
Dans la célèbre pièce théâtrale d'Alfred Jarry (1896), le père Ubu, pas encore monarque, assassine le roi Venceslas de Pologne, un pays de fiction. Avant de prendre le pouvoir, il annonce qu'il a «l'honneur» de vouloir «enrichir le royaume» en faisant «périr tous les nobles» et «en prenant leurs biens.» La sempiternelle chronique du «redressement» n'est pas loin d'évoquer l''uvre théâtrale du poète, romancier et dramaturge français. Mais toute ressemblance avec le personnage d'Ubu roi, est purement fortuite et relève de la pure politique fiction ! Mais osons quand même le parallèle, car l'actualité du FLN, parti en perpétuel mouvement de «redressement», confère à l'adjectif ubuesque une saveur politique particulière, c'est-à-dire «éféléniquement» algérienne ! A cinq semaines seulement des prochaines élections législatives, les derniers «redresseurs» en date, renforcés par les membres du comité central écartés des listes pour les législatives de mai 2012, veulent «sauver le parti» et «corriger sa trajectoire». Comme s'il était devenu une nef folle qui navigue à vue ou qui dérive à tout va. Ses originaux pensent avoir trouvé l'arme de destruction massive de l'actuelle direction : la pétition pour réunir un comité central extraordinaire qui congédierait le SG et le BP du FLN, d'un coup de babouche, d'un seul. Ces putschistes légaux ont certes pour eux le nombre, mais ils n'ont pas encore le quorum pour obtenir la réunion du CC, conformément à l'article 37 des statuts du parti. Il leur manque encore un peu plus d'une douzaine de signatures pour pouvoir prétendre au grand soir politique. Mais qu'importe le nombre final de ce corps délibératif. Et qu'importe aussi si les frondeurs, les mécontents et autres séditieux parvenaient ou non à blackbouler Abdelaziz Belkhadem et les autres membres du bureau politique. Cet énième épisode, ultime acte du vaudeville de «redressement», est le thermomètre d'un parti malade de sa capacité renouvelée à se pétrifier. Au lieu de se purifier, de s'aérer et de se régénérer par la transfusion de sang neuf. Parti consanguin, endogame et homogame de culture et d'opinion politiques, le FLN «redressé» et «redresseur» est également un parti un chouia masochiste. Voilà des dirigeants qui aiment tellement leur parti qu'ils ont décidé de le déstabiliser à la veille d'un rendez-vous électoral présumé important pour l'avenir du FLN et de la démocratie algérienne.
Que n'auraient-ils pas attendu les résultats du scrutin, le 10 mai au soir, pour demander des comptes à sa direction et régler, du même coup, ceux du SG et de son BP ' Le nom sur une liste et un éventuel maroquin à l'APN ou au futur gouvernement valent en fin de comptes tous les risques à prendre pour discréditer encore plus un parti qui ressemble à un cadavre politique à la renverse. Ou à la ramasse, même si on entend Belkhadem prétendre mener le FLN à la victoire hégémonique et les «redresseurs», eux, parler de «préserver le leadership du parti.» Mais de quel leadership s'agit-il enfin ' Comme le chef de l'Etat, dans un formidable accès de sincérité ou de remords, l'a reconnu lui-même devant les magistrats de son pays, ce leadership est issu d'urnes sempiternellement bourrées et de chiffres systématiquement manipulés par des experts diplômés de l'université de «Bab-Ezzouar-Naegelen». Les membres du CC contestataires excipent donc du fait que le SG et le BP «ont perdu leur légitimité et leur crédibilité». Mais de quelle légitimité et de quelle crédibilité il est question ' Et qui les confèrent à qui dans un parti où la légitimité politique est contestable depuis qu'il ne se prévaut plus de la légitimité historique et révolutionnaire, celle-là alors inattaquable ' A ce jour, les 220 agitateurs-redresseurs du comité central accusent Belkhadem de népotisme et affirment qu'il serait sous «l'influence de l'argent.». Sans pour autant apporter le moindre début de preuve et sans étayer leurs soupçons au sujet du népotisme, comme si Belkhadem était César Borgia. Et comme si le FLN, avant lui, et à l'exception d'Abdelhamid Mehri, n'avait pas dans ses rangs d'autres papes népotiques tels Alexandre VI, Clément VII, Sixte IV et Urbain VIII. Comme si, depuis l'indépendance, le FLN a été une école de la vertu politique, du mérite républicain, du sacerdoce démocratique et de l'intérêt général comme unique souverain. Sans doute, y-a-t-il parmi les 220 déçus de ne pas se voir député dans l'Algérie post-10 mai 2012, quelques militants sincères et animés de bonne volonté. Mais nombre de pétitionnaires ont aux pieds des casseroles et des poêles dont on entend le bruit jusqu'à Tamanrasset ! Alors, messieurs, pour la légitimité et la crédibilité, on ne demande qu'à croire et qu'à voir. Longtemps, tous ces «redresseurs» redressant d'autres «redresseurs» et à leur tour «redressés», se sont prévalus du chef de l'Etat comme détenteur du parapluie de la légitimité du FLN. Or, et ça tombe bien, le président de la République, qui veut, dit-on, faire des législatives du 10 mai le premier test de sa volonté de démocratiser le pays, en douceur et de manière probe et propre, ne veut plus tenir ce parapluie. Ça tombe bien, répétons-le. Le seul parapluie, digne de ce nom, sera celui de l'onction populaire par l'urne transparente donnée. Et à l'image des hadjis qui disent qu'ils s'en vont à La Mecque pour y «laver leurs os», les militants, cadres et dirigeants du FLN doivent pour leur part «laver leurs os» dans la future lessiveuse démocratique en forme d'urne.
Qui peut être aussi une urne funéraire, politiquement s'entend.
N. K.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Noureddine Khelassi
Source : www.latribune-online.com