
De grandes tribus du sud du pays veulent se constituer en force du renseignement pour aider les éléments de l'ANP à protéger les frontières des dangers et des menaces qui pèsent sur elles et sur le pays, en général.L'information a été donnée par un député bien connu, à des journalistes qui accompagnaient, la semaine dernière, le ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales, dans la wilaya de Tamanrasset et dans les wilayas déléguées d'In Guezzam et d'In Salah. C'est Baba Ali, député du RND de Tamanrasset qui a affirmé qu'«avec la détérioration de la situation sécuritaire, tout au long des frontières algéro-libyennes, l'ANP aura besoin de moyens colossaux pour faire face aux dangers et aux menaces qui pourraient se transformer en de véritables affrontements, notamment, avec des groupuscules qui tenteraient d'entrer en Algérie.»Le député était persuadé de surcroît, comme tout le monde, que les Etats-Unis allaient intervenir, militairement, en Libye. C'est fait. Les raids de l'aviation américaine ont frappé, tôt le matin du vendredi dernier, la ville de Syrte.La guerre américaine a, donc, commencé en Libye.Contacté, hier, par nos soins, Baba Ali nous a, encore, donné des détails très précis sur la volonté d'un nombre important de personnes originaires des grandes tribus, du fin fond du Sud entre autres de la wilaya de Tamanrasset, de former une «armée supplétive, à celle de l'ANP, mais dans le renseignement, » nous a-t-il dit. Plus d'une cinquantaine de tribus veulent, nous explique-t-il, que « leurs hommes notamment, les jeunes d'entre eux deviennent des éléments du renseignement, pour être les yeux de notre armée nationale populaire, dans ces immensités désertiques.» Baba Ali souligne que «nous, populations des régions frontalières du sud du pays, voulons que l'Etat soit d'accord pour qu'il crée, avec nous, une base du renseignement qui balaie toutes les frontières sud de notre pays. » Le député RND pense que « cette base devra être composée des méharistes, issus de la cinquantaine de tribus, qui connaissent parfaitement le désert, dans toutes ses étendues, qui ont l'habitude de conduire d'importantes caravanes commerciales multiples et de troc, d'un bout à l'autre des frontières et vers les pays africains.»PLUS DE 2.000 MEHARISTES «EN RESERVE» POUR PROTEGER LES FRONTIERESCe sont en général, ces hommes bleus qui, à dos de chameau, sillonnent le désert, coin par coin, aussi immense soit-il. Selon le député, ils sont plus de 2.000 hommes à être prêts à se constituer en « vivier du renseignement » pour protéger les frontières, les défendre et empêcher les tentatives d'incursions dans les territoires algériens. «Ce n'est pas qu'on ne fait pas confiance à notre armée, loin s'en faut, bien au contraire, nous voulons l'aider, en lui fournissant l'information exacte, pour que ses troupes se déplacent sur les lieux indiqués, par nos informateurs, sans trop perdre de temps, » nous dit-il. Son argument de taille, «nous savons faire la différence entre un targui, bien de chez nous, et un autre de la Libye ou d'un autre pays limitrophe, nous reconnaissons qui est qui, selon des critères que nous avons établis depuis la nuit des temps, nous, populations du Sud,» explique-t-il. Le député tient à préciser que « les méharistes ne veulent rien de l'Etat à part de les équiper d'un thouria (un puissant GSM qui fonctionne partout), leur donner un chameau, pour ceux qui n'en ont pas et un pécule. » L'on lui demande si les méhariste, veulent être un « corps paramilitaire », comme ce fût le cas, durant les années de braise qu'a vécues le pays et où l'Etat avait décidé d'en créer un, sous la prescription de police communale qu'il a armé de fusils. « Sauf que nous au Sud, nous ne voulons pas être armés, c'est trop dangereux, on est très conscient de tout ce qui pourrait se produire, en ces temps d'insécurité, à nos frontières, nous voulons aider l'armée à éviter le pire, nous sillonnerons le désert pour lui signaler des trafiquants de tout genre, pour canaliser les réseaux et lui en fournir les circuits ce qui facilitera leur traque, sans trop perdre le temps, c'est d'ailleurs pour ça que nous demandons à être équipés de thouria, » nous fait-il savoir.Pendant les années du terrorisme, il y a eu, en parallèle de la police communale, les groupes d'autodéfense appelés communément les patriotes, qui se sont constitués, ici et là, à travers le territoire national. Ces corps devaient, en tout cas, venir en appoint aux éléments de l'ANP et de l'ensemble des services de sécurité, dans la lutte contre le terrorisme.DES TRIBUS DU SUD VEULENT ECRIRE A GAID SALAHD'aucuns savent que l'Armée algérienne se fait toujours aider dans le Sud, par les méharistes pour pister les terroristes. Le désert étant, infiniment grand, les militaires ne peuvent connaître, à eux tout seuls, les repères qu'il faut pour ne pas se tromper de direction. Les ‘hommes bleus' les aident depuis des lustres à avancer dans le désert, sans crainte de se perdre. Ils traquent ensemble les réseaux de malfaiteurs de tous bords notamment, les cartels de la drogue et des armes. « Mais les unités qui aident l'armée ne sont pas nombreuses, c'est à peine si elles comptent une vingtaine de méharistes, nous, nous parlons d'une base du renseignement de plus de 2.000 hommes, c'est important et même différent, » relève Baba Ali. « Nous voulons soulager, par un renseignement fondé et exact, notre armée du poids de la surveillance des frontières avec la Libye, dont la longueur dépasse les 900 km et nécessite des moyens financiers et matériels colossaux, » ajoute-il, encore, pour plus de précisions.Le député RND nous fait savoir qu'il adressera une lettre au chef d'état-major, ministre délégué chargé de la Défense, le général de corps d'armée, Ahmed Gaïd Salah, par laquelle «j'expliquerai notre revendication, la démarche pour la réaliser, ses missions, ses objectifs et les moyens nécessaires pour les atteindre.» Baba Ali a prévu de remettre cette lettre après l'ouverture de la session du printemps du Parlement, prévue, légalement, le 2 mars prochain. « C'est pour que j'agisse, dans un cadre légal, qui est celui tracé pour un député, membre du Parlement, » nous dit-il.Les historiens nous rappellent que la France coloniale a donné corps, en 1902, à des unités méharistes dans le sud algérien. Elle a, en effet, constitué 5 compagnies méhariste sahariennes qu'elle a basées à Fort Polignac (Tassili), Tindouf, El Oued, Adrar et Tamanrasset.Elles étaient autonomes, même si elles se devaient de rendre compte «aux officiers des affaires indigènes.» Elles étaient des unités de l'armée française et relevaient de la direction de l'infanterie. Leur mission principale était de surveiller les caravanes, les pistes et les frontières. C'étaient des escadrons méharistes qui devaient agir, disent les textes coloniaux, pour « la pacification » des Touaregs.LES MEHARISTES VEULENT EVITER LES DESASTRES A L'ALGERIE«L'épopée méhariste» des temps actuels veut, cependant, servir le pays et le protéger contre les tentatives de déstabilisation qui sont nombreuses et sournoises. « Les méharistes nationaux, eux, veulent protéger les frontières pour éviter, au pays, les désastres de la guerre qui déchire la Libye et d'autres pays africains, » note Baba Ali.Le ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales n'a eu de cesse, lorsqu'il était en déplacement, dans le Sud, de souligner l'abnégation des populations des régions frontalières et leur prise de conscience de la gravité de la situation. Nouredine Bedoui a affirmé que « tous les Algériens doivent savoir que vous êtes l'avant-garde qui fait face au danger des frontières. » Il est connu que l'ANP travaille, en étroite collaboration avec les tribus du Sud, notamment pour ce qui est du renseignement et des tracés à suivre, dans le désert. Mais aujourd'hui, les méharistes veulent se constituer, en tant que tel, pour, nous dit le député « canaliser, renforcer et réunir les forces patriotiques du Sud pour les mettre au service de l'Algérie, ce n'est pas une milice, c'est une revendication populaire des citoyens du Sud, nos frontières ont besoin plus que jamais de vigilance. »Baba Ali va loin en soutenant qu'ainsi « l'Etat contribuera à faire travailler les milliers de jeunes de ces régions déshéritées et les aidera à se rendre utiles pour le pays. » A défaut, il avertit que « si le vide persiste autour d'eux et l'absence de l'Etat se perpétue, ils vont être, facilement, récupérés par les réseaux terroristes, de drogue et d'armes, je sais ce que je dis, l'offre qui pourrait leur être faite est tellement attirante qu'ils peuvent tomber dans les pièges. » Il pense qu'il sera « nécessaire à l'ANP de les former pendant un mois et de leur préciser la manière de travailler, en coordination avec ses éléments. » Pour lui « cela n'exige pas de gros moyens, juste des tentes qui seront dressées, par exemple, tous les 50 km tout au long des frontières, notamment, dans les régions sensibles, comme El Oued, Illizi, Tamanrasset et que l'armée devra encadrer, pour en assurer le bon fonctionnement. »SURVEILLANCE DES FRONTIERES ET RENOUVEAU RURALDes spécialistes du renouveau rural jugent l'idée « intéressante parce qu'on ne peut comprendre ce qui se passe dans le désert sans connaître l'évolution du camelin. » Un d'entre eux note que « c'est d'ailleurs pour cela que les militaires français se sont intéressés, de très près, à cette bête, et un d'entre eux a élaboré, en 1930, ce qu'il a appelé ‘La bible du camelin'. » Et c'est dans cet esprit que les Français ont découvert le système de thermorégulation du chameau, en 1956, dans le Sud algérien. Nos interlocuteurs pensent qu'« il serait dangereux d'intégrer les troupes méharistes dans une caserne du renseignement, les temps sont durs et les complots de taille, il serait raisonnable de lier leur structuration ou organisation au renforcement du tissu social, pour en créer, en même temps de la richesse, des points d'eau, de l'aliment du bétail et prévoir des moyens pour assurer et développer la reproduction du camelin, sur ces mêmes sites, c'est-à-dire, chez nous, en Algérie. » Pour rappel, l'idée, la stratégie et les programmes du renouveau rural ont été initiés, en 2006, par Dr Rachid Benaïssa, alors ministre délégué du Développement rural auprès du ministre de l'Agriculture. Tout ce que les services de Benaïssa ont mis en forme, a été consacré par le président de la République comme étant des mesures stratégiques, lors de l'organisation, en 2009, à Biskra de la Conférence nationale sur l'Agriculture. C'est, alors, devenu un document de référence pour la réalisation du renouveau agricole et rural jusqu'à l'horizon 2020. Nous croyons savoir qu'aujourd'hui, les responsables du secteur préfèrent changer cette appellation et ses mécanismes en « Filaha 19 » en référence à 2019…Notons que les éleveurs des régions de Tamanrasset se sont plaints au ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales du manque de forages pour l'eau et de l'aliment du bétail. Ce qui les a toujours obligés à aller, entre autres, vers le Niger. «Au retour, nos chameaux sont confisqués, nous ne savons plus comment faire et à qui nous plaindre,» lui avaient-il dit.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ghania Oukazi
Source : www.lequotidien-oran.com