Skikda - Revue de Presse

De malheurs en désillusions



De malheurs  en désillusions
Ouarda est la mère de quatre enfants. Elle a fui l'horreur et les bombardements israéliens pour se retrouver, avec ses enfants, dans un enfer bien skikdi. Mélangeant parler palestinien et accent chuintant, typiquement skikdi, elle raconte son histoire : « Nous vivions l'horreur des bombardements israéliens quand nous avons eu vent de l'appel lancé par Bouteflika en direction des familles algériennes vivant à Ghaza, qui voudraient regagner l'Algérie. Aussitôt mon mari, palestinien, a décidé de nous faire sortir de l'enclos qu'était devenue Ghaza. Tout s'est passé pour le mieux, et après un bref transit par le territoire égyptien, nous sommes parvenus, mes enfants et moi, avec six autres familles algériennes à atterrir à Alger. Mon mari a été empêché par les autorités égyptiennes d'embarquer avec nous. A Alger déjà, nous avons eu à faire face à l'absence des autorités. Sans pécule consistant et ne sachant où aller, je me suis rabattue sur un hôtel algérois. Une amie a également accepté de m'héberger pour une nuit ; j'ai ensuite contacté le consulat palestinien qui a finalement accepté de m'accorder 8 000 DA, un argent que j'ai utilisé pour regagner Skikda ». Ouarda, qui en a vu d'autres, n'est nullement le genre de femmes à se plaindre ni à se complaire dans les jérémiades.Ayant fait l'université algérienne des années 1980, elle semble comme immunisée contre les aléas de la vie. Diplômée en philosophie, elle sait de quoi elle parle, donnant a priori l'impression d'avoir été élevée dans le pur esprit avant-gardiste d'une Algérie aujourd'hui si lointaine. Avec une amertume qui cache mal de douloureuses et vieilles blessures, elle continue : « J'ai dû trimballer mes quatre enfants jusqu'à Skikda, et une fois arrivés, nous nous sommes rendus à la demeure de mon père à la rue Louzat, près de la gare routière de la ville ». Ce que Ouarda n'ose pas dire, c'est que son père habite encore, tout comme des milliers de Skikdis, un gourbi qui vient en amont de Bouabbaz, l'une des favelas locales. Sans renier les lieux qui l'ont vu naître et grandir, elle poursuit sa narration : « Je ne voudrai pas rajouter au malheur de ma famille, le gourbi familial abrite déjà mes parents en plus de mes deux frères et leurs enfants ; je suis enceinte et j'ai quatre gosses, mon frère en a autant, et on ne peut vivre tous dans cette situation.Deux de mes enfants ont été pris en charge par une parente qui habite à Hammadi Krouma, et le personnel d'une école de cette commune nous a vite pris en sympathie en facilitant leur inscription ; aujourd'hui ils sont scolarisés. Mes deux autres enfants, encore petits, sont avec moi ». Ouarda parle de l'Algérie comme d'un être cher. Elle l'avait quittée en 1999 pour suivre son mari. De leur demeure implantée en plein c'ur de la bande de Ghaza, il n'en reste aujourd'hui que des ruines. « Les Israéliens ont tout rasé », témoigne-t-elle. Pour preuve, elle n'a réussi à ramener avec elle que ses enfants. Ces derniers portent encore les mêmes vêtements qu'ils portaient à leur départ, et leur situation commence à inquiéter leur mère. Fière, cette dernière ne demande pas l'aumône. « Je veux juste qu'on vienne en aide à mes enfants encore traumatisés par les horreurs de Ghaza. Nous ne disposons d'aucune ressource et je veux juste rassembler mes gosses dans un lieu décent », dira-t-elle.Même si elle ne l'avoue pas, cette mère lance un véritable cri de détresse. Fille de Skikda, elle sait que sa ville ne peut lui tourner le dos d'autant plus qu'elle a eu écho de la marche y ayant été tenue en soutien à Ghaza. Aujourd'hui, les Skikdis n'ont pas à organiser des marches, à lire des motions de soutien ni à se déplacer à Ghaza pour apporter leur soutien, puisqu'une partie de Ghaza est chez eux et a besoin d'aide. Répondront-ils à cet appel ' Ouarda l'espère.
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