
Il était une fois trois frères, Oukil Mahmoud, Zidane et Ali, l'aîné, les trois fils de Mohamed ?l'Oukil' «tuteur » de la mosquée de Sidi Séïd de Oued Tanji, près de Oued Bibi.Avec leurs parents ils quittèrent, il y a plus d'un siècle, leur terres pour élire domicile à Skikda, qu'ils vont ainsi gratifier d'un indéniable pan de sa mémoire collective qui persiste à ce jour : le café Kahouat Belloukil. Ce café est resté pratiquement le même, et ce, depuis près d'un siècle. Les tables, la devanture, le comptoir, les chaises et même l'ambiance datent tous des années 1930. «On a juste prolongé le comptoir», témoigne Hocine Oukil, fils de Ali qui, en dépit de ses 84 ans, garde encore une mémoire toute fraîche. Il parle du café des siens comme on évoque une dulcinée : «Nos parents qui travaillaient dans l'exportation des primeurs, ont mis toutes leurs économies pour construire l'immeubles des Oukil et le café du même nom dans le quartier Zkak Arab (quartier arabe). La construction a été réalisée par deux entrepreneurs italiens, Ciscain et Taliasso. Le décor, les plans et même la voûte ?qobba' sont l'?uvre d'un architecte français dont j'ai oublié le nom. La faïence, identique à celle de l'hôtel de ville, c'est mon oncle, Zidane, qui est allé la ramener de Nabeul en Tunisie. Le café est aussi connu par les quatre fresques qui ornent ses murs. Elles sont l'?uvre de Joe Coustère qui, pour l'anecdote, ne travaillait que la nuit. Il les a peintes en 1938.»Ce café est aussi l'un des rares à utiliser encore le fameux percolateur, une sorte d'alambic qui donne au café un goût particulier. Pour en revenir à l'histoire de Kahouat Belloukil, «le chantier de l'immeuble et son café ont été achevés en 1938 mais le café n'a ouvert ses portes qu'en 1944», poursuit Hocine. En 1945, ces lieux allaient déjà être témoins des manifestations du 8 mai 1945. «Je me souviens encore du passage des manifestants Bachir Oukil, Mohamed Balaska, Kaaouane, Tabbouche et beaucoup de monde du Faubourg qui descendaient près du café», témoigne Aâmi Hocine, non sans émotion, ne parvenant même plus à retenir ses larmes.Harbi est passé par làLe nationalisme allait, depuis, coller à Kahouat Belloukil qui revivra d'autres faits d'armes. Le 20 août 1955, à midi, la ville s'embrase. Près du café, deux Skikdis sont liquidés : Karbèche et le marchand de glace, un parent du coiffeur Ahcène Bouhaja. «A cet instant on a vite fermé le rideau à la manivelle pour sécuriser plus de 70 personnes qui sont restées à l'intérieur du café où elles passeront la nuit d'ailleurs. Le lendemain, il nous fallait les faire sortir sans attirer l'attention des Français. Moi même et Taghnae Achour, avons décidé de les ?libérer' par binôme en leur faisant emprunter une souspente qui existe à ce jour et qui donne sur une autre sortie.»Le vieux Hocine rajoute d'autres faits : «Mohamed Harbi quand il était élève au lycée Tebessi, ex-Luciani, venait chaque dimanche au café. On s'arrangeait alors pour lui réserver une table à la soupente avec Belambri Rachid, Mohamed Boufafa, Salah Naoui et Majid Oukil. On parlait politique et des choses de la vie. Le café allait aussi devenir un lieu incontournable de la vie sociale et politique de Skikda. Vers l'année 1945 il a commencé à abriter les cérémonies religieuses de la Fatiha. Par la suite, la majorité des Fatiha des Moudjahidine se fera dans la ?Esseda,' soupente du café.» Même le club phare de Skikda, la JSMS, ex-JSMP, passera par ces lieux. «Quand le club gagnait des matchs, les joueurs venaient directement au café, qui était aussi un lieu où devaient se rencontrer les joueurs avant tout déplacement.»Aujourd'hui, soucieux de garder intacte la mémoire de leurs aïeuls, les héritiers entendent préserver cet héritage historique et sentimental, surtout. Hocine Oukil rassure : «On vient juste de réhabiliter le café et nous avons décidé de restaurer les quatre fresques qui représentent, à notre sens, un patrimoine et un véritable label des lieux.» Un geste à mettre à l'honneur des descendants des Oukil qui ?uvrent à préserver leur propre saga et? celle de Skikda avec.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Khider Ouahab
Source : www.elwatan.com