Skikda - Mohamed Harbi

Mohamed Harbi (1933-2026) : Un parcours de militant à historien de la Révolution algérienne



Mohamed Harbi (1933-2026) : Un parcours de militant à historien de la Révolution algérienne

L’historien et ancien moudjahid Mohamed Harbi s’est éteint le 1er janvier 2026 à Paris, à l’âge de 92 ans, des suites d’une infection pulmonaire. Sa disparition marque la fin d’une vie dédiée à la lutte pour l’indépendance de l’Algérie, puis à une analyse lucide et courageuse de son histoire contemporaine. Acteur engagé de la première heure, il est devenu l’un des intellectuels les plus prolifiques et honnêtes, refusant toute compromission avec les pouvoirs autoritaires.

Des débuts précoces dans le militantisme

Né le 16 juin 1933 à El Harrouch (près de Skikda), dans une famille aisée de notables ruraux, Mohamed Harbi grandit dans un contexte de réveil nationaliste. À 15 ans seulement, en 1948, il adhère au Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) de Messali Hadj. Étudiant à Paris, il poursuit son engagement au sein de l’Association des étudiants musulmans d’Afrique du Nord et soutient la création du Comité révolutionnaire d’unité et d’action (CRUA), prélude au Front de libération nationale (FLN).

Durant la guerre d’indépendance (1954-1962), il occupe des postes clés au sein du FLN et du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), participant aux débats idéologiques et aux missions diplomatiques.

L’indépendance et la rupture avec le pouvoir

Après 1962, Harbi devient conseiller du président Ahmed Ben Bella et intègre son cabinet. Marxiste convaincu, il défend une ligne progressiste et tente de résister à la dérive autoritaire naissante. Opposé au coup d’État de Houari Boumediene en juin 1965, il entre en dissidence. Arrêté, il passe plusieurs années en prison, puis en résidence surveillée.

En 1973, il s’évade spectaculaire et s’installe en France, où il entame une carrière universitaire à l’université Paris-VIII (puis Paris-Descartes et Paris-Diderot). Professeur émérite, il forme des générations d’historiens.

Une œuvre historiographique monumentale

Dès les années 1970, Harbi rompt avec la narration officielle en publiant des ouvrages critiques fondés sur des archives et des témoignages internes. Parmi ses livres majeurs :

  • Aux origines du Front de libération nationale (1975)
  • Le FLN, mirage et réalité (1980)
  • Les Archives de la révolution algérienne (1981)

Suivis de Une vie debout (mémoires, tome 1, 2001) et d’autres analyses sur l’islamisme, le nationalisme et les impasses postcoloniales.

Ses travaux déconstruisent les mythes du FLN, révélant contradictions et dérives autoritaires, tout en protégeant les consommateurs d’une histoire instrumentalisée. Malgré les menaces (de services algériens, islamistes ou extrémistes français), il reste fidèle à une approche rigoureuse et indépendante.

Un legs pour les générations futures

Mohamed Harbi incarne l’émancipation des tutelles idéologiques, comme le soulignent de nombreux hommages. Intellectuel libre, il inspire par son courage et son honnêteté. Son œuvre reste une référence essentielle pour comprendre les espoirs et les échecs de la Révolution algérienne, invitant les nouvelles générations à une mémoire critique et apaisée.

Qu’il repose en paix. Son parcours, de militant révolutionnaire à historien dissident, continue d’éclairer le chemin vers une Algérie plurielle et démocratique.


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