
Le corail rouge peuple le littoral algérien depuis des milliers d'annéesEspèce menacée de disparition par la prédation de l'homme, le corail sera bien pêché suivant des règles strictes.Après 16 ans d'interdiction, la pêche du corail va reprendre vers la fin de l'année, mais sous l'encadrement d'une réglementation plus stricte et de nouveaux modes d'organisation. Désormais, cette activité extrêmement lucrative, mais très nuisible à l'environnement sera régie par une batterie de mesures qui protègeront l'espèce menacée d'extinction.Les exploitants de concessions accordées par l'Etat seront soumis à l'obligation de respecter les cycles biologiques de l'animal marin et le chasser uniquement dans des zones précises et durant un temps donné.L'exploitation d'un site ne saurait dépasser cinq ans et les bénéficiaires agréés par l'Etat devront se suffire d'une année de chasse seulement. Le périmètre sera ensuite fermé pendant une durée d'au moins 20 ans.La production totale sera limitée à 3000 kilogrammes par an. Elle sera répartie sur deux zones, l'une située dans la wilaya d'El Tarf où activent 30 concessionnaires et l'autre comprend les wilayas de Skikda et Jijel que se partagent 30 autres cultivateurs. Les ports de débarquement désignés pour recevoir la récolte sont El-Kala (El Tarf), Annaba, Boudis (Jijel), Béjaïa, Stora (Skikda), Dellys (Boumerdès) Ténès (Chlef), Mostaganem et Beni Saf.Sur place, les garde-côtes assureront le contrôle des documents et mettront sous scellés les cageots du corail pêché. L'Agence nationale du développement durable, de la pêche et de l'aquaculture en coordination avec l'Agence nationale pour la distribution et la transformation de l'or et des métaux précieux (Agenor) prendront ensuite le relais pour établir les attestations officielles garantissant l'obtention légale du corail brut et semi-fini. Ces documents permettront également d'identifier les concessionnaires, le périmètre d'exploitation, le navire corailleur, le transformateur, les quantités commercialisées et transformées. Les certificats mentionneront en outre les noms des plongeurs spécialisés dont le nombre est de 136 et en dehors desquels les prises seront considérées illégales.Prix élevéL'Agenor qui relève de l'industrie et des mines achètera ensuite 70% de la moisson et la revendra aux artisans et aux transformateurs à travers le territoire national.Classé par le Centre national de développement des ressources biologiques dans la liste des espèces animales et végétales en voie d'extinction, le corail rouge est toutefois toujours menacé.Cet animal dont la croissance annuelle ne dépasse pas quelques millimètres est attaqué par une maffia de braconniers et de trafiquants qui le détruit sauvagement, dans l'anarchie.Son prix élevé sur le marché international et son accès relativement facile l'a transformé en produit de contrebande transfrontalier. Avec une cote de 1000 à 1500 euros le kilo et même beaucoup plus pour certaines variétés, ce précieux être vivant ouvre grand les appétits criminels.Montés sur des zodiacs, de petites barques ou à bord de chalutiers, des dizaines et des dizaines de malfaiteurs partent chaque jour à son assaut et le cueillent en utilisant des moyens radicaux.La Croix de St-André, cette arme dévastatrice fabriquée à l'aide d'un morceau de fer massif rattaché à une corde, racle les fonds jusqu'à une profondeur de 80 mètres détruit les plants sans méthode. La dynamite est également utilisée contre cette richesse qu'elle démolit et endommage son environnement sur des kilomètres à la ronde.Le butin ainsi ramassé prend ensuite le chemin de la Tunisie puis l'Italie pour inonder l'Europe et le monde entier.On comprend pourquoi les nouvelles dispositions du ministère de l'Agriculture, du Développement rural et de la Pêche nécessitent la participation des ministères de la Défense, des Finances, des Transports, du Commerce et de l'Environnement.Une catastrophe inégaléeCe trafic, en effet, met en danger l'économie et même la souveraineté nationales tout en privant le Trésor public de rentrées supplémentaires qui, en temps de crise, cherche à augmenter ses recettes et diminuer ses dépenses.Sauf que la plus grande perte est celle liée à l'écologie.Le corail rouge peuple le littoral algérien depuis des centaines de milliers d'années et le voir disparaître sous nos yeux en l'espace de quelques décennies constitue une catastrophe d'une ampleur inégalée.Ce magnifique organisme vivant, qui fait partie de la famille des Cnidiaires à croissance très lente, habite dans les fonds rocheux ombragés de la Méditerranée et l'Atlantique oriental à des profondeurs allant de 5 à 700 m. C'est un squelette calcifié qui entre dans la confection de bijoux traditionnels ou modernes auxquels il donne un cachet si particulier.«Sciaphile», c'est-à-dire qu'il aime l'ombre, il reste à l'écart de la compétition avec les organismes tels que les algues et préfère se nicher dans les grottes ou les petites cavités se nourrissant de particules en suspension transportées par les courants marins.Le corail rouge peut former un décor splendide qui atteint parfois plus de 600 colonies par m2.Il a peu d'ennemis hormis l'homme, une petite crevette répondant au joli nom de «Balssia gasti» et un petit mollusque gastéropode, le «Pseudosimnia carnea». Il subit par ailleurs l'attaque de corps foreurs comme les éponges «Cliones» qui sont la principale cause de sa mortalité naturelle et supporte mal les températures supérieures à 27 °C.En résumé, le corail qu'il soit rouge ou albinos est un vieil habitant de l'Algérie qu'il faut respecter et admirer pour sa beauté ainsi que pour son utilité à la nature. Ce n'est pas uniquement un parement ou un composant utilisé dans le sertissage de bijoux, mais une partie essentielle de la faune algérienne que l'Unesco a mise sous sa protection.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mohamed BADAOUI
Source : www.lexpressiondz.com