Disparu il y a 15 ans, ce chef spirituel des Touareg a été le principal garant de la stabilité dans le grand Sud algérien, avant, pendant et après la révolution.Tiwlawaline, le berceau des personnalités qui ont historiquement incarné l'autorité traditionnelle dans l'Ahaggar, a rendu, jeudi 31 décembre 2020, un vibrant hommage à son défunt chef spirituel, l'aménokal Hadj Moussa Ag Akhamok. À l'occasion du 15e anniversaire de sa disparition, coïncidant avec le 28 décembre, plusieurs activités commémoratives ont été organisées par la wilaya en collaboration avec les notables et chefs de tribu qui ont fait appel aux historiens, en l'occurrence Mohammed Hoggari de l'université de Tamanrasset et Ramadane Hadji, pour retracer le parcours du défunt et revenir sur les événements marquant la vie de cette figure emblématique dans la société targuie.
En présence du wali Mustapha Guerriche, l'aménokal du Hoggar, Ahmed Edaber, la famille révolutionnaire et les autorités civiles et militaires, les conférences animées sous une tente de vélum dressée non loin de la stèle érigée à la mémoire des aménokals de l'Ahaggar ont permis de ressusciter la vie du principal garant de la stabilité dans le grand Sud algérien, avant, pendant et après la révolution.
Considéré parmi les piliers de la guerre de libération nationale dans ce vaste territoire saharien, Moussa avait, a-t-on rappelé, supervisé dès 1956 des opérations de distribution d'armes en provenance de Libye. Il a aussi assuré la diffusion du courrier émanant des commandements du nord du pays. De par sa connaissance du terrain, il est considéré comme conseiller et un guide irréprochable dans le front du Sud.
L'homme a été d'une grande modestie en dépit de sa place prestigieuse au sein des Imuhagh. Fort d'une autorité naturelle, Moussa a marqué l'histoire de l'Ahaggar et une ère de bonne gouvernance, témoignent les historiens. Neveu de la plus grande joueuse d'imzad, Dassine, il est né en 1921 près d'Izarnen (30 km de Tamanrasset). Une année qui coïncida avec la mort du vaillant guerrier de la région, Moussa Ag Amestan, et la proclamation de Bey Akhamok comme aménokal de l'Ahaggar. Issu d'une famille riche et noble de la tribu de Kel Ghela, Moussa fut scolarisé d'abord dans une école coranique à Tifert (80 km de Tamanrasset) puis dans une école publique. Il fut élu premier président de l'APC de Tamanrasset en 1963.
En 1975, il succéda à son frère, Bey Akhamok, aménokal des Touareg de l'Ahaggar. La visite du président Houari Boumediene à Tamanrasset, le 21 mars 1977, a été un point fort du règne de Moussa. Quand le président avait évoqué la destruction de la vieille église de Tamanrasset, El-Hadj, l'héritier des Akhamok, lui a rétorqué humblement : "Nos terres suffisent pour bâtir mille mosquées, alors pourquoi détruire l'histoire.
" Durant sa vie, il a toujours été le garant de la stabilité de la région, notamment après l'éclatement du conflit de l'Azawad. Moussa Ag Ihema a, de tout temps, ?uvré pour la préservation de la virginité et l'aspect "sauvage" de l'Ahaggar. Tout comme il a conservé le patrimoine culturel matériel et immatériel des Touareg, en plaidant pour une activité touristique en harmonie avec la nature. Il a lutté pendant des décennies pour le développement, l'épanouissement et la bonne éducation de la nouvelle génération targuie.
Son intervention auprès des hautes autorités du pays pour la scolarisation des enfants issus de familles nomades fut historique, rappelle M. Hadji.
Il a marqué l'histoire nationale par son charisme en tant que chef spirituel des Touareg et non pas en tant qu'aménokal. Il faut savoir que Moussa disait toujours que le dernier aménokal de l'Ahaggar était son grand frère hadj Bey Akhamok, en témoigne sa déclaration au journal Le Matin (édition n°290 des 23-24 octobre 1992).
De 1992 à 1997, il était désigné membre du Conseil national, puis membre du Sénat de 2003 à 2005. L'événement qui l'avait marqué était le décès de son fils Bey, car il voyait en lui le successeur légitime de par sa sagesse et son niveau d'instruction. Le 28 décembre 2005, Moussa Akhamok rejoint son fils des suites d'une brève maladie, à l'âge de 84 ans.
RABAH KARÈCHE
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Rabah KARECHE
Source : www.liberte-algerie.com