Skikda - A la une

"Pas de vacances tant que la bande est en place"



Beaucoup de Constantinois ont sacrifié leurs vacances, préférant consacrer, y compris leurs journées de repos, à la cause qui unit les Algériens depuis le 22 février dernier.Le 23e acte des marches populaires du vendredi n'a pas dérogé à la règle. Les Constantinois sortent en masse pour dire leur rejet du système politique en place autant que ses initiatives qui font abstraction de la volonté populaire. "La hiwar la hiwar, errahil houa el-karar" (Pas de dialogue sans le préalable de votre départ), voulaient-ils dire.
Un slogan scandé à tue-tête par les milliers de marcheurs rassemblés derrière le mot d'ordre en vogue depuis plusieurs semaines déjà : "Dawla madania, machi âaskaria." Une marche qui s'est déroulée sous un soleil de plomb et une température dépassant les 42°C. Traditionnellement, la ville du Vieux Rocher se vide de ses habitants en cette période de l'année, de surcroît durant les week-ends. Canicule oblige, même les moins nantis se débrouillaient, quand même, pour passer de bref séjours en bord de mer, sur les plus proches plages de Skikda, Jijel ou Collo. Autres temps, autres m?urs.
En cette époque de révolution, beaucoup de Constantinois ont sacrifié leurs vacances, préférant consacrer, y compris leurs journées de repos, à la cause qui unit les Algériens depuis le 22 février dernier.
Une sorte d'addiction au rendez-vous hebdomadaire du vendredi s'est emparée de la population cirtéenne qui ne compte pas lâcher prise tant que les objectifs du hirak demeurent en suspens. À la retraite depuis quatre années, Noureddine a pris l'habitude d'être fixé sur son programme de vacances qu'il passe chaque année en famille, dès le mois de mai.
Cette fois-ci, il n'y a même pas pensé, et quand il a eu l'idée d'évoquer le sujet avec ses enfants, il a été surpris par la réaction de ces derniers. Sa fille Nada, témoigne-t-il, lui aurait même déclaré : "Pas de vacances tant que le gang est en place." Du haut de ses dix-sept ans, elle a rarement raté une marche du vendredi. Tantôt à côté de son père, parfois en compagnie de son frère Réda pour battre le pavé, elle passe le restant des jours à réfléchir à la pancarte qu'elle va porter pendant la marche.
Ingénieuse, son écriteau constitue souvent une attraction pour les autres marcheurs qui le prenne en photo et que l'on retrouve fréquemment sur les réseaux sociaux. Un engagement que son paternel ne regrette pas pour autant car, dit-il : "Si je n'ai plus rien à espérer de cette vie, l'avenir leur appartient (ses enfants, ndlr), à eux et aux millions de jeunes que le pouvoir a sacrifiés sur l'autel de l'affairisme, des spoliations et des détournements de deniers publics." Et c'est quasiment en larmes que Nourredine ajoute : "Imaginez un pays comme l'Algérie... S'il était entre de bonnes mains, avec ce qu'il recèle comme richesses, jeunesse et compétences, nous serions devenus aujourd'hui une référence en tout point de vue pour le monde entier. Hélas, notre indépendance a été confisquée au lendemain du 5 Juillet 1962 par un colonialisme d'un autre genre qui poursuit, jusqu'à aujourd'hui, son ?uvre destructrice. C'est pour cela qu'il ne faut pas rater la chance historique du soulèvement du 22 février 2019 ni abandonner le combat à mi-chemin, car les résidus du système politique pourri qui nous a conduits à cette situation sont toujours au pouvoir." Il poursuit : "Le dialogue prôné par Bensalah n'a aucune chance d'aboutir, le peuple n'est pas dupe et sait que toute crise finit par un dialogue, et c'est justement pour cette raison qu'il a posé dans ses revendications des préalables sans lesquels il ne lâchera pas la rue. On ne dialogue pas avec les responsables du chaos qui veulent se régénérer en escamotant la révolution."
Kamel Ghimouze
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