Skikda - A la une

"Les tensions sur certains médicaments sont récurrentes"



"En Algérie, les ruptures et les tensions sur certains médicaments ont toujours existé, surtout au niveau des officines, en raison d'interdictions à l'importation et qui, normalement, doit être compensée par la production locale. En matière d'importation, il y a aussi le problème du monopole pour certains produits, tel le Sintrom, un anticoagulant, et dont la licence a été donnée à un seul importateur", a déclaré, à Liberté, Khalil Barkat, secrétaire général du bureau national du Syndicat national des pharmaciens algériens agéées (SNPAA).À ce propos, ce SG a signalé qu'il y a aussi la vente concomitante de médicaments qui est exercée par les distributeurs. "À titre d'exemple, le distributeur vous dit que si vous faites une commande de 100 000 DA, je vous donne 10 boîtes en plus. Cette situation a été constatée avec les anticoagulants pour le traitement de la Covid, nous avons alors saisi le ministère de l'Industrie pharmaceutique. Ce dernier nous a confirmé qu'il est disponible et en quantité suffisante."
Sur ce volet, Khalil Barkat a indiqué que la pénurie s'étale dans le temps, et qu'à chaque fois, elle touche un produit. "D'ailleurs, le ministère de l'Industrie pharmaceutique a installé l'Observatoire national contre les tensions et les ruptures de stocks dont notre syndicat est membre.
Dès lors, le ministère a imposé aux importateurs et distributeurs qu'ils communiquent l'état hebdomadaire des stocks de médicaments. En ce qui nous concerne, en tant que pharmaciens, nous signalons chaque rupture de stock." En ce sens, il a souligné que le SNPAA a développé une application mobile pour les pharmaciens d'officine qui s'appelle Med-rupture.
"À travers ce système, on engage les pharmaciens pour qu'ils nous déclarent, via leur téléphone, les produits sous tension ou en rupture de stock, afin de les communiquer au ministère de l'Industrie pharmaceutique. Notre syndicat a également revendiqué l'installation d'un centre national indépendant des statistiques, pour recenser notamment le nombre de diabétiques sous insuline, de cancéreux, etc. Et ce, dans le but de maîtriser l'importation des médicaments. On doit aussi procéder à l'installation des stocks stratégiques, ce qui est défini dans la loi 18-11."
Dans le même sillage, Khalil Barkat a indiqué que le pharmacien d'officine est actuellement exposé à des poursuites pénales à la suite d'une erreur de gestion dans la dispensation des psychotropes à cause de la confusion qui a été maintenue dans le nouveau décret 21/196 du 11 mai 2021 sur les psychotropes et les stupéfiants.
"Dès le départ, notre syndicat a été contre l'élaboration, la promulgation et l'application de ce texte qui a remplacé le décret 19/379 du 31/12/2019. D'ailleurs, nous avons organisé une journée nationale à Skikda lors de laquelle, nous avons exposé notre position avec des réserves et des propositions concernant la révision et l'application de ce texte."
À ce propos, notre interlocuteur a précisé que le décret 19/379 de décembre 2019 portant sur la gestion sécuritaire et administrative des psychotropes prévoit la création d'un organisme de régulation et de contrôle à l'échelle nationale et locale avec des prérogatives spécifiques, alors que cet organisme existe déjà dans le décret 19/90 (art. 5) qui définit les missions de l'Agence nationale du médicament.
"Donc, cela nous amène à deux organismes différents avec les mêmes missions. Aussi, il y a la charge supplémentaire générée par l'application de ce nouveau décret et qui va rendre l'accès très difficile aux médicaments psychotropes coprescrits aux traitements spécifiques des malades atteints de pathologies chroniques."
Dans cet ordre d'idées, Khalil Barkat a signalé que la plupart des malades atteints de troubles mentaux se soignent en dehors des asiles psychiatriques et que l'internement est devenu l'exception, puisque la camisole de force, utilisée jadis, a été remplacée par les psychotropes, qui inhibent la tendance à la violence du malade. "Donc toute perturbation dans l'accès à ces médicaments engendrera des actes de violence et une atteinte à l'ordre public."
Et de rappeler que des propositions ont été soumises lors de la rencontre de Skikda, notamment la dépénalisation de l'acte de gestion pharmaceutique et, particulièrement, la dispensation des psychotropes.
Notre interlocuteur préconise de lever les confusions dans la réglementation régissant les modalités de dispensation des psychotropes et de garder le système des ordonnances à souches uniquement pour les stupéfiants.
Il recommande aussi de procéder à l'installation de nouveaux organismes de contrôle, surtout que cette mission est attribuée à l'Agence nationale du médicament, à la publication par voie d'arrêtés de la liste des psychotropes reconnus par l'OMS et à l'adoption d'une solution informatique en numérisant l'ordonnance et en s'inspirant du système Chifa.

A. BOUSMAHA
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