Souk-Ahras - A la une

Souk Ahras : le lion de Taghaste, entre grandeur et décadence Culture : les autres articles



Souk Ahras : le lion de Taghaste, entre grandeur et décadence                                    Culture : les autres articles
De toutes les versions qui ont apporté une explication étymologique au mot composé de la ville de Souk Ahras, celle qui associe la présence des lions dans cette partie du pays est la plus plausible.
Le mot arabe «souk» adopté par les populations berbérophones désignait le lieu où devait se rendre chaque semaine des commerçants de toute la région pour proposer vente de marchandises ou troc. «Aherras», signifie l'écho que produisaient les pas des lions traversant la rivière qui coupait en deux la cité. La mémoire collective et les récits épiques de la région conservent encore des dizaines de récits du terroir où cet animal occupe un rôle prépondérant. La plus répandue est celle de Sabra, une femme qui subjuguait par sa beauté et son allant et se permettait véhémence et dédain à l'égard des autres.
Délivrée in extremis des mains des brigands par un lion, Sabra ira raconter à sa famille la prouesse de l'animal mais ne put le ménager de cette médisance : «Le lion qui m'a sauvée a une très mauvaise haleine». Celui qui la suivait pas à pas pour la protéger d'une éventuelle récidive de ses assaillants n'était pas trop loin du logis. Il fit irruption et lui demanda de lui assener un coup de hache au milieu de la tête. Son bras frêle exécuta l'ordre après une réticence de sa part. Le roi de la forêt quitta la contrée et laissa celle qu'il avait sauvée d'une mort certaine méditer sur le préjudice.
De retour des années plus tard, il ira voir Sabra, point de plaie à la tête, et dit sur un ton solennel : «Ma blessure est pansée, celle provoquée par vos propos est encore béante et l'endroit, je n'arrive pas à le localiser dans mon corps.» Il la dévora. Dans les mémoires du docteur Rouquette, un officier qui faisait partie de l'une des premières expéditions de l'armée coloniale à Souk Ahras ainsi que dans le livre édité par Deyrand, la ville est présentée comme étant un bassin fortement boisé et riche en ressources hydriques. Le gibier était abondant, et le lion qui était presque domestique ne s'attaquait que rarement aux hommes à cause des autres animaux qui lui servaient de proies.
Leur peau étant prisée de l'autre côté de la Méditerranée, l'administration coloniale encouragea la chasse du lion par l'arrêté du 13 octobre 1852, tout en allouant des indemnités importantes pour chaque animal tué. Ce fut surtout Saïd Belkacem Ben Salah et le géomètre Betoulle qui se distinguèrent parmi les grands chasseurs de leur temps. Des dompteurs locaux ont été également sollicités par des cirques européens, et le dernier lion de Souk Ahras a donné des spectacles à Marseille jusqu'en 1911. Avec la montée d'un panarabisme surpolitisé en Algérie au début des années 1970 et l'apparition d'une volonté délibérée d'officialiser de la pensée les versions les plus extravagantes quant aux origines du nom de la ville ont été adoptées par des porte-plumes locales. Ces derniers ont puisé sans réserve dans le péjoratif et tenu à témoin une littérature coloniale raciste.
«Souk teksar erras» (marché casse-tête), «Souk Erras» (Souk principal), Souk Ahras (marché gardé), allusion faite à l'esprit de corps des tribus qui se rendaient en groupes au marché pour se prémunir contre les coupeurs de route... et autant d'autres appellations qui frisent le burlesque. La ville des lions n'est pas à ses seuls déboires, ses statues fétiches qui décorent la place de l'Indépendance, sculptées sur bronze, ont le dos perforé depuis une année et aucune partie officielle n'en fait un souci. Les conseillers en décor et les artisans qui viennent de réaliser deux nouveaux lions à l'entrée nord de la ville les veulent dormants. C'est là toute la symbolique d'une ville qui se meurt par manque de fierté.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)