Ancien chauffeur guide au niveau des douanes algériennes, Mohamed Zitouni, alias Hamou, né en 1958 et actuel commerçant au Niger, a fait récemment, en début d'année, un acte de bravoure qui mériterait, selon lui, «une certaine reconnaissance» de la part de l'Etat.
Il a été, en effet, à en croire ses affirmations, l'auteur de l'arrestation de deux dangereux terroristes, affiliés semble-t-il à Al Qaïda, près de la frontière malienne, qu'il a remis ensuite aux autorités. Cette opération «risquée» a permis la récupération d'un important lot d'armes et le véhicule des terroristes, une Toyota Station.
Il raconte son histoire en exclusivité au Temps d'Algérie qui lui a rendu visite dans son domicile sis au quartier Tahagart à Tamanrasset. «J'ai travaillé comme chauffeur guide au niveau des douanes algériennes de 1993 à 1995 avant de m'installer au Niger où j'exerce comme commerçant», raconte-t-il. Avant la guerre au Mali, Hamou fait les allers-retours entre le Niger et Tamanrasset sans problème, et rentre souvent au bled pour voir sa famille et ses enfants qui y demeurent toujours. «Des fois, je les emmène avec moi», précise-t-il.
Rentré chez lui juste avant la fermeture des frontières conséquemment à la guerre au Mali, Hamou se trouve aujourd'hui «coincé» à Tamanrasset «sans le sou». «Tous mes biens sont au Niger. J'ai fait plusieurs réclamations, en vain, alors que la situation au Niger est stable», dit Hamou, précisant que «les marchands de dattes» disposent d'autorisations de sortie périodiques.
«J'ai été voir mes collègues à la douane et ils ont exposé mon cas aux autorités ; je les en remercie, mais aucune réponse jusqu'à maintenant. Même après mon action contre les terroristes qui devait inciter les autorités à revoir leur position», précise Hamou.
Quid justement de l'opération qui a abouti à l'arrestation des deux terroristes ' «Ma s'ur et son mari ainsi que leur petit enfant qui habitent Tamanrasset travaillant dans une exploitation agricole du côté de Tialk, à 60 km d'ici, ont été tabassés à mort par des terroristes pendant au moins deux heures. Informé, je me suis déplacé avec mon frère et d'autres personnes pour aller les chercher et les emmener à l'hôpital.
C'était ma première intention», relate Hamou. Une fois sur place et rejoint par d'autres citoyens qui ont eu vent de l'agression, ils décident alors de suivre à la trace les terroristes qui ont pris le chemin du Mali, avec comme seule arme un fusil de chasse. «Nous étions à leur poursuite, moi et le propriétaire du fusil, alors que mon frère a été chargé d'alerter les autres. A vrai dire, nous ne savions pas qu'ils disposaient d'un aussi important arsenal de guerre, sinon nous aurions eu peur de les suivre», poursuit Hamou.
La poursuite qui s'est renforcée avec deux autres personnes a duré jusqu'aux premières heures de la matinée du lendemain. «Nous les avons trouvés endormis à quelques kilomètres de la frontière malienne et nous avons tout de suite enclenché l'opération», dit-il, non sans reconnaître qu'ils (lui et ses amis) seraient morts si les deux terroristes étaient éveillés, surtout que leur fusil de chasse ne représentait rien devant les kalachnicovs et autres FM dont disposaient les deux terroristes.
«Nous les avons encerclés puis donné l'assaut. Ils avaient leurs kalachnicovs sur leurs poitrines et n'avaient pas eu le temps de se réveiller lorsque nous les leur avons arrachés ; sans doute étaient-ils épuisés par le trajet. Leur Toyota pleine d'armes et de munitions était à côté, en plus d'un autre véhicule qu'ils ont volé», relate encore Hamou. Une fois les terroristes arrêtés, il affirme que les services de sécurité ont été les premiers alertés. «Nous étions 7 personnes en tout, d'autres nous ont rejoints avec leurs Toyota et nous ont apporté du gasoil», précise-t-il.
«Nous devions ramener les terroristes jusqu'à Silet, à 400 km au nord, mais nous avons eu peur d'être pris à notre tour par les services de sécurité pour des terroristes», ajoute notre interlocuteur, précisant qu'ils n'ont pas cessé de prendre contact avec les services de sécurité depuis les frontières maliennes où a eu l'opération jusqu'à Silet. «Ils ne sont pas venus.
Ce n'est qu'à 5 km de Silet, quand l'un de nous est tombé en panne, qu'ils nous ont enfin rejoints. On leur a alors remis les terroristes et la Station que j'ai moi-même conduite avec le lot d'armes qui comprenait notamment deux kalachnicovs, un FM et des milliers de munitions», explique Hamou, qui craint aujourd'hui des «représailles». «Nous demandons à l'Etat de nous fournir des armes pour notre protection», lâche-t-il.
«Nous sommes en danger et les autorités le savent très bien», commente Zitouni Hamou, affirmant par ailleurs que parmi les armes récupérées, les gendarmes ont identifié les leurs. «Je jure sur la tête de mes enfants que tout cela est réel. Je parle en connaissance de cause et je suis encore là, moi, Hamou, pour confirmer devant tout le monde la véracité de mes dires», a-t-il ajouté comme pour lever tout équivoque, affirmant dans la foulée que sa situation sociale est des plus critiques.
«Nous sommes prêts à aider l'Etat s'il fait appel à nous. Qu'il nous fournisse des armes pour nous défendre d'abord et nous sommes prêts mes amis et moi à participer même aux opérations», insiste-t-il, précisant que «si on n'avait pas de bonnes intentions, on se serait évaporés dans le désert avec les armes récupérées. L'Algérie, c'est notre pays, nous sommes prêts à le défendre contre les hordes terroristes qui nous rendent la vie dure», souligne Hamou, qui attend aujourd'hui «une reconnaissance». «Je n'ai même pas les moyens de me rendre à Ouargla pour témoigner», conclut-il pour résumer sa «détresse».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Saïd Mekla
Source : www.letempsdz.com