Tamanrasset - A la une

Comment déloger Ansar Dine et Aqmi '



La junte militaire qui a renversé le président Amadou Toumani Touré le 22 mars dernier n'a pas d'autre choix que de céder le pouvoir aux civils «dans les prochaines heures ou les prochains jours», comme elle s´est engagée à le faire samedi.
Le coup de force du capitaine Amadou Haya Sanogo, unanimement condamné par la communauté internationale, a placé le pays dans une mise en quarantaine régionale insupportable. La Cédéao, organisme de coopération régionale des pays d'Afrique de l'Ouest, a pris une série de sanctions draconiennes qui ont aussitôt paralysé les activités économiques et commerciales du Mali, pays enclavé et de surcroît l'un des plus pauvres au monde. Cette mise en quarantaine politiquement dissuasive est-elle pour autant suffisante pour faire retrouver au pays sa stabilité politique et préserver son intégrité territoriale '
Ce qui était encore, le 22 mars, un problème de prise de pouvoir illégale s´est vite transformé en question de partition du territoire national. Si l'objectif immédiat du chef de l'Etat par intérim durant 45 jours, le président de l'Assemblée nationale malienne, Dioncounda Traoré, sera de faire retrouver au pays son ordre constitutionnel, la partie est jouable.
Or, la demande nationale formulée par tous les Maliens, outre leur attachement à leur droit de choisir librement leurs futurs dirigeants, est surtout la garantie de l'intégrité de leur territoire national. Ce n'est donc plus une question de coup d'Etat avorté d'un capitaine acculé par le rapport de force régional à négocier son départ du pouvoir contre son immunité et celle de ses complices dans le putsch. La situation du Mali serait bien moins compliquée alors avec un simple coup de force militaire, opération de prise de pouvoir par la violence qui sera sans doute la dernière expérience du genre au Mali.

La partition du territoire malien
Le problème malien est beaucoup plus profond. Il semble, hélas, même que la tâche soit quasi impossible pour les futurs dirigeants dont le rôle sera de mettre fin à l´insécurité qui règne à Gao, Kidal et Tombouctou, à la suite de l'offensive victorieuse des rebelles touareg qui ont proclamé leur propre Etat islamique dans cette partie nord du pays.
Une période de transition est un processus valable dans un pays où les institutions politiques fonctionnent normalement et où les forces armées ont les moyens de pacifier le pays ou du moins d'assurer l'ordre public suffisant durant les élections du nouveau président de la République, ce qui est loin d´être acquis. Les cas des pays du Printemps arabe,
où la tâche essentielle est de convaincre la dictature de quitter le pouvoir, ne peuvent pas être comparés à celui du Mali dont les deux tiers du territoire sont quasiment «sans maître», une terre de personne. C´est pourquoi le Mali, tout comme les autres pays du même ensemble désertique, se trouve dans un scénario différent de celui des pays du nord de l'Afrique.
L´idée suggérée par le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, aux futures autorités élues maliennes de négocier l´autonomie avec l´aile modérée du Mouvement national de libération des Azawad (MNLA) paraît une option incontournable, même si la proposition du chef de la diplomatie française comporte des arrière-pensées. Pour la France, l´autonomie de l'Azawad est un premier pas vers le projet plus «historique» de l´ancien empire colonial qui ne désespère pas de mettre en place une fédération des régions des Touaregs à cheval sur les quatre pays de la région (Libye, Niger, Mali, Algérie).

Objectifs d'une intervention étrangère
Or, le mouvement Ansar Dine d'Iyad Ag Ghaly, leader de la rébellion targuie des années 1990, bien connu de la diplomatie algérienne, acceptera-t-il de renoncer à la république islamique des Azawates, autoproclamée après que ce projet eut été négocié avec Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ' Sans l´aide d´Aqmi, les troupes du mouvement Ansar Dine n´auraient jamais pu occuper Gao, ni Tombouctou, ni Kidal. Ce n´est pas un fait anodin que l´un des chefs d´Aqmi, Mokhtar Belmokhtar, se soit trouvé
à Tombouctou dans la nuit de vendredi à samedi, puis à Gao, c´est-à-dire à chaque étape de l´offensive de ses troupes. Comment donc les nouvelles autorités de Bamako vont-elles s´y prendre pour mettre fin au calvaire des populations du Nord qui sont victimes d'exactions, de pénuries et de la sécheresse ' Un scrutin est-il possible dans cette partie occupée du territoire malien où les organisations humanitaires internationales n´arrivent même pas à faire acheminer le minimum vital aux populations assiégées '
Les partisans de l´intervention étrangère, rejetée par l´Algérie et l´Union africaine, ont là de bons arguments. Le tout est de savoir dans quel cadre et quelle forme devra cette intervention militaire. La France privilégie celui de la Cédéao, organisme sur lequel elle exerce un contrôle absolu.
La Cédéao a menacé vendredi de recourir à la force (laquelle ') pour mettre fin à la partition du territoire malien après la déclaration d'indépendance du MNLA. A-t-elle les moyens militaires et l´expérience antiterroriste nécessaire pour déloger Ansar Dine et Aqmi de Gao, sans une invasion militaire internationale pilotée par l´armée française. C´est à cette fin que travaille la France aux Nations unies. Faire la guerre à Aqmi, conjointement avec les pays de la ligne de front liés par le «Pacte de Tamanrasset» est une question qui n´est pas à l´ordre du jour de son action extérieure.
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