
Des cris envoûtants, venus du royaume de Saba, se sont levés, déchirant l'obscurité sous le ciel sombre de la ville de Timgad. Selamnesh Badume's Band a jeté un sort au public du festival de Timgad. Une voix qui transperce, des cuivres qui inspirent, une guitare électrique au son pénétrant et plus que tout, des rythmes ancestraux qui fusionnent aux sonorités contemporaines, subtil mélange d'airs mystiques et de modernité.Des rythmes presque invocateurs qui ont transporté la danseuse du groupe dans un lieu où seuls ceux qui s'abandonnent à l'inconscience sont admis. Elle était en transe, totalement habitée par l'esprit de sa reine antique ; l'esprit d'une femme sublime dont la beauté a traversé les siècles et les époques et dont la magie tentatrice n'a pas manqué de séduire un public toujours plus surprenant. En effet, très réactive au moindre geste, à la moindre variation vocale, l'audience a été totalement immergée dans l'ancien monde.Et quoi de plus adéquat que la cité romaine de Thmugadi pour cela. Souad Asla a, quant à elle, assuré le show, jeudi passé, lors de la 6e soirée du festival de Timgad. Elle était toute vêtue de blanc, tel un ange du gnawi, pour symboliser la paix à laquelle elle aspire, surtout en ces temps où les Ghazaouis meurent quotidiennement. Elle a interprété Salam en ouverture du bal, puis la chanson Zaouali à laquelle tout le public, bien qu'il fut en petit nombre, a totalement adhéré.Vint ensuite le temps de l'engagement avec son titre Marchandise. «Je suis engagée pour les causes auxquelles ma sensibilité humaine est touchée», nous a-t-elle déclaré. Arrivée à la chanson Baba Mimoune, l'âme gnawie s'est répandue sur scène. Sur les rythmes hérités du royaume des Soudane, elle aussi est entrée en transe. Souad Asla, au nom sucré, est bel et bien l'héritière du gnawi. Hassna El Becharia, en grande artiste, ne s'est pas trompée en transmettant le flambeau à un talent et un esprit purs.Sinon les spectateurs de cette soirée, jeunes pour la plupart, étaient venus écouter le rappeur, chantre de l'union du grand Maghreb version Numidie, Karim El Gang, venu de Souk Ahras : «Qu'attend-on pour unir les peuples du grand Maghreb ' Ces peuples qui partagent la même langue, la même religion et la même histoire peuvent réaliser tous les voeux», souhaite-t-il. Tout autant que lui, l'autre vedette du rap, Mister You, a également enflammé la scène.Solidarité, générosité et fraternité, trois mots qui décriront bien l'ambiance qu'il a créée en cette 7e soirée du festival. Une vraie ambiance de jeunesse a plané dans les gradins du théâtre. Plus de cinq mille spectateurs, pour la plupart des jeunes, se sont hâtés pour prendre les meilleures places afin d'être le plus près possible de la star de la soirée, Mister You. Le jeune rappeur franco-marocain, connu aussi en France pour ses démêlés avec la justice, a mis le public dans un état de complète frénésie.Dès son entrée sur scène, la tête entourée d'un keffieh en hommage au peuple palestinien, il reprend un titre du regretté Cheb Hasni, puis a enchaîné avec ses succès A toi et Emmène-moi. Son titre engagé United, qui parle de l'unité de l'Afrique du Nord, a conquis un public demandeur.Une fausse note dans la programmation a, par ailleurs, marqué la soirée : Nordine Allane, chanteur de chaâbi, s'est présenté devant un parterre surchauffé par les rythmes et qui en demandait davantage : «J'ai eu des difficultés à accrocher un public surchauffé», a-t-il avoué à El Watan. D'ailleurs, une partie du public a quitté les gradins lors de son passage.Les organisateurs gagneraient à mieux concevoir la programmation et tenir compte de ce genre de musique qui nécessite un minimum de calme. Notre artiste aurait préféré être programmé dans une salle qui capterait les adeptes du chaâbi. «Le public venu à Timgad cherche l'ambiance et bien que le chaâbi n'en manque pas, ça m'a été difficile de le retenir.»
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Sami Methni et Hanae Benflis
Source : www.elwatan.com