Les procès concernant les affaires de corruption des hommes de Bouteflika et sa clientèle se poursuivent. Hier au pôle pénal financier et économique près le tribunal de Sidi M'hamed s'est ouvert le procès, plusieurs fois reportés, de l'homme d'affaire Benfassih Mohamed dans lequel sont impliqués l'ancien Premier ministre, Ahmed Ouyahia et les deux anciens ministres des Transports et des travaux publics, Amar Ghoul et Abdelghani Zaalane en plus de trois anciens walis de Skikda ainsi que plusieurs anciens responsables nationaux et locaux.Karim Aimeur - Alger (Le Soir) - Dans cette affaire, les trois anciens membres du gouvernement et les trois anciens walis de Skikda sont poursuivis pour « abus de fonction », « conflit d'intérêts », « dilapidation de deniers publics » et « octroi d'indus avantages ». Elle concerne la vente de terrains relevant de domaine de l'Etat situés dans le tissu urbain de la ville de Skikda à des investisseurs à des prix en deçà de leur véritable valeur, et des concessions accordées à des investisseurs dont Mohamed Benfassih.
Ce dernier avait bénéficié d'un terrain de 25 hectares pour la réalisation d'un projet touristique et d'une licence d'exploitation d'un terrain de deux hectares au port de Skikda dans le cadre d'un investissement dans la transformation d'asphalte et des travaux publics. Des projets non réalisés. Dans le box des accusés, entouré par plusieurs éléments de la Gendarmerie nationale, on distingue Amar Ghoul et Abdelghani Zaalane, éprouvés par la multitude des procès dans lesquels ils sont cités. Ahmed Ouyahia, quant à lui, suivait par visio-conférence à partir d'Abadla (Béchar) où il est incarcéré le déroulement du procès en attendant son audition. Au cours de leur audition dans l'après-midi d'hier, les trois anciens hauts responsables ont nié les faits qui leurs sont reprochés.
« Vous êtes poursuivi pour abus de fonction, dilapidation de deniers publics et octroie d'indus avantages », lance le juge à l'adresse d'Ahmed Ouyahia. Ce dernier répond que l'instruction avec lui n'a pas été encore terminée lorsqu'il sera convoqué par le conseiller instructeur de la cour suprême comme « témoin » sur la base d'une lettre qu'il avait signée et qui visait à protéger foncier public suite à une plainte du ministère du Tourisme dans une affaire de foncier à Zéralda (Alger) qui était destiné à une promotion immobilière.
« Après mon transfère de la prison de Koléa vers la prison d'Abadla, à 1 100 km d'Alger, le contact avec ma défense est devenu difficile et je n'ai pas pu lire l'arrêt de renvoi », a-t-il ajouté. L'orateur dit que sa lettre était destinée à protéger le foncier étatique et rejette de ce fait l'accusation d'octroi d'indus avantages.
«Cette affaire concerne la gestion locale et je refuse l'accusation de dilapidation de deniers publics », poursuit l'ancien Premier ministre. Selon lui, l'expertise faite par le conseiller instructeur l'a déchargé de toute responsabilité.
Le juge appelle ensuite Amar Ghoul à la barre. Ce dernier précise que le dossier de Mohamed Benfassih et sa demande d'une assiette foncière au sein du port lui a été présenté deux mois après avoir pris ses fonctions de ministre.
« J'ai demandé au directeur du port de Skikda d'examiner le dossier. Il a établi un rapport et sur la base de ce rapport, le SG du ministère a donné son accord de principe. L'accord est donné suite au rapport du directeur du port et non sur instruction du ministre », a ajouté Amar Ghoul. Il a souligné que le rapport était positif et toutes les conditions étaient favorables. « Mais les engagements n'étaient pas respectés et la concession a été annulé », fait observer le juge. « N'organisez-vous pas des réunions avant d'accorder ces concessions surtout que la superficie est importante ' », interroge le juge.
L'accusé répond en affirmant que la mission du ministre était la supervision générale et que les autorisations relèvent des prérogatives du SG, insistant qu'il venait juste de prendre le ministère lorsque le dossier lui a été présenté.
Le procès se poursuit avec l'audition d'Abdelghani Zaalane. Ce dernier a affirmé qu'il connaissait Mohamed Benfassih, précisant avoir été entendu par le juge d'instruction pour avoir accordé une prolongation de deux mois à l'investisseur. « Le directeur du port m'avait adressé un courrier demandant la résiliation du contrat car l'investisseur n'a pas respecté ses engagements », poursuit l'ancien ministre, précisant avoir demandé l'application de la loi et le contrat sera annulé. L'accusé s'est dit innocent de toutes les accusations à son encontre.
Benfassih se défend sans convaincre
Dans la matinée, le juge a auditionné plusieurs autres accusés impliqués dans l'affaire. Les auditions ont commencé avec les anciens walis de Skikda qui ont rejeté les accusations à leur encontre, expliquant que les terrains attribués à Benfassih ont été attribués de manière légale et que l'objectif était de créer des postes d'emploi.
Benfassih avait bénéficié d'un terrain de 25 hectares pour la réalisation d'un projet touristique et d'une licence d'exploitation d'un terrain de deux hectares au port de Skikda dans le cadre d'un investissement dans la transformation d'asphalte et des travaux publics.
Ces projets d'investissement industriel et touristique ne sont jamais concrétisés ' « Pourquoi vous n'avez pas entamé les projets pour lesquels vous avez bénéficié de plusieurs terrains ' », demande le juge au principal accusé lors de son audition. D'une voix peu audible, Mohamed Benfassih évoque des entraves administratives et bureaucratiques.
« Pourquoi vous n'avez pas exploité le terrain obtenu au port de Skikda ' », le relance le juge et à l'accusé d'évoquer les mêmes raisons. « L'Etat vous a tout donné pour investir. Pourquoi n'étiez-vous pas à la hauteur de la confiance placée en vous ' Pourquoi vous n'avez pas investi ' », ajoute encore le président de la séance.
Cette affaire qui a éclaboussé plusieurs hauts responsables de la wilaya touristique de Skikda implique plusieurs autres accusés poursuivis pour trafic et détournement de foncier, dont trois anciens walis de cette wilaya, en l'occurrence Mohamed Derbali, Fouzi Belhocine et Derfouf Hadjri. Des cadres de l'agence nationale de développement de l'investissement, l'ancien SG du ministère des Transports, Ahmed Mouhareb, le DG de l'entreprise du port de Skikda, Laïdi Lemrabet, l'ancien directeur de le conservation foncière de Skikda, le directeur de l'agence de gestion et de régulation foncières urbaine, Cherif Boukerzaza, le directeur de l'urbanisme de la wilaya de Sétif et l'ancien directeur des domaines de Sétif, Nacerdine Khlefaoui, sont aussi impliqués dans l'affaire.
K. A.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Karim Aimeur
Source : www.lesoirdalgerie.com