Il est scandaleux
et pour le moins inadmissible de voir à quel niveau de dégradation est reléguée
la «Place de l'Indépendance» située en plein coeur de la ville. Appelée aussi
«place Thagaste», ou plus affectueusement «la placette», elle ploie depuis un
certain temps sous le poids bien lourd d'une présence encombrante et
franchement inacceptable de vendeurs ambulants qui viennent y étaler leurs
marchandises composées de bric et de broc. C'est dire jusqu'où peut mener la
démission jumelée à l'impunité qui sont hélas les deux attributs qui ressemblent
le mieux à nos gestionnaires expansionnistes à l'env. Les vendeurs occasionnels
ne se rassasient jamais, vous leur concédez, au nom de je ne sais quelle
stérile démagogie, un mètre, ils revendiquent bientôt dix, vous fermez un oeil
sur leurs dépassements, ils s'empresseront de vous éteindre l'autre pour agir
comme bon leur semble, et c'est ainsi que s'affiche publiquement et
sournoisement leur stratégie d'hégémonie.
En assistant
chaque soir, parce qu'à Souk-Ahras, à la tombée de la nuit tout ou presque
devient permis, au déferlement de dizaines de revendeurs munis de leurs armes
et bagages prêts au viol collectif d'un lieu hautement symbolique qui charrie
des décades d'histoire de la ville, on ne peut s'empêcher de crier sa colère et
son indignation face à cette sinistre entreprise de piétinement des valeurs
fondatrices de l'identité locale. Le kiosque à musique puant et morne à mourir,
implanté au beau milieu de «la placette», est continuellement harcelé par les
marchands de fripe et de bien autres produits hétérogènes. Les artistes, pour
qui il est normalement destiné, ne sont plus les bienvenus, ils passent
désormais pour des intrus qu'il s'agit de tenir éloignés des lieux. Et ils se
tiennent pour le moment gentiment à cette injonction.
Mais que diront
ceux qui ont connu Souk-Ahras et sa place de «l'Indépendance» sous de meilleurs
atours, qui ont le souvenir impérissable d'une ville vraiment sympathique,
accueillante et propre, à la vue de cette clochardisation déterminée d'un
espace si symbolique et si cher aux coeurs? Quelle réponse donner à ceux qui
s'interrogent pourquoi avoir toléré cette agression, cette insulte faite à la
mémoire des martyrs puisque le lieu se confond avec la finalité de leur combat,
l'indépendance ? Par quoi, enfin, justifier ce silence assourdissant qui émane
des autorités locales incapables, manifestement, d'intervenir pour préserver
les espaces à forte connotation historique des appétits des arrivistes qui ne
jouissent que par la violation de tout ce qui est règle, bon sens et
esthétique. Toutefois, la grande hantise c'est de voir ces pratiques d'un autre
âge se multiplier tout au long d'une campagne électorale qui sonne comme une
invitation à tous les excès à l'ombre d'un laisser-aller qui a déjà causé
énormément de torts. Une voix électorale vaut-elle, si on s'en tient à ce
raisonnement par l'absurde, toutes les voies de fait que nous font subir les
ennemis de l'ordre?
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Posté par : sofiane
Ecrit par : A Gatouchi
Source : www.lequotidien-oran.com