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Dida Badi. Anthropologue : l'imzad est une pratique culturelle et un élément de l'économie locale Culture : les autres articles



Dida Badi. Anthropologue : l'imzad est une pratique culturelle et un élément de l'économie locale Culture : les autres articles
La culture saharienne intéresse, depuis quelques années, l'Unesco, le passage privilégié pour promouvoir mondialement les traditions patrimoniales des régions du Sud algérien. El Watan Week-end a rencontré Dida Badi, le spécialiste des cultures du Sud.-Il existe un projet de classer l'Imzad à l'Unesco parmi le patrimoine mondial. Où en est la procédure '
L'opération, déjà lancée, est pilotée par le Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH) et le ministère de la Culture. C'est un classement multilatéral, puisque plusieurs Etats sahélo- sahariens et maghrébins sont engagés. Il s'agit de l'Algérie, de la Libye, du Burkina Faso, du Niger et du Mali. Auprès de l'Unesco, l'Algérie a présenté le dossier au nom du Niger et du Mali également. Le Burkina Faso se joindra à nous. Nous attendons la Libye qui peut accéder au processus à tout moment. Nous avons élaboré le travail pour proposer l'inscription de l'imzad dans la liste représentative du patrimoine mondial de l'humanité. Les associations culturelles touareg et les assemblées populaires élues ont signé les documents nécessaires. Donc, c'est ok au niveau de la forme. Des remarques ont été faites par l'Unesco sur ce qui a été présenté. Mais, il s'agit de petites remarques. Nous en avons tenu compte et avons renvoyé le dossier avec les correctifs nécessaires. Le dossier est dans un processus d'étude de fond mené par des experts.
-Ce processus est-il long '
Oui. Après le dépôt de la demande, il existe des étapes obligatoires à suivre. Une fois l'avis des experts rendu, la décision de classement au patrimoine mondial sera prise. A ce moment-là, les Etats doivent s'engager concrètement à protéger ce patrimoine et à le mettre en valeur. Le dossier envoyé à l'Unesco est accompagné d'un programme allant dans ce sens, expliquant qu'en plus d'être un instrument, l'imzad est aussi une pratique culturelle, un élément de l'économie locale, de l'artisanat. Il est question de créer un observatoire sahélien et saharien sur l'imzad en Algérie. Bref, tout ce qui va avec comme dynamique culturelle et coopération entre les Etats concernés par ce patrimoine. C'est donc un vecteur de rapprochement entre les pays de la région.
-Actuellement, l'imzad est-il réellement protégé en Algérie '
L'Algérie a pris l'initiative auprès de l'Unesco parce qu'elle est la mieux placée sur le plan production scientifique et audiovisuelle sur l'imzad. Des livres ont été écrits sur le sujet et des associations existent. Il y aussi un certain intérêt des médias. Dans le dossier de l'Unesco, il faut aussi présenter une liste bibliographique pour prouver la visibilité scientifique sur le patrimoine. Les experts ne connaissent pas forcément l'imzad lui-même. Ils vont l'analyser d'un point de vue théorique à partir de critères universels. Donc, il faut qu'il ait des recherches sur le sujet. Au Niger et au Mali, les gens s'intéressent aussi de plus en plus à l'imzad. Une fois l'imzad inscrit par l'Unesco, une autre dynamique va s'enclencher. Cela va entraîner sa valorisation au niveau local'
-Où en est le dossier de la cérémonie de la Sbiba de Djanet auprès de l'Unesco '
Le processus est pratiquement le même, sauf que la Sbiba ne concerne que l'Algérie. Le CNRPAH a préparé le dossier avec le ministère de la Culture. Dossier déposé auprès de l'Unesco. C'est en bonne voie.
Les jeunes Targuis jouent de l'asouf actuellement, des chants en tamachaq, avec des guitares électriques et des percussions.
Les Touareg appellent la musique par l'instrument avec lequel elle est rendue. L'asouf, que certains appellent «guitara», s'est imposé à la tradition en interprétant des thèmes nouveaux liés à l'entrée des Touareg dans la modernité, à la sédentarisation des nomades, à l'urbanisation, aux revendications identitaires et culturelles' Tous ces thèmes ne sont pas chantés dans le tindi ou le genre traditionnel.
De nouveaux besoins sont apparus et sont pris en charge par le chant tant en Algérie qu'au Mali ou au Niger. Certains textes chantés dénoncent le renfermement sur soi. Appel est donc lancé pour l'ouverture. Les jeunes sont sensibles à ces thèmes. D'où la présence de la guitare électrique. Asouf signifie la solitude en targui. Cela renvoie aussi au vide, au néant, à la nostalgie, à la représentation de l'espace désertique. L'asouf, c'est aussi un état d'âme, l'on est tourmenté par la solitude, par l'amour, l'envie de voir les gens qu'on aime.
La vie de la ville est une sorte de rupture, d'éloignement de la tradition. On se déplace sur le plan spatial mais également spirituel. Ce ne sont plus les mêmes valeurs' Le pastoralisme a été détruit par la sécheresse. L'asouf est né au niveau des frontières, c'est donc une musique de marge sur le plan social (') La nouvelle situation sociale a mené les Ishoumer à apparaître comme des révoltés dans leur expression musicale. Ils ont un certaine manière de porter le chèche, ils s'habillent en jean, sont passé à la vie moderne en véhiculant leur culture.
-Le groupe malien Tinariwen a-t-il mondialisé quelque peu le genre asouf '
Contrairement à ce que l'on pense, Tinariwen est né en Algérie et une partie des membres du groupe sont des Algériens. Ibrahim Ag Al Habib, le leader du groupe, est algérien. Son père est natif d'une tribu de l'Ahaggar. Au début, ce genre musical était censuré à Tamanrasset à cause des textes quelque peu politiques. L'asouf n'a accédé à la Radio de l'Ahaggar que récemment. C'est la raison pour laquelle la musique de Tinariwen s'est développée de l'autre côté de la frontière. C'est donc devenu un groupe malien au lieu qu'il soit algérien ! Les textes de Tinariwen sont certes engagés, mais dans leurs chants, il y a l'amour, les problèmes, de la modernité.
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