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Cinéma algérien Et l'humour se meurt...



Cinéma algérien Et l'humour se meurt...
Avis - Il fut un temps où le paysage cinématographique algérien consacrait une grande place à la comédie, divertissant ainsi le public d'un humour décapant, subtil et populaire.Et voilà qu'à partir des années 2000 les choses ont bien changé : on ne fait plus, comme autrefois, des films qui font vraiment rire. Des films tels que Gourbi Palace de Bachir Deraïs ou encore La Place, une comédie musicale de Dahmane Ouzid, sont de moindre qualité et manquent aussi bien de réalisme que de franchise et de sincérité.
Si l'on compare ces productions avec celles des années 1970 ou 1980, le constat est flagrant.
C'est ainsi que Nabil Hadji, journaliste et critique de cinéma, estime que l'humour dans le cinéma algérien manque carrément de maturité, qu'il est malheureusement dépouillé de conviction. En un mot, pas travaillé. Cela dit, il n'y a pas une recherche dans le jeu. Celui-ci est plat, usé et médiocre.
«Les comédies qui se font actuellement ne tiennent pas la route», reconnaît-il, et de souligner : «Les films consacrés à l'humour manquent vraiment de qualité ; les comédiens, dans leur interprétation, ne sont pas convaincants. En outre, l'humour auquel les acteurs et actrices recourent, n'est pas justifié, n'a ni base ni but, n'est pas construit sur des thématiques fondées, solides ; le jeu n'est pas soutenu ou concluant.»
C'est ainsi qu'il regrette que l'humour, aujourd'hui, ne relève pas d'un travail de réflexion sur et autour de situations comiques.
«Les comédiens d'aujourd'hui ne travaillent pas les situations comiques. Cela fait, à l'évidence, que le comique n'est pas naturel, sincère, qu'il n'a effectivement pas d'impact sur la majorité du public. En fait, il manque abruptement de personnalité, de professionnalisme», constate Nabil Hadji, qui, par ailleurs, estime que, depuis la dernière comédie réalisée par Benamar Bakhti en 1991, à savoir Le clandestin qui a connu un succès retentissant, ou encore l'incontournable De Hollywood à Tamanrasset, un film signé Mahmoud Zemmouri en 1991, il n'y a pas eu vraiment de films égalant ces derniers en humour.
«Depuis les films de références, à savoir Le clandestin ou De Hollywood à Tamanrasset, le cinéma algérien n'a malheureusement pas donné d'autres films de la même veine que ces derniers, des films qui, par leur caractère, leur originalité ou leur spontanéité, donc par leur personnalité propre, portent le rire, voire la comédie dans un sens solide, justifié et probant. Il y a eu des tentatives, mais toutes se sont soldées par un échec ; aucun film, censé être une comédie, n'a tenu la route et donc n'a pas vraiment accroché le grand public.»
Si aujourd'hui le cinéma (algérien) n'arrive plus par l'humour à partager avec le public, c'est, en partie, parce que, selon Nabil Hadji, la tendance est, depuis l'avènement des années 2000, aux films traitant de situations socio-dramatiques ou d'autres faisant référence à l'histoire de l'Algérie. Il y a des réalisateurs qui, eux, préfèrent, exorciser la douleur et la peine de la société algérienne en revenant sur la tragédie nationale. Pour eux, c'est une façon de faire le deuil sur une décennie noire, celle des années 1990 qui a profondément marqué toute une génération.
- Abdenour Hochiche, président de l'association culturelle «Project'heurts», association versée dans la promotion du 7e art et organisatrice des Journées cinématographiques de Béjaïa, explique cette réalité par rapport à la situation dans laquelle se débat le cinéma dans notre pays. «Il est vrai qu'avant nous faisions plus de comédies contrairement à aujourd'hui», dit-il, et de renchérir : «Mais pour expliquer cela, nous revenons toujours à la réalité du cinéma algérien, notamment à sa production d'une manière générale, c'est-à-dire s'il y avait une industrie cinématographique, il y aurait eu des personnes qui auraient fait des comédies et un tas d'autres genres cinématographiques. Il y aurait eu, du coup, une diversité, un grand choix et dans le genre et dans les thèmes abordés. Mais comme il n'y en a pas, cela fait que la production se résume à un seul genre. En outre, les films qui se font, sont réalisés dans des cadres bien précis. Après avoir longtemps traité de la tragédie nationale, une manière de faire deuil sur un drame collectif, mais aussi par devoir de mémoire, on revient à présent aux films historiques. Ce sont des films sur les héros de la Révolution qui suscitent l'intérêt des réalisateurs. Il faut dire que cette tendance est conjoncturelle. Autrement dit, cela est motivé par un sursaut patriotique. Ces films sont réalisés dans l'esprit du cinquantenaire de l'indépendance.» Ainsi, l'inexistence d'une industrie cinématographique limite la création, la diversité des genres et des thèmes. «Si nous avions une politique cinématographique claire, constante, rentable, la place du cinéma dans la création ne se poserait pas, et, en conséquence, nous aurions des films sur tous les registres», conclut Abdenour Hochiche.
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