Tamanrasset - Revue de Presse

Avoir vingt ans à tamanrasset



Soleil nu « Le soir jusqu?à 22h, on vient ici. On discute. On regarde les voitures passer. C?est tout. » Rapport de situation de Bahi, la vingtaine, installé au sud du tropique du Cancer sur un trottoir du carrefour de la mairie de Tamanrasset, à 2000 km du siège du ministère de la Jeunesse et des Sports d?Alger. Il caresse le corps de bois d?une guitare. Silencieusement. « Elle appartient à un ami, je ne sais pas jouer, je suis chauffeur... J?ai malheureusement quitté l?école jeune. Dommage... » Le cybercafé en face ne l?intéresse-t-il pas ? Même à 80 DA l?heure, ça reste cher. » « Mes clients sont majoritairement les Africains qui rentrent en contact avec leurs familles ou amis à travers les messageries instantanées... Souvent, je télécharge de la musique sur demande... Beaucoup de chansons sentimentales... », dit le patron d?un cybercafé, le seul avec connexion par satellite, du côté de la place du 1er Novembre. Déco ration : posters de La Mecque et de Médine, versets calligraphiés. Deux jeunes Maliens s?amusent à draguer sur un « chat ». Une jeune noire élancée laisse tomber sur ses épaules son voile vert découvrant de nombreuses tresses et répond à des dizaines de messages électroniques. Les sites pornographiques sont bloqués. Parsemant la ville, des vidéothèques proposent des films d?action en VHS et en VCD, des pièces de théâtre égyptiennes (Adel Imam semble plus populaire que Faouzia Aït El Hadj) et des CD de musique, dont les compiles Best of Chlef 2005 ou le dernier Réda Taliani. Le cinéma Tahat propose pour 80 DA de rares projections vidéo parfois douteuses, selon un jeune sous-lieutenant de la 6e région militaire. « Les loisirs pour certains militaires restent les femmes », poursuit-il. « Regarde là-bas, celle-là était la reine, elle fréquentait un haut gradé, maintenant elle a vieilli, sa cote est tombée. » La dame semble traîner avec difficulté son long hidjab couleur terre aux abords du site de l?Assihar. Un homme l?accoste. Ils se connaissent. Ils rigolent franchement alors que le soir tombe sur l?Ahaggar et l?ennui avec. C?est alors que la constellation des cafés s?animent. Des écrans de télés suspendu projettent des programmes musicaux occidentaux ou des films classiques de Henry Barakat aux clients attablés autour d?un thé ou d?un jus. Le flashage piraté de démodulateur est fort prisé. Mais cela concerne « ceux qui peuvent » se le payer. Les autres attendent que l?Etat lointain réfléchisse à créer une piscine municipale grâce aux 1000 milliards de dinars de budget d?équipement et surtout des emplois. Sakina est belle. Targuie révoltée de 20 ans à la peau blanche. Sa mère reçoit les invités dans la cour, allongée entre étoiles et thé. « Ma fille cherche depuis des mois un poste de travail. Elle a étudié, elle a suivi une formation professionnelle... Pour rien. » Le thé reste le meilleur des loisirs. Sinon, il faut monter à Djebila vers Gataâ El Oued, traverser des décharges sauvages et escalader une pente de rocaille pour s?abreuver des alcools fabriqués sur place. « Rien ne marche ici, à part la drogue et le diluant... Les consommateurs ne manquent pas », atteste un descendant de notables touareg. Mokrane, 24 ans, réceptionniste à l?hôtel Tahat (3300 DA la nuit sans télé ni douche), stresse à chaque soirée. « A part traîner dans un café, il n?y a rien. »
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