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PÉTROCHIMIE



L'usine de vapocraquage d'éthane que compte construire Total en Algérie pourrait bénéficier d'un financement bancaire algérien à hauteur de 70% de l'investissement. Mais, si Total reste le principal prétendant à l'association avec Sonatrach, cette dernière n'a pas encore spécifié les modalités du choix du partenaire et la compagnie française pourrait perdre l'avantage de jouer en premier”'lyas Hallas - Alger (Le Soir) - L'assemblée générale de Sonatrach tenue le 28 décembre dernier a validé la décision du Conseil d'administration de la compagnie pour recourir aux banques algériennes afin de financer cinq de ses projets pétrochimiques qui seront réalisés en partenariat avec des compagnies étrangères. Ainsi, la réunion de l'assemblée générale, composée des représentants de la présidence de la République, de la Banque d'Algérie, du ministère de l'Energie et celui des Finances, a apporté une réponse à des projets qui traînent depuis des années, à l'image du projet porté par la compagnie pétrolière et gazière française Total, à savoir l'usine de vapocraquage d'éthane devant être implantée à Arzew dans la wilaya d'Oran. En effet, ce projet, qui a fait l'objet d'âpres négociations entre Total et Sonatrach et plusieurs missions d'officiels français pendant le mandat présidentiel de François Hollande – notamment de Jean-Pierre Raffarin, envoyé spécial du Président pour les relations économiques entre l'Algérie et la France –, dépêchés pour appuyer Total auprès des autorités algériennes, est retenu dans le plan de développement 2018-2022 qui vient d'être validé par l'assemblée générale de Sonatrach. «Il faut bien voir qu'il s'agit de projets particulièrement lourds. Pour le vapocraquage, il faut d'abord bien établir les conditions physiques, géologiques de la ressource en éthane, la localisation de l'extraction de l'éthane... Il faut aussi se mettre d'accord sur les paramètres économiques. Tout cela exige des études, des discussions. Il s'agit d'investissements d'une ampleur majeure créateurs de nombreux emplois qualifiés pour lesquels il faudra recruter et former les compétences, qui auront une durée de vie de plusieurs dizaines d'années», a estimé Jean-Pierre Raffarin le 23 novembre 2012 dans un entretien accordé à El Watan Weekend. Il a, donc, fallu six ans pour que ces questions techniques soient tranchées. Mais, contrairement au projet initial de cette usine de vapocraquage qui devait être lancé par Total en association avec Sonatrach et financé au prorata de leurs participations (49/51), il est prévu dans le plan de développement 2018-2022 de Sonatrach que cette usine soit financée par emprunts bancaires à hauteur de 70% de l'investissement qui avoisine les cinq milliards de dollars selon les estimations de Total. Or, c'est désormais Sonatrach qui porte le projet. L'usine est l'un des cinq projets pétrochimiques prévus en partenariat dans le cadre dudit plan de développement de Sonatrach. Il s'agit, outre le complexe vapocraqueur de Total, d'une usine de déshydrogénation du propane et production du polypropylène et le complexe de production de méthanol et dérivés à Arzew, une usine de production de l'acide téréphtalique purifié et de polyéthylène téréphtalate à Skikda ainsi qu'un complexe de pneus à Bouira. Aussi, le programme de développement 2018-2022 prévoit trois autres unités industrielles qui seront réalisées en effort propre, à savoir l'unité de production de l'éthylène et l'unité de production de l'alkylbenzène linéaire à Skikda et l'unité de production du Méthyl Tert-Butyl éther (MTBE) à Arzew. Dans ce contexte, il convient de rappeler que les négociations entre Total et Sonatrach au sujet du complexe vapocraqueur butaient sur le prix d'éthane que devait livrer cette dernière à la future usine. Total, qui avait accepté de se faire livrer ce gaz sur le champ de Hassi R'mel au lieu qu'à Arzew, lieu d'implantation de l'usine, voit ainsi ses chances de prendre place dans cet ambitieux programme pétrochimique de Sonatrach s'amenuiser.
Mais, si Total reste le principal prétendant pour cette usine qui va produire les alcènes destinées à l'industrie des matières plastiques, la compagnie pétrolière nationale n'a pas encore spécifié les modalités du choix du partenaire et la compagnie française pourrait perdre l'avantage de jouer en premier dans une compétition l'opposant à d'autres majors internationales de la pétrochimie.
Déclin de la production
Il convient enfin de souligner que ces investissements d'envergure interviennent dans un contexte où la production des hydrocabures décline dangereusement. Elle est passée de 197 millions de tonnes équivalent pétrole (Tep) en 2016 à 194.5 à fin de 2017 et devrait décliner davantage pour l'année en cours dont la production prévue est de 193.7 Tep. Pire, a-t-on appris de bonnes sources, l'exposé fait devant l'Assemblée générale de la compagnie, par le P-dg Abdelmoumen Ould Kaddour, fait état du détournement d'importants volumes de gaz destinés à la «réinjection» – qui vise à préserver la pression des gisements –, pour pouvoir tenir ses engagements à l'export. Ce sont 2.4 millions de Tep qui ont été prélevés en 2017 sur les cycles de réinjections de plusieurs gisements, notamment ceux de Hassi Messaoud, Hassi R'mel et Rhourd El Baguel. Et, cet arbitrage fait par le management de Sonatrach, qualifié de «massacre» par un ancien responsable de la compagnie qui a requis l'anonymat, maintient ces prélèvements pour l'année 2018 qui verra 2.5 millions destinés à la réinjection qui seront réorientés à la vente. Un état de fait qui pourrait déséquilibrer irréversiblement les gisements ainsi agressés.
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