a gelé depuis 3 ans les recrutements - qui gère le mégacomplexe d'adduction d'eau de In Salah avec ses nombreuses stations de pompage et déminéralisation. Et aussi paradoxal que cela puisse paraître, en 2011, plus de 900 offres d'emploi sont restées insatisfaites faute de main-d''uvre qualifiée, de diplômés des disciplines techniques, de rémunération aguichante'
Chauffeur, gardien, agent de sécurité deviennent de fait un «luxe» convoité par bon nombre de demandeurs de travail. Le déficit en formation professionnelle est abyssal, d'où le recours quasi systématique des entreprises nationales et étrangères à une main-d''uvre importée du Nord ou de l'étranger. Pour le directeur de l'emploi, M. Adaki, les formations qualifiantes se doivent être la «priorité des priorités».
A Tam, la ceinture de pauvreté closant la ville est impressionnante, et le spectacle des enfants mendiants est plus qu'un crève-c'ur : une honte. Ville cosmopolite par excellence, Tamanrasset doit aussi compter avec l'intolérance raciale et l'indélébile marqueur ethnique. Les frictions - autour de l'accès à l'emploi - entre «natifs» et «nouveaux débarqués», entre communautés (Haratine, Chaâmba, Touareg, Nass' Tell, appelés aussi «nordistes» ou Chenawa') éclatent parfois en escarmouches, travaillent en sourdine et en profondeur les rapports entre différents groupes sociaux. A Guettaâ El Oued, les immigrants sahéliens, regroupés en essaims par nationalités, cuisent au soleil, attendent des heures, des jours longs, une offre «correcte» d'exploitation. La ville est aussi connue pour abriter un centre de refoulement d'immigrants clandestins, raflés au Nord. Jibril, Nigérian, squatte un coin de rue au centre-ville.
Etudiant, il s'est fait cordonnier pour gagner pitance. Nombre de ses copains arrêtés ont fait le trajet, maintes fois, de Tamanrasset à
Tinzaouatine (et en sens inverse aussi), à bord des camions de la gendarmerie, rejetés comme des détritus dans l'oued Tinzaouatine qui fait office de frontière avec le Mali. C'est dans le lit de l'oued, à côté d'une nécropole surannée, que les immigrants ont fondé leurs «républiques», non sans humour : des maisons en toub, abandonnées aujourd'hui par leurs propriétaires après l'arrivée du Mouvement Azawad qui les a forcés à fuir.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mohand Aziri
Source : www.elwatan.com