Skikda - Précarité

Réouverture de l’hospice de Skikda: Les personnes âgées reviennent à leur «maison»



Réouverture de l’hospice de Skikda: Les personnes âgées reviennent à leur «maison»




De l’extérieur déjà, on remarque le changement que vient de connaître le foyer pour personnes âgées de Skikda.

Le bâtiment, érigé en 1847 sur les restes du temple romain de Bellone, la déesse de la guerre dans la mythologie romaine, a carrément refait peau neuve. Et de l’intérieur? Sans rendez-vous et carrément à l’improviste, l’accord nous a été donné d’entrer et de visiter librement les lieux.

«Vous pouvez vous entretenir avec les vieux pensionnaires si vous le désirez», nous proposent des responsables.

Le foyer vient juste de rouvrir ses portes après plus de cinq années de fermeture et de travaux. Les pensionnaires, qui avaient été transférés vers Dar Errahma implantée à la cité Sicel, à l’autre bout de la ville, sont revenus réoccuper leur ancienne maison.

Tout pour humaniser les lieux

En arpentant le hall du foyer, on remarque rapidement les changements opérés. Tout, ou presque, a été refait. Le projet de réhabilitation enclenché il y a moins de deux années seulement, a apporté de belles touches de propreté.

«J’ai insisté pour choisir moi-même les couleurs des peintures. On voulait en finir avec ces habituels blanc et gris, impersonnels et froids. On a essayé d’apporter aux lieux une certaine fraîcheur», rapporte la directrice du foyer.

Au rez-de-chaussée, on est vite attirés par les agencements opérés au niveau de l’ancienne cour du foyer. On y a implanté un jet d’eau, des bancs, des espaces verts et on a même pensé à rajouter un plus. Un paon bleu et sa femelle, des canards d’eau douce et des lapins, laissés libres dans la cour, constituent une curiosité pour les résidents et humanisent même les lieux. Toujours au rez-de-chaussée, une cafétéria a été ouverte, en plus de deux salons de coiffure.

Mais l’agencement le plus signifificatif reste incontestablement l’aménagement à la place des anciennes geôles de l’hospice, de plusieurs salles d’eau.

«On a aménagé douze hammams individuels pour permettre aux pensionnaires de bénéficier de plus d’intimité», expliquera plus tard M.Hamitoche, Directeur de l’action sociale (DAS).

Au premier étage réservé aux femmes, les mêmes tons de propreté et du neuf sont présents. Les femmes pensionnaires des lieux sont certes les plus bruyantes et les plus exigeantes. Elles s’accordent cependant toutes à démontrer leur joie de retrouver leur ancienne demeure.

«Les pensionnaires avaient très mal accueilli leur transfert, en 2011, vers le centre de la cité Sicel. C’est vrai que les vieux ne voulaient pas quitter ce lieu. Il faut dire que certains vivent ici depuis les années 1950. L’hospice, c’est toute leur vie et c’est le seul gîte qu’ils ont connu. Ce lieu est leur unique repère. C’est leur chez eux», témoigne Mme Boukadoum, psychologue du foyer pour personnes âgées.

Des vies brisées

D’autres employées du foyer racontent que depuis leur délocalisation vers le centre de Cisel, les vieux pensionnaires n’arrêtaient pas de demander au personnel «quand est-ce que nous allons revenir à darna (notre maison)?», c’est-à-dire à l’hospice.

Cet attachement reste palpable aujourd’hui. Il suffit de visiter les lieux pour voir ces vieilles personnes aller et venir, comme si elles étaient chez-elles. Et elles le sont. De salle en salle, on y rencontre plein de destins et de tristes histoires. Des vies entières gâchées des fois par le hasard ou par des drames familiaux et souvent par des maladies ou des handicaps.

On y rencontre Zina, dont les parents étaient eux-mêmes des résidants à l’hospice où ils mourront d’ailleurs. On peine aussi à regarder Yamina, une vieille non- voyante qui vit à l’hospice depuis 1958. Elle se souvient même du temps où «Les Sœurs» géraient les lieux. Teffaha, Bornia, Mahbouba et d’autres vieilles femmes encore ont passé plus d’un siècle entre ces murs.

On y rencontre aussi des femmes lettrées que la dépression coupera de leur vie de famille. Chez les hommes, au rez-de-chaussée, on rencontre Kamel, toujours souriant comme s’il se moquait de ce destin qui le plaça un jour chez des parents adoptifs, avant de se retrouver à la rue et finir, ici, à l’hospice.

Il y a aussi Mohamed, un émigré qui garde encore son accent marseillais. Il avait été expulsé en 2005 vers l’Algérie et comme il n’avait aucune attache familiale, il a fini par trouver refuge ici. Des histoires de vies brisées, il en existe beaucoup à l’hospice.

«Nous avons 42 pensionnaires, dont 19 femmes. Nous venons juste d’aménager ici après notre passage au centre de la cité Sicel. Comme vous pouvez le constater, tout a été repris et cette réhabilitation nous permettra de travailler dans de bonnes conditions et permettra surtout à nos pensionnaires de bénéficier de plus de commodités», conclura la directrice du foyer.

Cette réhabilitation permettra également de préserver ce patrimoine. Il y a quelques années seulement, cette imposante bâtisse, perchée sur le flanc nord-ouest de la ville, allait tomber en ruine. Manque d’entretien aidant, l’hospice ressemblait plutôt à une immense masse spongieuse qui s’effritait de jour en jour. La toiture en lamelles, les gouttières éventrées et la boiserie imbibée des eaux pluviales rajoutaient à l’humidité des lieux.

L’opération de réhabilitation n’a pas seulement sauvé la bâtisse, mais elle permettra surtout de nous réhabiliter, nous-mêmes, avec notre propre humanisme qu’on a malheureusement tendance à oublier.


Photo: Les pensionnaires jouissent désormais de toutes les commodités

Khider Ouahab



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