
A elle seule, l'île représente un important écosystème où niche une faune des plus riches de la région.Même si elle reste relativement méconnue du grand public, elle n'échappe malheureusement pas pour autant aux graves atteintes qu'elle subit, aussi bien de la part des braconniers du corail que des plaisanciers avides. La dernière proposition de l'Association des marins pêcheurs de Collo de classer la Figurine et ses alentours en «Aire marine protégée» (AMP)est venue à temps tirer la sonnette d'alarme en vue de préserver ce qui reste de la biodiversité des lieux.L'île fait partie d'un long chapelet d'îlots et de rochers longeant la côte ouest de Skikda et s'étendant de l'îlot des Singes, de Stora, jusqu'au Cap Erded, dans la commune de Kerkera plus à l'ouest. Se détachant de ses eaux sur une hauteur de près de 40 mètres, elle s'étend sous une forme presque conique sur 2,7 ha.C'est la seconde île de la côte ouest skikdie, en termes de superficie, après l'île Srigina. Elle se place en marraine au milieu d'un golfe dessiné par le cap Ras Bibi, à l'est, et à l'opposé, par le cap Ras El Aoud (cap du cheval), de Kerlera. Cet emplacement lui permet de faire face à trois plages, Oued Bibi, Ghabet Ettefah et Zakkor, toutes les trois entrelacées sur près de 8 km par d'interminables falaises donnant sur des sites terrestres mondialement connus, pour avoir abrité de grandes mines de zinc du temps de la colonisation.L'île n'est qu'à 4 km de la plage Oued Bibi et paraît nettement plus proche à partir de la plage Zakkor (tronc perdu, en berbère). De cette dernière, on voit d'ailleurs se prolonger derrière l'île «les Deux Frères» deux autres îlots que certains appellent «les Fradels», alors que d'autres connaisseurs des lieux les désignent sous leur ancienne appellation «Les Fradders».L'île aux six nomsContrairement aux autres îlots de la côte skikdie, cette île reste l'unique à disposer de plusieurs appellations, six au total. A Skikda, on l'appelle «La Figurine». Une dénomination qui serait d'origine maltaise, pensent quelques autochtones, liant ainsi cette hypothèse au fait que la flore de cet îlot soit essentiellement constituée de figuiers de Barbarie. Selon leurs explications, l'appellation «Figurine» serait une déformation phonétique de figuier.A ce propos, les riverains rapportent aussi que les figues de Barbarie poussant sur cet îlot sont dépourvues d'épines. Un fait authentique, mais qui serait a priori due beaucoup plus à l'effet des vents marins qui dénudent ces fruits de leurs piques. Les traces d'une autre dénomination plus proche de la «Figurine» est mentionnée dans plusieurs ouvrages relatifs à la monographie de la côte skikdie où elle est identifiée sous l'appellation "La Figarine". Et ce n'est pas tout.Des cartes d'état-major datant de 1918 identifient l'île sous l'appellation "Rahbet Ettefah" (l'aire des pommiers). Un fait qui s'explique par les données naturelle propres à ces lieux, puisque l'île donne sur lieu-dit Ghabet-Ettefah (Bois des pommiers) à l'ouest de Oued Bibi. D'autres cartes contemporaines désignent cependant cette même île sous le nom de "Kalaat Sidi-Saadoune"(La tour de Sidi Saadoune) bien qu'il ne figure aucun mausolée de saint patron portant ce nom dans la proximité de cette région.Dressée sur un immense gouffre !Pour leur part, les marins pêcheurs de Collo désignent l'île sous deux autres appellations. «Certains l'appellent 'M'ta' et d'autres, 'Legu'zira'», témoigne Mohamed Fawzi Berjem, président de l'Association des marins pêcheurs de Collo. Que signifient ces deux appellations ' M. Berjem, dira que le mot ?M'ta' se rapprocherait dans son sens du dialecte local signifiant ?aigu'.Il semble qu'il aurait été donné à ce rocher vu sa forme pointue. «Pour l'appellation ?Legu'zira', qui est la plus utilisée par les marins de Collo, elle ne serait qu'une simple déformation du mot arabe El Jazira (l'île)», estime M. Berjem. Mais «la Figurine» ne se caractérise pas uniquement par la multitude de ses patronymes. Elle représente aussi une authentique curiosité naturelle. L'île, toute ronde, semble en effet se reposer sur les limites d'un immense abîme marin.Selon Lyazid Boulehbal, président du club subaquatique «Rhumelunder water» de Collo, la profondeur de l'île ne dépasserait pas les 20 m, mais en allant vers la pleine mer, il suffirait de s'en éloigner de quelques dizaines de mètres pour se retrouver directement à plus de 80 m de profondeur. Le plus étonnant, c'est que cette disparité ne se fait pas crescendo, comme on aurait tendance à l'imaginer, mais plutôt d'une façon abrupte. On passe en effet de 20 à 80 m à presque à pic. «Nos plongées dans ces eaux nous ont, en effet, permis de relever que les assisses de l'île font partie d'une longue chaîne rocheuse sous-marine, qui va de ces lieux jusqu'aux îlots les Fradels.Les versants nord de cette chaîne se caractérisent, il est vrai, par une impressionnante profondeur», rajoute M. Boulehbal Cette situation, pour le moins insolite, semble avoir contribué à faire de cette île un haut lieu de la biodiversité. Très riche en corail concentré, essentiellement sur des profondeurs assez importantes, l'île a servi au début des années 1980 de débarcadère naturel aux plongeurs italiens et français, qui exploitaient légalement des concessions de corail dans les parages. Aujourd'hui, les bandes de coraux sont carrément vandalisées par des plongeurs véreux.Le Phoque-moine et la tortue de mer aperçus !En plus du corail, MM. Boulehbal et Berjem citent d'autres richesses faunistiques, comme le mérou, présent sous plusieurs espèces, l'abadèche, le loup, la dorade, etc., pour ne citer que quelques espèces dites, sédentaires. Cette richesse n'échappe pas, elle aussi, au même vandalisme.L'île est en effet devenue un haut repère de pêche aux chasseurs et aux plaisanciers, qui, dans la réalité, ne sont que des pêcheurs avides qui infestent ces eaux et pratiquent une pêche intensive, dénudant ainsi les eaux de tout ce qui nage. Mais nos interlocuteurs insistent, tous deux sur l'éventuelle présence dans les eaux avoisinant l'île de quelques sujets de phoque moine, ainsi que la réapparition des tortues marines.Selon M. Berjem, qui reste l'un des plus anciens marins pêcheurs de Collo la présence des tortues a été confirmée par plusieurs marins. «Il n'y a pas longtemps encore, une tortue, qui dépasserait les quatre quintaux, a été aperçue non loin de Oued Tanji, à moins de 3 km à l'est de l'île. Pour le phoque moine, qui, dans un passé récent, pullulait dans ces eaux, il a subitement presque disparu. Aujourd'hui, il arrive de temps à autre que nos pêcheurs nous fassent part de la présence d'un ou de deux sujets», chose qu'appuie M. Boulehbal, en ajoutant que ces deux espèces font des apparitions furtives non loin des grottes de Oued Tanji.L'outarde Houbara a quitté l'île !Côté terrestre, «la Figurine» accueillait il y a quelques années seulement et de façon régulière les ornithologues de l'est du pays, qui venaient étudier les espèces d'oiseaux qui y vivaient. Aujourd'hui, l'île a tendance à se vider de ses propres oiseaux. «Ici et en plus des oiseaux marins habituels, nichaient plusieurs espèces de l'outarde Houbara, en plus d'une multitude d'autres oiseaux dont je ne connais pas le nom.L'île était quasiment un immense nid», témoigne M. Berjem. M. Boulehbal rajoutera que ces dernières années, on assiste à un inquiétant phénomène de braconnage, «en dépit de l'accès difficile à l'île, des gens y grimpent pour emporter tous les ?ufs qu'ils trouvent. Avant, les oiseaux y nidifiaient en toute quiétude. Il nous est même arrivé de retrouver sur cette île des ossements de rongeurs que les oiseaux chassaient plus loin et ramenaient pour nourrir leurs oisillons».Ce massacre mené contre les richesses naturelles d'une côte pour le moins féerique a fini par faire réagir les professionnels de la pêche de la ville et de la société civile de Collo, qui sont venus proposer d'engager une réflexion sur la nécessité d'encourager les pouvoirs publics à faire classer l'île et ses environs en «Aire marine protégée».«La richesse ne se limite pas à l'île, mais à l'ensemble de la région incluant Oued Bibi, Oued Tanji, Zakor, Ben Zouit», dira M. Berjem, l'initiateur de la proposition. Ce dernier rapporte même l'existence d'une espèce de singe totalement différente du singe magot, qu'on retrouve à Jijel et à Béjaïa. Il affirme même que ce singe, plus imposant par sa taille et sa carrure, vit dans les bois de Ghabet Ettefah et dans les maquis de Oued Bibi. Mais c'est là une toute autre histoire qu'on vous racontera une autre fois.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Khider Ouahab
Source : www.elwatan.com