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Sonatrach des années 1980 : décennie de crises et de transformation



Sonatrach des années 1980 : décennie de crises et de transformation
Le texte est un témoignage d'un ancien cadre de Sonatrach sur l'évolution de la compagnie pétrolière nationale durant la décennie 80.
J'ai choisi de parler de la décennie 1980 non pas seulement parce qu'elle a correspondu à une des périodes les plus intéressantes de mon parcours professionnel dans le secteur des hydrocarbures mais aussi et surtout parce que cette décennie de crises pour Sonatrach a été aussi celle de sa transition vers la maturité.
La décennie 80, décennie de toutes les crises pour le pays mais aussi pour Sonatrach, a été paradoxalement l'une des plus productives pour le développement de l'entreprise nationale des hydrocarbures. Cela reste valable même si la Sonatrach produit actuellement quatre fois plus que dans la période de la décennie 80.
D'abord les crises. Examinons celles que j'ai vécues en tant que cadre dirigeant de la Sonatrach, directeur de la Zone industrielle d'Arzew puis détaché comme conseiller auprès du ministre de l'Energie avant de diriger l'Entreprise nationale d'engineering pétrolier (Enep) créée à partir de la direction centrale engineering de Sonatrach. On peut commencer, au début de la décennie, par la crise découlant de la rupture des deux contrats El Paso : celui de la livraison de gaz et celui de l'exploitation du complexe de liquéfaction GL1.Z. Cette "bataille du gaz" avait nécessité, du fait de l'arrêt de la production faute de marché, la "conservation" et la "mise au cocon" du complexe. A partir d'Arzew j'étais bien placé pour savoir que cette opération était techniquement difficile et opérationnellement dangereuse.
Au plan commercial et juridique, cette crise avait été gérée au prix de dures et longues négociations avec El Paso et le département américain de l'Energie, conduites par Sadek Boussena. C'était un bras de fer qui devait finalement aboutir à l'indexation du prix du gaz sur celui du pétrole. Ensuite il y a eu la crise majeure de la "guerre des prix" de 1986 qui a eu comme conséquence d'assécher les capacités d'investissement de la Sonatrach y compris dans l'amont. Nous devons à l'histoire de rappeler, cependant, que l'arrêt des investissements dans l'aval avait été décidé et mis en 'uvre dès le début de la décennie (arrêt du plan de développement pétrochimique de Skikda, annulation des projets du GNL3 destiné au marché allemand et de la raffinerie de BéjaIa dont une partie des équipements étaient sur site).
Je garderai toujours en mémoire, en tant que membre de la délégation algérienne au Conseil ministériel de l'Opep de la dernière chance, tenu à l'hôtel Intercontinental de Genève, l'arrogante inflexibilité de Zaki Yamani, ministre saoudien du pétrole, qui n'a pas permis d'obtenir un accord. A la suite de quoi les cours du baril de brut sont descendus à moins de 10 dollars. Avec les conséquences que l'on sait pour l'Algérie.
A l'inverse, au titre des transformations majeures de cette décennie qui ont contribué à consolider durablement la Sonatrach, j'en vois deux pour ma part. D'abord la restructuration de la Sonatrach, qui a été un succès pour elle, malgré le traitement très insuffisant des problèmes d'endettement, de fonds propres et de trésorerie des 13 entreprises aval et parapétrolières issues de cette restructuration. Ainsi la Sonatrach efficacement "découpée" fin 1981, se déleste de ses activités aval (pétrochimie, engrais, raffinage, distribution) et périphériques d'accompagnement et de soutien (forage, travaux pétroliers, engineering) pour se concentrer sur son corps de métier. Ce projet de restructuration avait été conduit par Sid-Ali Boukrami, universitaire extérieur au secteur mais disposant de qualités de communication et de dialogue qui lui ont permis de mener à bien cette opération délicate avec l'appui et la large contribution des cadres dirigeants de la Sonatrach.
La deuxième transformation majeure qui va impacter profondément et durablement la Sonatrach est d'ordre institutionnel. Il s'agit de la loi 86-14 du 19 août 1986 qui définissait le nouveau régime juridique des activités de prospection, de recherche, d'exploration et de transport des hydrocarbures, d'une part et les droits et les obligations des entreprises exerçants ces activités d'autre part.
Les titres miniers ne seraient octroyés qu'à la Sonatrach qui exercera, pour le compte de l'Etat, le monopole des activités d'exploration et de production des hydrocarbures. Cette loi prévoit quatre formes d'association avec la Sonatrach qui détiendrait dans tous les cas 51% des participations au minimum. Deux d'entre elles ont été largement utilisées : l'association dite "contrat de partage de production" ou "production sharing contract" (PSC) et la formule d'association dite "contrat de service".
Les deux autres (association en participation sans personnalité juridique et société commerciale par actions) n'ont finalement connu que peu d'attrait.
Cette loi, élargie en 91 au gaz naturel découvert par Nouredine Aït Laoussinne, ministre de l'Energie, présente un bilan largement positif. Ceci à tel point qu'une décennie plus tard, l'Algérie a été en 1998 le premier pays découvreur d'hydrocarbures dans le monde.
Voilà ce qui m'est apparu le plus essentiel à retenir dans l'histoire de la Sonatrach pour la décennie 1980. Quant aux enjeux et confrontations politiques de la période, ils peuvent être traités ailleurs car ils n'ont pas, de mon point de vue, pesé structurellement sur le destin de la Sonatrach même s'ils ont influé à la marge.
M. M..
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